Des reptiles ? Quelle horreur ! Chapitre I

Chapitre I : Des reptiles et des mythes.

« Or, le serpent était le plus fin de tous les animaux des champs, que l’Éternel Dieu avait faits; et il dit à la femme: Quoi! Dieu aurait dit: Vous ne mangerez point de tout arbre du jardin! Et la femme répondit au serpent: Nous mangeons du fruit des arbres du jardin; Mais quant au fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit: Vous n’en mangerez point, et vous n’y toucherez point, de peur que vous ne mouriez. Alors le serpent dit à la femme ; Vous ne mourrez nullement ;  Mais Dieu sait qu’au jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront, et vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. Et la femme vit que le fruit de l’arbre était bon à manger, et qu’il était agréable à la vue, et que l’arbre était désirable pour devenir intelligent; et elle prit de son fruit et en mangea, et en donna aussi à son mari auprès d’elle, et il en mangea. Et les yeux de tous deux s’ouvrirent; et ils connurent qu’ils étaient nus; et ils cousirent des feuilles de figuier, et se firent des ceintures. »

Genèse III 1-7

Dans la bible, Satan est incarné en serpent (qui avait encore des pattes donc en lézard). Il convainc Eve de goûter au fruit défendu, à savoir le fruit de la connaissance souvent représenté sous la forme d’une pomme. Dieu punit alors le couple pour avoir cédé à cette tentation : il les chasse du paradis, condamne Adam à gagner son pain à la sueur de son front, Eve à accoucher dans la douleur et à être soumise à son mari. Il a été retenu de ce mythe que le serpent diabolique a provoqué l’expulsion d’Adam et Eve et les a privé du bonheur éternel de gambader nus dans les champs de fleurs et les forêts magnifiques du nord au sud, de l’ouest à l’est d’Eden sans se préoccuper du lendemain. La légende du péché originel montre le serpent et la femme comme les causes de notre statut de pécheurs qui devons subir les douleurs de la vie terrestre jusqu’au jugement dernier. Le biologiste Xavier Bonnet nous livre une interprétation de la légende du péché originel avec un humour mordant mais au fond très pertinente, où Adam et Eve sont deux niais qui « mènent une vie proche des courgettes » et qui rencontrent un serpent leur proposant de devenir intelligents : « Le serpent n’essaye pas d’empoisonner en lui faisant
commettre un péché, il révèle aux Hommes leur condition potagère. […]. Eve la première décide de s’ouvrir à la conscience, puis c’est le tour d’Adam qui cède aux incitations de la première femme du monde. Yahvé se met alors en fureur (est-ce une qualité pour un être de son rang ?). Adam, quelque peu lâche, accuse immédiatement Eve, alors qu’il a désormais la capacité de distinguer le bien et le mal ; comme premier acte pensé et pesé, il aurait pu faire plus chevaleresque ».

L’imaginaire judéo-chrétien entretiendra voire amplifiera l’aspect malfaisant et rebutant des reptiles, associés aux ténèbres, à l’obscurité, au monde souterrain comme l’enfer de Dante qui est pavé de serpents mordant et harcelant les âmes damnées. Encore aujourd’hui, même en dehors de toute référence directe à la religion, les temples infestés de serpents qui sortent des murs et mettent le courage des héros à l’épreuve sont des scènes récurrentes des romans d’aventure, des bandes dessinées ou des films. Bien souvent, dès qu’une forêt, une grotte ou un temple deviennent obscurs et hostiles, il y a un serpent ou un gros lézard dans le décor ! Les références cinématographiques sont nombreuses, depuis la forêt embrumée où vit maître Yoda dans « l’Empire contre- attaque » au délirium tremens d’Yves Montand dans « le Cercle Rouge » en passant par le temple égyptien infesté de serpents dans lequel Indiana Jones se retrouve piégé dans sa quête de l’arche perdue. Évidemment l’image fait frissonner et on se met à la place du héros qui doit affronter des animaux aussi dangereux (Brrrr !).

Les reptiles ne représenteraient-ils donc que la méchanceté, les ténèbres, l’insalubrité et la mort ? On peut se dire que la dangerosité potentielle d’un serpent venimeux et l’incapacité de soigner efficacement une envenimation jusqu’à une époque récente, ait engendré la crainte de ces reptiles et des mythes soulignant le danger qu’ils représentent. Toutefois, les choses sont loin d’être aussi simples et l’aversion envers les reptiles n’a rien de systématique ni d’universelle même en occident. On remarque que dans certaines civilisations et pays où vivent des espèces dangereuses, les reptiles n’inspirent pas systématiquement de la crainte ; ils peuvent aussi être regardés avec respect voire vénération.

Divinités de vie ou de mort

Serpents, lézards, tortues ou crocodiles n’ont laissé aucune civilisation indifférente. Un grand nombre d’entre elles vouent un culte à des divinités reptiliennes, qui ont soit créé le monde, soit menacent de l’engloutir. Divinités bienfaitrices ou malfaisantes, ce sont avant tout des créatures puissantes intimement liées à la vie et à la mort, à la création de l’humanité et à sa fin.

Ainsi, il y a des dieux créateurs du monde et de l’humanité comme le dieu d’Amérique centrale Quetzalcoatl, connu aussi sous le nom de serpent à plumes et de sa femme, Cihuacoatl, la déesse serpent. Le serpent à plumes est fréquent dans le panthéon des peuples natifs d’Amérique centrale comme les Olmèques, les Aztèques ou les Mayas chez qui il se nommait Kukulkan. Il est parfois représenté avec un corps d’homme et sa mythologie est complexe, variant selon les civilisations et les époques. Toujours considéré comme un dieu bienfaisant qui a créé le monde et les Hommes, il a veillé un temps sur eux avant de s’exiler (ou de se suicider) dans la mer, promettant néanmoins de revenir. Et en effet, un jour, les Aztèques virent arriver par la mer des êtres fantastiques. Ils crurent au retour de Quetzalcoatl, mais il s’agissait des navires de Cortés et de ses armées qui contrairement au serpent à plume, furent synonyme d’apocalypse.

Chez les aborigènes, Mangar-kunjer-kunja était un lézard vivant au temps du rêve, une époque mythique où des êtres fantastiques peuplaient l’Australie. Cette divinité créa les humains à partir des premiers êtres, le peuple Rella Manerinja, qui vivaient tous fusionnés les uns aux autres, sans forme vraiment humaine ni possibilité de se mouvoir. Le lézard prit une pierre taillée en couteau et commença à créer leurs orifices : oreilles, narines, bouche, yeux, puis à séparer leurs doigts et leurs corps. Enfin il leur donna des outils : lance, boomerang… Les humains furent ainsi autonomes et se dispersèrent sur leur immense territoire. Du fait des nombreuses tribus et du mode de transmission purement oral des légendes aborigènes, il existe de nombreuses variantes, la divinité n’a pas toujours le même nom, ne représentent pas toujours la même espèce de lézard ou est parfois aidée par d’autres animaux.

Dans d’autres religions, les dieux associés aux serpents étaient craints, ils symbolisaient la mort et les ténèbres. En Egypte antique, toutes les nuits, Ra le dieu Soleil devait affronter Apophis le dieu serpent qui vivait sous la Terre et tentait d’empêcher Ra de traverser le monde des ténèbres. Ainsi, chaque soir, les égyptiens regardaient le soleil se coucher en se demandant si Ra sortirait vainqueur de ce combat et si l’astre se lèverait à nouveau le lendemain matin. Le serpent est également présent dans le livre des morts qui explique le parcours que l’âme du défunt devra accomplir après son décès ; à plusieurs reprises il devra y affronter le reptile. Pourtant, signe de la dualité des serpents dans la mythologie égyptienne, la divinité créatrice de tous les autres dieux, Atoum, est associée au serpent qui est alors lié à la vie et non plus à la mort.

Dans les eaux froides de Scandinavie, Jormungand, fils de Loki (un dieu farceur dont les farces ne faisaient rire personne), est un serpent de mer gigantesque, capable selon les prophéties de provoquer tempêtes et raz de marée dévastateurs. Ces prophéties prévoient que Thor ira l’affronter et le tuera à l’aide de son légendaire marteau, mais il sera lui-même terrassé par le venin du serpent géant. Un mythe assez similaire se retrouve avec Python, un serpent vivant à Delphes en Grèce et qui terrorisait la population. Le dieu Apollon le combattit et le vaincu pour établir son propre oracle avec la Pythie.

Il est aussi des dieux qui connurent une histoire singulière, montrant que le bien et le mal sont des notions relatives pour certaines civilisations anciennes ou animistes qui manient ces deux concepts avec beaucoup de subtilité. Chez les indiens Hopis, une légende raconte qu’une jeune fille se baignait régulièrement dans une rivière taboue. Le dieu serpent Kolowissi n’appréciait pas ces visites et un jour, il décida de tendre un piège à la jeune fille : il se transforma en enfant que la demoiselle trouva au bord de la rivière et qu’elle recueilli en son sein. La nuit venue elle garda l’enfant dans son lit. Pendant son sommeil, Kolowissi se transforma à nouveau en serpent gigantesque. Mais voilà, son cœur chavira pour la belle qui lui avait prodigué tant de soins quand il était un bambin. Aussi, il ne la tua pas et resta avec elle toute la nuit pour admirer sa beauté. Le lendemain, panique générale quand la fille et sa famille découvrirent la présence du dieu qui, contre toute attente, leur annonce qu’il est amoureux de la belle. Le père, soumis à l’autorité divine, la lui offrit en mariage. La promise n’était pas du même avis mais Kolowissi s’en empara pour l’emmener vers la rivière. Voyant toute la peur qu’il inspirait, il se transforma en humain, mais dont le corps était couvert d’écailles. La jeune fille fut séduite par cette forme humaine et accepta alors de partager sa vie avec lui. Cette histoire a donné lieu à une tradition, la danse des serpents, que les Hopis répètent chaque année en utilisant de vrais serpents capturés dans le désert puis relâchés.

Monstres mythiques : Léviathan, serpents de mer et dragons

On rencontre de nombreux monstres aux traits reptiliens, depuis les dragons au Léviathan en passant par les serpents marins. On trouve parfois des points communs entre des monstres d’orient et d’occident, l’image de ces créatures mythiques ayant évolué en fonction des échanges entre cultures.

Le Léviathan est un serpent monstrueux et fort inquiétant, qui rappelle Jormungand, mais il est principalement lié à la bible. Il est présent dans l’ancien comme le nouveau testament entrant notamment en scène dans l’apocalypse où il provoque des cataclysmes. Il servira aussi de titre à de nombreux livres comme le « Léviathan » de Hobbes qui le compare à l’Etat : « le plus froid des monstres froids ». Son nom a également servit pour qualifier des objets gigantesques : par exemple, en 1843, un télescope fut baptisé « Léviathan » du fait de sa taille.

Le Léviathan se confond avec l’image du dragon. Serpents ou lézards géants, avec ou sans ailes, crachant du feu ou pétrifiant d’un souffle, il existe toute une faune liée aux dragons et même une « science » qui les étudie : la dracologie. Le dragon chinois est souvent représenté comme un serpent qui peut ou non avoir des pattes mais qui a toujours un corps extrêmement long, orné d’ une crête et dépourvu d’ ailes contrairement au dragon européen qui lui, est souvent ailé. Le mot dragon est d’origine grecque, mais d’autres appellations furent utilisées au Moyen-âge. La vouivre était une créature ressemblant à un serpent ou un lézard monstrueux et qui possédait des ailes et des pattes (en général seulement deux). Elle était aussi nommée guivre ou wyvern chez les anglais. Nombre de légendes la montrent comme une gardienne de trésors. Parfois, on lui fait porter une escarboucle – une pierre précieuse – sur la tête. Marcel Aymé a réutilisé ce mythe dans son roman « La Vouivre » où elle est une femme vivant dans les marais, qui protège un énorme rubis et a pour serviteurs des serpents. De nombreuses légendes associent vouivres et femmes, l’une se transformant en l’autre et inversement.

Dragons et vouivres sont très courants en héraldique, l’étude des blasons, armoiries et insignes. On les voit par exemple sur les blasons de communes comme Metz ou Draguignan. Saint-Georges ou Saint-Michel sont connus pour leurs faits d’armes contre les dragons, les communes portant les noms de ces saints font figurer sur leurs blasons le combat épique contre la bête. La figure de la vouivre est restée mais le nom a été oublié, aujourd’hui celui de dragon est plus courant. Avec les influences asiatiques, l’image des dragons a également évolué. En Asie, le dragon est un être puissant mais qui n’est pas maléfique contrairement à la vouivre. Ils sont vénérés lors de fêtes comme le nouvel an chinois et sont symboles de la prospérité et de la puissance, évidemment lié aux rois et empereurs dont ils ornent les palais et les représentations.

Les monstres reptiliens sont aussi très souvent liés à l’eau. Nombreux furent les marins à témoigner en faveur de l’existence du serpent de mer qu’on retrouve sur de nombreuses gravures ou peintures le montrant en train d’engloutir un navire et tout son équipage. Les serpents marins hantent l’ imaginaire européen et asiatique depuis l’antiquité et jusqu’à aujourd’hui. Une culture sur laquelle s’appuient aussi les petits malins et leurs canulars ! En 2012, un islandais a posté sur un célèbre site internet de vidéos un petit film en affirmant qu’il s’agit d’un serpent de mer. Le film est très flou et on y distingue une longue forme ondulant dans l’eau. Ondulant d’ailleurs très mal ! Quand on regarde attentivement cette vidéo, elle sent la supercherie à plein nez : on voit nettement que « l’animal » n’a pas la fluidité d’un serpent et qu’il s’agit de segments assemblés les uns aux autres par des axes comme un petit train. Il y a un décalage manifeste entre sa vitesse de déplacement dans l’eau et ses ondulations qui sont censées le faire avancer, on en déduit donc qu’il est tracté. Il suffit d’observer une Couleuvre à collier traverser un étang pour deviner qu’il y a comme un hic ! Pour réutiliser le langage à la mode sur internet : Cé un fake ki a tro fé le buzz lol ! (pôvre Molière !) Ce genre de montages sont légion sur la toile, mais ces impostures ne datent pas d’hier ; celle du monstre du Loch Ness, qui fut l’œuvre de deux écossais ayant filmé une maquette, a duré plus de 70 ans et ils n’avaient pas les possibilités d’effets spéciaux qu’on a de nos jours. Sans oublier les simples illusions d’optiques comme ce fut le cas en décembre 1848, quand les marins du Peking s’ approchèrent de ce qui de loin ressemblait à un serpent de mer inerte flottant à la surface. Arrivés en chaloupe près du phénomène, ils s’aperçurent qu’il s’agissait d’algues gigantesques flottant au gré du courant et formant un longue trainée sombre et ondulée. La vue de certains poissons au corps très long comme le Régalec (Regalecus glesne) ou « roi des harengs » pouvant mesurer plusieurs mètres, peut aussi expliquer les légendes sur les serpents de mer.

D’ autres rencontres supposées avec des reptiles marins géants auraient été faites au XXème siècle. En 1977, au Japon, la carcasse d’un animal de 10 mètres de long est remontée par un bateau de pêche. Le capitaine la rejeta à l’eau à cause de l’odeur pestilentielle mais fit auparavant une photographie où on peut voir que la carcasse est totalement décomposée : on y distingue des côtes, des vertèbres et partout des morceaux de chair informes… Certains y voient la silhouette d’un plésiosaure… Toutefois, on peut aussi voir dans les nuages ou des tâches d’encre n’importe quelle forme, tout cela n’est qu’interprétation ! Il s’agissait plus sûrement d’une carcasse de baleine. Il faut dire que depuis la fin du XIXème siècle, la croyance en la survivance de reptiles géants du secondaire est à la mode. Le développement de la paléontologie, l’exposition de ces énormes squelettes fossiles dans les musées et la publication de livres comme « le monde perdu » d’Arthur Conan Doyle racontant l’existence de dinosaures survivants jusqu’à nos jours, ont sans doute influencé ces légendes d’un plésiosaure qui aurait échappé à l’extinction des reptiles géants. L’expression serpent de mer sied parfaitement à ces croyances qui n’en finissent pas de refaire surface ! Les exemples sont abondants et les ouvrages ou sites internet traitant de paranormal ou de cryptozoologie s’en font l’écho : certains les décortiquent en bons sceptiques et en général y découvrent la fraude ou l’illusion, d’autres les exploitent sans aucun esprit critique, les badigeonnant d’une sauce d’ exagération entre deux pains de contre-vérités pour nous faire un bon hamburger bien gras de charlatanisme.

Créatures hybrides.

Les créatures hybrides, mi-homme mi-animal ou mélangeant plusieurs animaux, sont souvent présentes dans les croyances. Parmi ces créatures, une association typique mêle la femme et le serpent. Echidnée, créature de la mythologie grecque, avait une tête et un buste de femme mais un corps de serpent à la place des jambes. Elle ressemble beaucoup à la Mélusine du Moyen-Age. La Méduse est une autre créature de la Grèce antique, il s’agit d’une femme dont les cheveux sont des serpents vivants et qui pétrifie celui qui croise son regard.

Le basilic – surnommé le « roi des serpent » – est un animal mythique dont les caractères ont subi bien des changements au cours du temps. Au Ier siècle après J-C, Pline l’Ancien le décrit comme un petit serpent aux pouvoirs redoutables : « Son contact, voire son haleine seule, tue les arbrisseaux, brûle les herbes, rompt les pierres. » C’est au Moyen-Age qu’on le représente comme un hybride entre un serpent, un dragon et un coq, parfois nommé « basilicoq ». Sa naissance est soumise à des conditions bien particulières et hautement symboliques : Il faut qu’un coq (et non une poule) âgé entre 7 et 14 ans ponde un œuf dans un tas de fumier et que celui-ci soit couvé par un crapaud ou un serpent. Cet animal sera présent dans les bestiaires et les croyances populaires pendant tout le Moyen-Age. Son existence était considérée comme incontestable au même titre que la licorne : la nier était une hérésie. Par la suite le basilic figure dans différents contes ou romans comme dans « Zadig ou la destinée » de Voltaire publié en 1747 ou, plus récemment, dans « Harry Potter et la chambre des secrets » de J. K. Rowling où il revêt la forme d’un immense serpent portant une crête, plus proche du dragon en fait que du basilicoq traditionnel.

La croyance en l’ existence de créatures aux traits à la fois humanoïdes et reptiliens existe encore, comme aux Etats-Unis, où on entend parler des hommes-lézards, des êtres fantastiques auxquels certains croient dur comme fer ! Tout comme les supporters de « big foot » et de « Nessie », ceux des hommes-lézards exhibent des documents qui pour eux sont des preuves. Photographies floues, sous-exposées ou vidéos tremblantes où l’on ne distingue qu’une silhouette… Bref, des documents d’une qualité tellement médiocre qu’il est à la fois impossible de dire si c’est véridique ou si c’est un canular. Les réalisateurs de ces documents savent parfaitement que le doute ne fait que conforter les croyances des uns ou des autres et permet de maintenir la part de « mystère » qui est leur fonds de commerce. Car évidemment, aucun homme-lézard en chair et en os n’a jamais été découvert ni même aucun document ou témoignage de qualité suffisante pour être authentifiable. Les hommes-lézards sont des êtres mythiques comme le basilicoq.

Dans la littérature de science-fiction, au cinéma ou dans les séries TV, les extra­terrestres et autres monstres venus d’ailleurs ont souvent des traits reptiliens comme le monstre du film « Predator » ou les envahisseurs gluants de la série « V ». Ces créatures peuvent avoir une morphologie humaine mais leur peau est couverte d’écailles, ils sont plus ou moins verdâtres, avec une pupille fendue et soit sont des génies machiavéliques obsédés par l’extermination de l’humanité soit de profonds crétins.

Animaux sacrés.

Les reptiles peuvent aussi devenir des animaux sacrés, non pas en tant que divinité purement métaphysique mais en tant qu’animal vivant et bien réel.

Une légende australienne relate comment un lézard secourut un homme perdu dans le désert, assoiffé et malade. Le reptile se rendit jusqu’à la mer pour chercher de quoi soigner l’humain. Sur la plage, il rencontra un poulpe qui lui proposa son encre comme remède. Le lézard garda le précieux liquide dans sa gueule et pour ne pas perdre de temps, il courut de toutes ses forces sur le sable brûlant du désert. Arrivé auprès de l’humain – qu’il sauva – il s’aperçut que ses pattes avaient rétrécies, érodées par sa course folle et que sa langue était devenue bleue à cause de l’encre. Un tel lézard n’existe pas? Si ! Il s’agit des Scinques à langue bleue (Tiliqua spp.) qui ont effectivement de petites pattes et une langue toute bleue. Les aborigènes ont ainsi l’art de trouver une explication mythique à l’existence de chaque animal qui les entoure !

La légende du serpent blanc est un classique de la mythologie chinoise et que l’on retrouve également au Japon où elle a engendré un culte dédié à un serpent en chair et en os. L’histoire raconte qu’un serpent blanc s’est transformé en femme, nommée Bai- Suzhen, pour séduire un jeune homme dont le reptile fut redevable dans une vie antérieure. Bai-Suzhen et le jeune homme se marièrent. Exerçant le métier d’herboriste, le mari fit fortune. Mais un moine bouddhiste – jaloux ou choqué de l’attitude peu vertueuse selon lui de Bai-Suzhen – lui fit boire à son issu une potion qui la fit apparaître aux yeux de son mari sous sa vraie forme : celle d’un serpent. Son cher époux en mourut d’effroi ! Bai-Suzhen décida de le ressusciter par l’entremise des dieux. Mais le moine ne s’ avoua pas vaincu et pour empêcher les retrouvailles, il enferma le mari en cellule. Bai- Suzhen parvint à le libérer… La fin de l’histoire varie selon les versions : dans un cas, ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’ enfants. Dans une autre version, plus tragique, Bai-Suzhen perdit définitivement son mari car pour le libérer, elle déclencha des catastrophes qui mirent en colère les hommes et les dieux. Au Japon, la figure du serpent blanc a pris un tour particulier au XIXème siècle quand fut découverte une population albinos de la couleuvre Elaphe climacophora. Des musées et des temples sont érigés en l’honneur de ces serpents entièrement blancs et totalement inoffensifs, nommés « Shirobei », et qui sont élevés au sein de ces temples. Chaque année, une fête du serpent blanc est organisée et de petites statuettes ou porte-clés à l’effigie des Shirobei sont vendus aux touristes.

Des temples érigés en l’honneur des reptiles se rencontrent un peu partout dans le monde et à des époques différentes. Les anciens égyptiens considéraient les crocodiles comme sacrés. Ils étaient associés au dieu Sobek et élevés au sein de temples. A leur mort, ces crocodiles sacrés étaient momifiés et on peut encore admirer de telles momies dans différents musées comme le Louvre. De nos jours, au Bénin, des lieux de culte sont peuplés de centaines de Pythons royaux (Python regius), des serpents de petite taille et totalement inoffensifs qui se promènent librement sous l’œil bienveillant des habitants qui leur font des offrandes. Quant aux majestueux mais très venimeux cobras, ils sont représentés sur presque tous les temples hindous ainsi que de nombreuses images religieuses en particulier dans les représentations de Shiva, le principal dieu hindouiste. La légende bouddhiste raconte aussi comment un Cobra royal a protégé Bouddha du soleil du désert en se dressant au-dessus de lui, coiffe déployée. Cela montre que la dangerosité d’un animal – dans le cas des cobras elle n’est pas exagérée – ne conduit pas forcément à des croyances haineuses ou à la destruction de l’animal en question.

Une autre festivité utilise des serpents vivants pour rendre hommage cette fois-ci à un saint catholique : Saint Dominique de Saro. Un saint patron pour des créatures que cette religion maudit ? En voilà une curiosité ! Il s’agit en fait d’une réinterprétation chrétienne d’un ancien rite romain autour des serpents et des chasseurs de serpents, les serapi. Tous les premiers jeudi du mois de mai, une grande fête se déroule dans le village de Cucollo, dans les Abbruzzes, en Italie. Saint Dominique de Saro, qui fit un passage dans ce village, est considéré comme le saint patron des chasseurs de serpents et donc, des serpents. Sa statue est déplacée dans la ville, d’une église à l’autre, lors d’une procession. Cette statue est alors couverte de couleuvres (principalement Elaphe quatuorlineata) que les serapi ont chassées quelques jours avant, conservées dans des récipients et « nourries » de lait. Cette fête attire beaucoup de touristes. Les separi manipulent les serpents et les badauds se pressent pour les toucher. Jadis les couleuvres capturées étaient sacrifiées à la fin de la procession, aujourd’hui elles sont relâchées car protégées par la loi. En théorie, la législation italienne interdit de prélever des reptiles mais une dérogation de 60 jours est localement accordée à l’occasion de cette fête.

Des symboles variés et vivaces.

Au-delà de la personnification en tant que Dieux, totems ou ancêtres, les reptiles ont été utilisés comme symboles dont certains persistent encore de nos jours dans l’art, dans la langue courante ou dans notre vie quotidienne.

La tradition européenne montre souvent le serpent comme un symbole de méchanceté et de perversion que l’on transpose aux comportements humains. Une transposition très bien illustrée par le film d’Eric Barbier, « Le serpent » où Clovis Cornillac joue un être pervers et machiavélique qui s’insinue dans la vie du personnage joué par Yvan Attal pour lui nuire. La fable de La Fontaine « le serpent et le villageois » montre un serpent traître et félon qui au final n’a que ce qu’il mérite (voir encadré). La langue française utilise aussi des expressions où le serpent est une métaphore de la
méchanceté : être traité de langue de vipère n’est pas un compliment ! Les noms locaux donnés aux serpents montrent aussi la vision négative qu’on peut en avoir : En Anjou par exemple, selon H. Bertrand, les serpents sont nommés des « v’lain », associés au mot « vilain » ou « vermine » ou au mot issu du patois « velin » qui désigne le venin. Toutefois, le serpent n’est pas toujours symbole de félonie et de méchanceté, là encore les choses sont beaucoup plus subtiles, parfois contradictoires, le reptile pouvant être un symbole tant positif que négatif, même dans la chrétienté.

« Le villageois et le Serpent » de Jean De La Fontaine

Esope conte qu’un Manant,
Charitable autant que peu sage,
Un jour d’hiver se promenant A l’entour de son héritage,
Aperçut un Serpent sur la neige étendu,
Transi, gelé, perclus, immobile rendu,
N’ayant pas à vivre un quart d’heure.
Le Villageois le prend, l’emporte en sa demeure;
Et, sans considérer quel sera le loyer D’une action de ce mérite,
Il l’étend le long du foyer,
Le réchauffe, le ressuscite.
L’animal engourdi sent à peine le chaud,
Que l’âme lui revient avec que la colère.
Il lève un peu la tête et puis siffle aussitôt,
Puis fait un long repli, puis tâche à faire un saut Contre son bienfaiteur, son sauveur, et son père. Ingrat, dit le Manant, voilà donc mon salaire ?
Tu mourras. A ces mots, plein d’un juste courroux,
Il vous prend sa cognée, il vous tranche la bête;
Il fait trois serpents de deux coups,
Un tronçon, la queue et la tête.
L’insecte sautillant, cherche à se réunir,
Mais il ne put y parvenir.
Il est bon d’être charitable,
Mais envers qui ? c’est là le point.
Quant aux ingrats, il n’en est point Qui ne meure enfin misérable.

Symbole d’éternité : Les grecs percevaient dans le serpent un symbole de renouveau ou d’éternité. Ils voyaient dans le phénomène naturel de la mue, une capacité de « rajeunir » à volonté. En effet, un serpent sur le point de muer, donc de changer entièrement sa peau, a une coloration terne, les yeux deviennent bleus comme s’il était très âgé… Puis une fois la mue achevée, il en ressort « comme neuf » ! Le serpent en tant que symbole d’éternité est également représenté par l’Ouroboros : un serpent qui se mord la queue et forme un cercle (parfois un 8 ou le symbole mathématique infini : œ) symbolisant le cycle éternel du temps. Chez les romains, il est associé à Saturne, le dieu qui « préside aux choses du temps » comme le chantait Brassens. On rencontre aussi l’Ouroboros dans la Grèce antique ainsi que sur des papyrus et gravures égyptiennes. Il traverse les époques mais sa symbolique change : Dans la chrétienté, l’Ouroboros est un symbole païen et hérétique dont les alchimistes feront usage. Pendant la Révolution Française, il est réutilisé dans le cadre du culte de l’être suprême cher à Robespierre, symbolisant l’Homme nouveau qui devait émerger du processus révolutionnaire. Certains bijoux antiques comme des bracelets, symbolisaient l’ouroboros par leur forme circulaire et devaient procurer bonne santé et longévité. Peut-on encore faire un lien inconscient avec les bijoux modernes et les bracelets qui soit disant réduisent les rhumatismes ou « rééquilibrent les énergies » ? Allez savoir !

Symbole de la médecine : Asclepios (Esculape chez les romains) était le dieu grec de la médecine. Il tenait à son bâton un ou plusieurs serpents qui étaient ses auxiliaires dans les soins qu’il prodiguait aux humains et aux héros de la mythologie pouvant lui- même se changer en serpent. Des temples peuplés de serpents étaient bâtis en son honneur et les romains utilisaient couramment des couleuvres pour pratiquer la médecine. Certains pensent que la Couleuvre d’Esculape (Zanemis longissimus) aurait ainsi été introduite dans certaines régions de France par les romains. Ce lien entre les serpents et la médecine antique a traversé les âges sous la sous la forme du caducée : un bâton ou un sceptre avec un ou deux serpents enroulés autour. Le serpent, pourtant synonyme de poison et de mort pour la plupart de nos contemporains, demeure le symbole de la médecine et est arboré sur de nombreuses illustrations, logos ou insignes liés aux professions médicales et paramédicales. Quant au symbole de la pharmacie, un serpent et une coupe, il fait référence à Hygie, la fille d’Asclepios à qui l’on doit aussi le mot « hygiène ».

Symbole protecteur : La coiffe des pharaons était ornée d’un porte-bonheur protégeant Pharaon, que l’on nomme « uraeus » et qui figure la tête d’un cobra dressé. En Amérique du nord, les crécelles de serpents à sonnette sont encore vendues comme porte- bonheur. En Europe, il y a encore quelques décennies, la croyance populaire recommandait de garder une queue de lézard ou une mue de serpent sur soi au même titre que la queue de lapin ou le trèfle à quatre feuilles. Au Maghreb, avoir une tortue chez soi chasserait le mauvais œil, mais elle aurait aussi un but disons… éducatif : « cet animal était et serait toujours utilisé pour aider le nourrisson à mieux faire ses premiers pas. Cette initiation forcée à la marche s’effectuait selon un rituel qui consiste à placer la carapace de la tortue sous le pied de l’enfant et à prononcer les prières de circonstance » (Journal le Maghreb du 01/04/2009). En Bulgarie, une vieille tradition attribue à chaque maison un serpent gardien, en général une couleuvre qui vit cachée sous la demeure et n’apparait que pour annoncer le décès d’un membre de la famille ; cette croyance se retrouve dans un pays voisin, la Turquie mais aussi dans la Grèce et la Rome antiques.

Symbole d’oisiveté : L’origine du mot lézarder est facile à trouver ! Le lézard qui se dore la pilule sur son muret, yeux fermés, corps allongé de tout son long est vu comme une invitation au farniente comme le chante Aristide Bruant dans sa bien nommée chanson, « le lézard » :

« On prend des manières à quinze ans,

Pis on grandit sans Qu’on les perde

Ainsi, moi, j’aime bien roupiller,

J’peux pas travailler Ca m’emmerde. »

Les tortues aussi, par leur lenteur à se déplacer, sont rapidement assimilées à la nonchalance, la tranquillité, la douceur de vivre, le droit à la paresse cher à Paul Lafargue ou encore la bureaucratie : nom que l’héroïne de BD Mafalda a donné à sa tortue. Tout un symbole !

Symbole de robustesse : Ce symbole est également associé aux tortues qui sont aussi symbole de longévité. Dans la mythologie de certains peuples amérindiens ou asiatiques, le monde est posé sur la carapace d’une tortue, ce qui est lié non seulement à la forme bombée de sa dossière mais aussi à sa « force tranquille ». Chez les hindous, le monde est soutenu par quatre éléphants qui sont eux-mêmes posés sur une tortue. Certaines représentations montrent la tortue posée sur un cobra enroulé dont la tête et la queue se rejoignent formant un cercle autour du monde comme un Ouroboros. Pour la pseudo-médecine chinoise et asiatique en général, en consommant des remèdes à base de tortue, on s’approprie sa robustesse et sa longévité.

Symbole de sagesse et d’intelligence : Là aussi, les tortues sont souvent liées à ce symbole, sans doute à cause de leur placidité ou leur longévité. En Afrique, certaines croyances affirment que les tortues gardent dans leur carapace toute la connaissance du monde. Et que dire de l’enseignement de la fable de La Fontaine, le lièvre et la tortue : « rien ne sert de courir il faut partir à point », un dicton plein de sagesse et de bon sens face à la nervosité et l’arrogance du lièvre. Dans la bible, les attributs liés aux serpents sont parfois ambigus. Frédéric Manns écrit que le terme « fin » ou « rusé » utilisé pour qualifier le serpent dans le passage sur le péché originel est « aroum ». Ce mot se retrouve dans d’autres phrases où il prend le sens de sage, prudent ou avisé. Par exemple, le nouveau testament fait dire à Jésus Christ : « Je vous envoie comme des brebis au milieu des loups. Soyez donc prudents comme des serpents et simples comme des colombes ». En France, au Moyen-Age et même plus tard, le serpent ne symbolisait pas toujours la malédiction. Selon le « Manuel héraldique ou clef de l’art du blason », de Foulques-Delanos (1816), la présence d’un aspic (nom souvent donné aux vipères) sur un blason ou un écu symboliserait un « ministère fidèle et intègre », et s’ il est d’ or : « un homme sage, désireux de gloire ». Un serpent d’argent ornant un blason serait le symbole de « la discrétion et la prudence ; un travail glorieux mais difficile. »

Symbole de rébellion : les symboles du diable ont été abondamment récupérés par la culture rock, métal et autres fans de gothic. Il y a ceux qui – comme Marylin Manson – font dans le véritable satanisme mystique, mais la plupart des groupes de hard-rock qui en ont appelé à Satan ne l’on pas fait par mysticisme mais par provocation envers la morale chrétienne. Evidemment, en tant que créature du démon, le serpent se retrouve sur les pochettes d’albums (ex : « constrictor » d’Alice Cooper, 1986), les t-shirt et les tatouages où son image agressive est exagérée pour choquer et faire peur. L’allusion au diable ou aux serpents ne date pourtant pas des premiers groupes de hard-rock. Le lien entre Lucifer et la musique existait déjà à travers le blues : Le bluesman génial des années 1920, Robert Johnson, avait la réputation d’avoir pactisé avec le diable : « me and the devil, we’re walking side by side » (moi et le démon, nous marchons côte à côte), et le blues fait également allusion aux serpents et autres reptiles comme la chanson « crawlin’ king snake » de John Lee Hooker.

Symbole guerrier : Encore aujourd’hui, pour avoir l’air puissant et agressif, on arbore volontiers un serpent ou un crocodile qui montre ses crocs. Cela se voit à travers les tatouages, les dessins sur les voitures ou motos sportives et rejoint la symbolique précédente. Les animaux perçus comme « agressifs » sont aussi très souvent utilisés comme noms de machines de guerre (avion P63 Kingcobra, hélicoptère Puma, chars Tigre, missiles Crotale…) ou comme insignes de l’armée. L’un des insignes les plus connu arborant un serpent est celui du groupe de chasse I/3 de l’ armée de l’ air française qui a pour symbole un serpent gueule ouverte, langue fourchue sortie, l’allure typique du serpent agressif prêt à mordre l’ennemi. Quant au GC III/7, il eut sa préférence pour le crocodile. Dans d’autres cas, l’allusion aux serpents a été considérée comme un porte- malheur à l’instar de la couleur verte au théâtre ! Dans la marine britannique, en moins de vingt ans, trois navires portant des noms de serpents connurent un destin tragique : Le HMS Serpent coula corps et biens en 1890, le HMS Cobra et le HMS Viper coulèrent tous deux en 1901. Voyant un lien entre le nom des vaisseaux et leur sort funeste, l’amirauté décréta officiellement que plus aucun navire de sa majesté ne pourrait porter le nom d’un serpent. Ainsi, un vaisseau de la même classe que le Viper et nommé HMS Python fut rebaptisé HMS Velox.

Symbole sensuel et sexuel : Faites l’amour, pas la guerre ! Ainsi que le montrent certaines chansons ou poèmes comme « le serpent qui danse » de Baudelaire, le serpent peut aussi symboliser la grâce féminine, sa finesse et ses courbes ondulées qui font tant perdre la tête aux hommes, le véritable sexe faible ! On retrouve des serpents parfois très stylisés sur des tatouages féminins qui ne représentent plus un animal agressif mais au contraire, une forme sensuelle (qui peut évidemment être reliée à la tentation). Même si l’interprétation de Freud sur la représentation phallique des serpents dans les rêves et les mythes ne tient plus vraiment debout, le serpent a néanmoins été un symbole sexuel présent dans beaucoup de civilisations, y compris en occident. Mais il ne symbolise pas forcément la virilité masculine car il peut aussi être relié à la sensualité féminine, à sa capacité de séduction voire à ses qualités manipulatrices. Le serpent peut aussi représenter le désir et l’amour qui s’insinuent en silence, se glissent incognito sous les draps pour vous mordre, il n’est alors plus un être dangereux mais une espèce de cupidon rusé. Tout dépend du sens que l’on attribue à la sensualité : plaisir dont il faut jouir sans entrave ou péché qu’il faut réprimer ? Mêlant la symbolique de la sensualité libérée du tabou religieux, le duo serpent/femme intéresse de plus en plus les artistes, notamment les photographes, pour la publicité, la mode ou la photo d’art. Les artistes mettent ainsi en évidence un lien entre la plastique féminine et ophidienne, donnant une image totalement différente du reptile qui devient synonyme de beauté. Il y a bien entendu un zeste de provocation dans des photos montrant une femme enlacée par un serpent dans des poses équivoques, de quoi choquer les traditionalistes qui ont toujours mis dos à dos la femme et le serpent en leur conférant un statut de pécheurs éternels et qui font de la sensualité un vice.

Les croyances liées aux reptiles sont d’une grande richesse et d’une grande complexité, brassant toute une diversité de symboles tantôt positifs, tantôt négatifs, souvent ambigus. Nous n’avons fait que survoler toute cette richesse, mais nous avons pu constater que la vision des reptiles par les humains ne se limite pas au dégoût et à la peur.

Nous allons maintenant nous attarder sur les croyances populaires dans notre pays. Certaines sont oubliées, d’autres encore présentes, mais toutes influencent – consciemment ou non – notre vision actuelle du monde reptilien.

Croyances « bien de chez nous »

En France, il existe de nombreuses croyances populaires liées aux reptiles, surtout aux serpents, avec des variantes locales. Elles ont tendance à se perdre aujourd’hui, et même si elles ont contribué à la mauvaise image des reptiles parfois même à leur destruction, elles font tout de même partie de notre patrimoine culturel. Certaines de ces croyances ont fait l’objet de traités écrits par des savants jusqu’au XlXème siècle, notamment sur l’usage médicinal des reptiles. Peu à peu, la science et la médecine modernes les ont remplacées. Les préjugés restent pourtant vivaces même si de moins en moins de gens les rattachent consciemment à une croyance traditionnelle.

Dans nombreuses croyances et dictons, le serpent était vu comme un mauvais présage, soit quand il apparaissait dans un rêve, soit quand on croisait son chemin. En voici une liste très partielle : Présage d’un décès dans la famille, présage que l’on ira en prison, présage d’une fausse couche, présage de déception amoureuse ou d’adultère, de perte financière ou de malchance au jeu, d’une trahison ou de calomnies… En le tuant, on éloignait le « mauvais œil » ; cela portait même bonheur. Dans la Vienne par exemple, on pensait que tuer un serpent accordait trois ans d’indulgences divines. Dans d’autres régions, ne pas tuer un serpent au moins une fois dans sa vie, se faire mordre par un serpent ou trouver un serpent dans la tombe condamnait l’âme aux enfers.

De tous temps, le risque de morsure et d’ envenimation ont engendré de la crainte et de nombreuses croyances gravitent autour du venin des serpents. Bien entendu, cela concerne les vipères ou en tout cas ce que les gens croient être des vipères car beaucoup d’autres serpents inoffensifs se font tailler en rondelles à coup de bêches. D’autres reptiles étaient parfois considérés comme venimeux eux-aussi : par exemple, selon P. Beck (1944), une légende désignait l’orvet comme « la septième fille de la vipère, plus dangereuse encore que sa mère » alors qu’il s’agit d’un lézard sans pattes totalement inoffensif. Dans nos campagnes les vipères peuvent déchaîner la haine : j ’ai assisté plusieurs fois étant enfant, lors de mes vacances en Bretagne, à de véritables lynchages dès que les voisins signalaient un serpent dans un fossé ou sur une route même loin des habitations. Des gens qui faisaient preuve d’ordinaire de calme et d’une grande gentillesse devenaient méconnaissables quand il s’agissait de tuer « la sale bête ».

Il faut néanmoins avouer que dans une France principalement rurale, comme elle le fut jusque récemment, les morsures de vipères étaient un danger concret même si la mortalité due à ces serpents était très faible en comparaison avec les maladies ou les accidents de la vie quotidienne. La diversité des remèdes contre les envenimations était très vaste, mais le plus souvent inefficaces. Les « pierres à serpent » en font partie. Il s’agit de petites pierres souvent poreuses (d’origine volcanique par exemple) ou de morceaux d’os ou de corne brûlée qui devaient aspirer le venin à travers la plaie provoquée par la « piqûre ». Ces pierres à serpents se trouvent encore en Afrique et on peut en commander sur internet (ne gaspillez pas votre argent, ça ne marche pas) !

Les bézoards issus de différents animaux étaient également utilisés. Qu’est-ce qu’un bézoard ? Ce n’est pas le cousin du Casoar ni un animal à la libido débridée. Il s’agit d’une concrétion que l’on trouve dans l’estomac ou l’intestin des vertébrés, notamment des mammifères herbivores. Il est en général constitué de poils ou autres matières indigestes qui n’ont pas été évacuées et qui se sont agglomérées, formant une masse dure comme de la pierre. L’origine du mot est floue, certains l’attribuent à l’hébreu d’autres au persan ou à l’arabe, mais sa signification est liée à la protection contre les poisons. Sa taille va de celle d’une perle à celle d’un ballon de football ! Une fois poli, on pouvait en faire des bijoux mais le bézoard était surtout recherché pour ses prétendues vertus thérapeutiques ou magiques. Marie Phisalix (1940) mentionne l’existence du « bézoard animal », différent du bézoard ci-dessus défini et fait à base de poudre de foie et de cœur de vipère. Là aussi, il fallait appliquer la poudre de bézoard sur la plaie provoquée par le serpent.

Une croyance également très répandue et qui a de nombreuses ramifications mythiques, prétend que l‘on trouve dans le crâne ou sous la langue des serpents une petite pierre censée être efficace pour inhiber le venin. Bue avec de l’alcool, elle devait aussi augmenter la virilité. Ces pierres de serpents étaient très recherchées et achetées à prix d’ or ; pour lequel de ces deux effets à votre avis ? Mais les charlatans étaient légion, ainsi le zoologiste Georges A. Boulenger (1913) note que des procès ont été intentés contre les revendeurs de cette « pierre de serpents » car les effets sur la virilité ne furent pas ceux promis ! Difficile de dire à quel élément anatomique correspond cette « pierre de serpent » ou s’il s’agit d’un artefact purement imaginaire. Il n’y a en effet pas de concrétion ou d’organe osseux particulier dans le crane d’un serpent qui puisse faire penser à cela et être à l’origine de cette croyance… Pline l’Ancien faisait également allusion à des pierres de serpents en parlant de rassemblements de serpents dans les grottes où ils fabriqueraient avec leur salive un « œuf » dur comme de la pierre. Aujourd’hui, certains mythologistes relient ces « œufs de pierre » aux oursins fossiles dont les anciens ignoraient la vraie nature. Il en va de même pour les « langues de serpents » ou « langues de pierres ». Ces pierres en forme de pointe de flèche étaient très recherchées en Europe comme en Orient, il s’agissait en fait de dents de requins fossilisées qui ont la forme d’une flèche et que l‘on prenait pour des langues de serpents pétrifiées.

Parmi les élixirs pour lutter contre les poisons et notamment ceux des serpents, celle qui connue la plus grande renommée fut la thériaque. Elle était déjà utilisée chez les grecs et les romains : Galien ou Pline en décrivent des recettes, mais la plus célèbre est celle d’Andromachus. C’est une préparation à base de plantes médicinales mélangées à des alcools et parfois des produits issus des vipères (graisse de vipère, chair séchée…). Cette potion se composait de nombreux ingrédients : 74 dont de l’opium pour celle de Galien, une soixantaine pour celle d’Andromachus qui sera reprise au XVIIème siècle par Moyse Charas. Ses usages thérapeutiques étaient très nombreux. Elle traversa les âges, écartée des manuels de pharmacie français seulement en 1908 mais perdurant encore par la suite dans les traditions locales : un article de Patricia Fourcade publié en 1996 atteste de son utilisation dans plusieurs régions de France dans les années 1980. Aujourd’hui, elle reviendrait à la mode dans le sillage des médecines « new age », mais son efficacité n’a jamais été démontrée et sa recette est plus axée sur l’ésotérisme que sur la combinaison de substances véritablement actives.

De nombreuses autres potions étaient préparées avec des vipères et ne servaient pas qu’à guérir des morsures. L’eau de vipères se faisait à base d’eau de vie dans laquelle on immergeait une vipère, parfois vivante, qui mettait alors des heures à mourir. Ce breuvage existe encore bien que sa fabrication soit illégale puisque les vipères sont des espèces protégées. On lui attribuait différentes vertus médicinales contre les maux de ventre, les coliques mais aussi pour affûter les objets en métal !

De tous temps, on savait que le meilleur moyen de ne pas à avoir à tester l’efficacité ou l’inefficacité de ces traitements était de ne pas se faire mordre. Si on ajoute à cela qu’une rencontre avec un serpent est perçue comme portant malheur, on comprend pourquoi les techniques pour faire fuir ces reptiles et éviter les mauvaises rencontres sont aussi nombreuses que celles pour se débarrasser du hoquet ! Il suffit de taper « comment éloigner les serpents » sur un moteur de recherche internet pour trouver pléthore d’astuces dont les plus sages et les plus utiles consistent à simplement les laisser tranquille et ne pas s’en préoccuper ! Parmi les recettes sensées éloigner les serpents, on préconise de mettre tout autour de son jardin des grains de poivre noir ou des bouteilles remplies d’ammoniaque ou encore, des billes de soufre. Autre conseil amusant mais aussi inutile que les précédents : frotter de l’ail sur ses chaussures pour éviter d’être attaqué lors d’une ballade. Cette astuce que l’on trouve encore souvent sur les forums et sites internet ne date pas d’hier : Elle figure sur des documents datant du XVTIIème siècle. Il y a aussi des rituels superstitieux consistant par exemple à avaler un œuf à Pâques pour éviter les morsures le reste de l’année. On trouve aussi différentes incantations comme « Aspidam, crapaudam, basilicam ! » qui permettaient faire reculer une vipère croisée sur le chemin.

Autre méthode pour se débarrasser des vipères : les exterminer. Mais comment les attirer ? Une croyance également ancienne et très répandue recommandait de jeter un spécimen dans l’eau bouillante. La vipère ébouillantée « appellerait » ses consœurs à la rescousse en sifflant. Les chasseurs de vipères affirmaient que c’est ainsi qu’ils faisaient de grosses prises : affirmation irrationnelle car les vipères n’ont aucun mode de communication sonore entre elles, même sous la torture ! Une autre croyance venue d’Anjou consistait à déposer la paille de ses sabots sur le sol et d’uriner dessus. Le lendemain, vous deviez trouver un serpent enroulé et totalement apathique que vous pouviez capturer sans problème. Là aussi, lancer des incantations puis poser des questions au serpent comme lui demander d’énumérer les prochaines fêtes catholiques, devait inhiber toute agressivité et permettre de le capturer rapidement. Pour tuer la bête, on conseillait de toujours lui écraser la tête car si on le découpait en morceaux, soit ils se recollaient, soit ils formaient plusieurs petits serpents. On pouvait aussi tuer le « vilain » en lui frappant sur la tête avec une branche de noisetier ou en lui crachant dessus. Dernier conseil qui nous vient du Poitou : ne tirez jamais sur un serpent avec un fusil, ce dernier exploserait… Evidemment tout cela est faux au vu de l’anatomie et de la physiologie des serpents… et des fusils !

Une autre croyance s’ avère particulièrement répandue et tenace : la prétendue attirance des serpents pour le lait. Ainsi, on entend encore parler de la faculté des serpents à téter le pis des vaches pour boire leur lait. Dans le Poitou, la légende va jusqu’à dire que les serpents meuglent pour attirer les vaches près des haies. On dit aussi qu’on peut attirer les serpents avec un bol de lait ou encore, que les serpents viennent se lover dans les couffins des nourrissons, attirés par l’odeur du lait. Cette conviction est ancienne et souvent relatée même par Léonard de Vinci qui note dans ses carnets à propos du Boa : « C’est un grand serpent qui s’enroule autour des jambes de la vache de façon à l’immobiliser, puis la tête au point de presque la tarir ». Or, aucune observation ni expérience modernes (dans le sens validée par des méthodes rigoureuses et scientifiques) ne viennent accréditer une attirance particulière des serpents pour le lait, d’autant qu’ils sont physiquement incapables de téter, ce qui exclut de fait les histoires de serpent qui tête les vaches. Mais l’étonnant avec cette croyance, c’est qu’elle est également présente en différentes régions du monde, par exemple les Pythons des temples du Bénin dont nous avons parlé plus tôt, sont nourris avec du lait. En Amérique du nord, l’histoire des serpents qui tètent le pis des vaches est également très courante : les couleuvres du genre Lampropeltis sont d’ailleurs nommées « Milk Snake », « serpents du lait », en lien avec cette croyance. Du coup, cette superstition a intrigué les scientifiques. Plusieurs phénomènes l’expliquent : d’abord, les serpents étaient communs dans les étables car ils y trouvaient de la chaleur, des endroits pour se cacher (fentes des murs, combles, paille… ) et des rongeurs pour se nourrir… l’attirance des serpents pour le lieu de vie des vaches n’est donc pas forcément lié au lait. Ensuite, les excréments des serpents sont en partie blancs, bien que d’ordinaires assez secs et fermes, ils peuvent être liquides comme du lait quand le serpent est agressé et qu’il éjecte ces selles liquides pour se défendre. De plus, en tuant un serpent à coup de bêche ou en l’écrasant, le même liquide blanc s’échappe de son intestin, faisant croire qu’il était rempli de lait. Quant aux serpents qui boivent du lait posé en offrande, c’est simplement faute d’eau à proximité.

Reptiles de France.

Liste des reptiles de France selon Geniez & Vacher (2010).

Lézards :

Famille des Lacertidés : Principaux taxons présents en France.

Lézard vivipare (Zootoca vivipara) : Très répandu sauf dans une partie du sud- ouest et du contour méditerranéen. Seule espèce vivipare de la famille, recherche des habitats humides ou en altitude.

Lézard des murailles (Podarcis muralis) : L’un des lézards les plus communs et les plus faciles à observer dans presque toute la France car il vit souvent près des habitations.

Le lézard catalan (Podarcis liolepis): Inféodé au sud de la France, surtout à l’ouest du Rhône. Il ressemble beaucoup au lézard des murailles.

Lézard des souches (Lacerta agilis): également très répandu notamment au centre et à l’est de la France, ce lézard plus trapu que le lézard des murailles se distingue par sa coloration verte sur les flancs (chez les mâles).

Le lézard vert (Lacerta bilineata): Plus grand, pouvant atteindre 45 cm, il est entièrement vert, on le trouve dans toute la France à l’exception du nord-est.

Le lézard ocellé (Timon lepidus): Le plus grand lacertidé d’Europe avec 60 cm. On le trouve en Espagne et dans le sud de la France.

Le lézard de Bedriaga (Archeolacerta bedriagae) : Endémique de Corse

Le lézard des ruines (Podarcis sicula): Surtout répandu en Italie, dans les Balkans et en Grèce, on le trouve aussi en Corse.

Les Psammodromes (Psammodromus spp.): Petits lézards au corps fin dont les écailles sont anguleuses donnant un aspect rugueux. Deux espèces sont classiquement reconnues : P. algirus et P. hispanicus, cette dernière est composée de deux sous-espèces qui ont chacune été récemment élevées au rang d’ espèce.

L’Agyroïde de Fitzinger (Algyroïdes fitzingeri): Autre lézard assez proche du Psammodrome. On ne le rencontre qu’en Sardaigne et en Corse où il est assez rare.

Geckos (Anciennement famille des gekkonidés qui a été scindée en plusieurs familles à part)

Tarente de Maurétanie (Tarentola mauritanica): Gecko assez commun dans le midi de la France. Appartient à la famille des phyllodactylidés.

Phyllodactyle d’Europe (Euleptes europaea) : Une espèce assez rare, répandue sur les îles de Méditerranée (îles d’Hyères, Corse… ). Appartient à la famille des sphaerodactylidés (et non des phyllodactylidés)

Hémidactyle verruqueux (Hemidactylus turcicus) : Abondant en Corse, rare sur la côte d’Azur et le Roussillon. (Famille des gekkonidés)

Anguidés :

L’Orvet (Anguis fragilis): Lézard dépourvu de pattes de couleur brune, pouvant mesurer jusqu’à 50 cm et commun dans toute la France.

L’Orvet de Vérone (Anguis veronensis). En 2013, des chercheurs montrent que les populations italiennes et du sud-est de la France, jusque-là assimilées à Anguis fragilis, sont à considérer comme une espèce à part. Elle fut d’abord nommée Anguis cinerea puis Anguis veronensis car l’italien Polini l’avait déjà décrite en 1818.

Scincidés (Scinques)

Le Seps strié (Chalcides striatus). Ressemblant un peu à l’orvet, il possède de toutes petites pattes. Son corps est marqué par des lignes sombres et on le trouve surtout dans le sud-est de la France.

Serpents :

Famille des colubridés :

La couleuvre verte et jaune (Coluber viridiflavus). Serpent gracile et nerveux vivant dans toute la France sauf l’extrême nord et nord-est.

Couleuvre d’Esculape (Zanemis longissimus) : un des plus grand serpent d’Europe de l’ouest, mesure environ 150 cm mais peut aller jusqu’à 2 m. Vit à l’ouest et la moitié sud de la France.

Couleuvre à échelons : Couleuvre plus rare, vivant principalement dans le midi.

Coronelle lisse (Coronella austriaca) et Coronelle girondine (C. girondica) : deux petites couleuvres très proches et très discrètes. La première est présente sur presque tout le territoire français, plus rare dans le sud-ouest ; la seconde est présente uniquement au sud.

Famille des natricidés (ex. colubridés)

Couleuvre vipérine (Natrix maura). Couleuvre vivant dans et au bord de l’eau, chassant poissons et batraciens, souvent confondue avec les vipères (c’est la fameuse vipère d’eau !). Innoffensive, on la rencontre surtout au sud de la Loire.

Couleuvre à collier (Natrix natrix). C’est le serpent le plus commun en France, on le trouve sur tout le territoire. Moins aquatique que la couleuvre vipérine elle vit néanmoins dans ou près des zones humides.

Famille des Psammophiidés (ex. Colubridés)

Couleuvre de Montpellier (Malpolon monspessulanus). Seule couleuvre venimeuse française, serpent pouvant atteindre 2 m vivant essentiellement dans les départements bordant la Méditerranée.

Famille des Vipéridés :

Vipère péliade (Vipera berus) : 50 à 80 cm. Espèce a très vaste répartition incluant l’Europe du nord, centrale et la Russie. En France elle est surtout présente dans l’ ouest, le Massif Central et quelques régions du centre et du nord.

Vipère aspic (Vipera aspis) : Atteignant 70 cm. Plus méridionale que la péliade, on la rencontre dans tout le pays sauf en Bretagne, au nord de Paris et dans le nord-est (sauf la Lorraine où elle est rare).

Vipère d’Orsini (Vipera ursinii) : La plus petite (moins de 50 cm) et la plus rare des vipères française, uniquement présente en Provence. Son venin a la réputation de faire l’ effet une piqûre de guêpe.

Vipère de Seoane (Vipera seoanei) : Mesure une cinquantaine de centimètres, présente uniquement au Pays Basque.

Tortues :

Famille des testudinidés :

Tortue d’Hermann (Testudo hermanni) : Espèce menacée ne vivant que dans le Var et en Corse.

Famille des emydidés

Cistude d’Europe (Emys orbicularis) : Tortue aquatique autrefois très répandue, aujourd’hui elle est présente – mais rare – essentiellement au sud de la Loire.

Trachemyde scriptée ou tortue dite « de Floride » (Trachemys scripta) : Tortue originaire d’Amérique du nord naturalisée depuis la fin du XXème siècle sur tout le territoire.

Famille des geoemydidés

Tortue lépreuse (Mauremys leprosa) : Tortue aquatique très rare, quelques populations en Languedoc et dans le Pays-Basque.

On note également dans les eaux territoriales françaises la présence de cinq espèces de tortues marines, aucune ne se reproduit sur les plages de Métropole, en revanche, certains espèces se reproduisent dans les DOM-TOM.

Cette présentation est évidemment très succincte ! Si vous voulez en savoir plus (beaucoup plus) : « Les reptiles de France, Belgique, Luxembourg et Suisse » de Vacher & Geniez (2010) aux éditions Biotopes. Il existe aussi de nombreux guides herpétologiques régionaux.

Faits divers et mythes modernes.

Ces croyances sont pour la plupart fausses, elles nous font sourire, mais sont-elles vraiment de l’histoire ancienne ? En deux siècles, nous sommes passés d’une société fondamentalement rurale, sans moyens modernes de communication et très superstitieuse ; à une société citadine, où l’information est facilement accessible et sans doute plus matérialiste. La méthode scientifique moderne a indéniablement contribué à une appréhension plus réaliste et rationnelle du monde qui nous entoure. Pour autant, l’Homme actuel s’est-il affranchi des superstitions ? Evidemment non ! Les préjugés d’aujourd’hui restent basés sur la perception des reptiles comme étant des êtres dangereux et répugnants. Parfois, l’imaginaire collectif contemporain ne fait que réactualiser de vieilles croyances pour les faire entrer dans un environnement qui nous est familier : des villes, des espèces exotiques, des hélicoptères… A cela s’ajoute la suspicion que les autorités cachent des choses à la population sur la présence de reptiles comme elles cachent des choses sur le retour du loup, vision « conspirationiste » très moderne (quoique ?). Les rumeurs vont très vite et ont souvent comme origine des faits divers que les fantasmes inconscients et les peurs enfouies vont se charger de déformer en les faisant changer de lieu, de date, de victime, d’animal… On nomme souvent cela des « légendes urbaines », mais comme le suggère J-B Renard, on pourrait aussi les nommer « légendes contemporaines » car elles ne se limitent pas à la ville ! Internet est un outil de confection et de propagation de ces légendes contemporaines très performant. Certains sites y sont consacrés soit pour les répandre, même quand ce sont des canulars grossiers (comme le serpent marin « ka tro fé le buzz grav »), soit pour les tailler en pièces et donner des explications rationnelles à cet emballement fantasmagorique.

Parmi les légendes modernes les plus fameuses, penchons-nous sur les lâchers de vipères par hélicoptère qui animent encore les discussions dans les campagnes pouvant parfois tourner à la paranoïa collective. Certains pensent que des milliers de vipères sont réintroduites en milieu naturel par la voie des airs. Cette rumeur se rencontre dans différents endroits de France, en Lorraine, en Bretagne, dans les Alpes ou dans les Pyrénées. Si les versions les plus modérées de la légende affirment que des hélicoptères se posent en rase campagne avec des caisses pleines de serpents, les versions les plus extrêmes parlent carrément de serpents lâchers depuis le ciel. Le gouvernement et les « écolos » feraient tout cela dans le plus grand secret, utilisant même des hélicoptères d’EDF pour faire croire à des travaux sur les lignes électriques !

Pourtant, ni les gouvernements, ni les associations écologistes, ni quelconque organisation secrète « pro-vipères » n’ont jamais pratiqué de lâchers massifs de serpents, encore moins par hélicoptères ! Quelques réintroductions de vipères ont certes été pratiquées, mais elles ont été faites de manière très localisées, à titre expérimental afin d’étudier l’écologie de ces serpents et non pour un repeuplement de grande envergure. Il y eut aussi l’introduction de vipères sur plusieurs localités du Haut-Rhin en 1973, 1979 et 1987. Ces introductions ont été faites par un particulier, de manière « sauvage » et non dans le cadre d’un programme orchestré par les pouvoirs publics ou les associations. Ces populations de vipères existent toujours mais ne prolifèrent pas, restant dans les environs où elles ont été lâchées. Elles n’ont jamais tué personne alors qu’elles vivent dans des zones rurales peuplées. On est loin du « bombardement de vipères » que certains décrivent partout en France !

D’où vient cette légende ? Elle a des origines multiples remontant à la fin des années 1970. Des agriculteurs affirment alors avoir observé des va-et-vient suspects d’ avions, des caisses abandonnées et une soit disant recrudescence d’ observations de vipères qui n’a jamais été démontrée. C’est également l’époque des premières lois protégeant les reptiles, mettant fin aux primes pour la destruction des vipères et provoquant quelques mécontentements dans certaines régions, laissant craindre que le gouvernement prenait le parti de ces « sales bêtes » considérées jusque-là comme nuisibles. Ceux qui ont gagné de l’argent par la chasse aux vipères et qui donc voyaient leurs revenus disparaître furent sans doute partie prenante dans la confection de cette paranoïa. A cela s’ajoute le mouvement écologiste qui commence à avoir de l’influence auprès des autorités et qui entre de plus en plus en conflit avec une partie du milieu rural. Sur ce terrain fertile, d’autres faits plus précis ont ensuite lancé la rumeur en elle-même : En 1981, le ministère délivre une dérogation à un laboratoire pharmaceutique qui obtient l’autorisation de capturer 1 500 vipères pour prélever leur venin, à condition de les remettre dans la nature. Toutefois, contrairement aux consignes données par les autorités, le laboratoire relâcha toutes les vipères au même endroit… des chasseurs auraient été témoins de cette libération massive et en feront écho. A leur décharge, il était facile de croire en un lâcher opéré pour repeupler la région en serpents or, il ne s’agissait pas d’introduction de serpents, mais de remettre les spécimens capturés à des fins scientifiques là où ils ont été trouvés. Une fois que la légende est implantée, la moindre petite confusion peut la faire se développer. L’utilisation de petites boîtes contenant des œufs de truites et qui sont déposées au fond des rivières et des lacs pour l’alevinage aurait engendré des rumeurs locales car ces boîtes, communément utilisées par les sociétés de pêche, ont parfois été transportées en caisses, certaines héliportées, et estampillées du nom de leur inventeur : « Vibert ». La proximité du nom écrit sur les caisses et du mot « vipère » peut largement suffire à créer une rumeur d’autant que ces opérations d’alevinage étaient tenues secrètes pour éviter le braconnage.

Des lâchers massifs de centaines ou de milliers de vipères avec ou sans hélicoptère n’auraient aucun sens d’un point de vue écologique, ils seraient inefficaces et engendreraient une forte mortalité des serpents introduits. Mais dans le délire conspirationiste, tout peut se justifier ! Cette croyance traduit surtout la peur de voir des hordes de serpents infester les campagnes, la peur du retour d’un loup sans pattes transformant nos bocages bucoliques en un vaste champ de mines à écailles et par-là aussi un certain « blues de la ruralité » qui se sent méprisé par les autorités parisiennes. Certains élus ruraux et représentants de chasseurs ou d’agriculteurs sous-entendent que tout cela aurait pour but de chasser les gens des campagnes. Comme l’écrit Véronique Campion-Vincent, « la rumeur est, le plus souvent, une production sociale spontanée, sans dessein ni stratégie », même si dans la guerre qui oppose parfois ruraux et chasseurs contre écologistes et naturalistes, des rumeurs permettant de créer une psychose mobilisatrice peuvent devenir des armes d’une guerre psychologiques entre deux clans. Dans ce conflit entre écologistes et une partie du monde rural, certains médias relaient facilement la rumeur ou « lancent le débat » sur les réintroductions de manière peu objective comme cette question, très dirigée, sur le site internet du journal « La Montagne » (9 mai 2006) : « Dans le sud de la France, on relâche des ours que l’on a fait venir à grands frais de Slovénie. Pour les défenseurs de cette position, il s’agit de réintroduire un animal qui a déjà vécu dans ce milieu et qui était en passe de disparaître complètement du fait des hommes. Ailleurs, selon le même principe, ce sont les loups, tant redoutés pendant des siècles, que l’on invite à recoloniser certains massifs. Plus près de chez nous, il est arrivé que soient relâchées quelques dizaines de vipères au prétexte de rééquilibrer le milieu. Que pensez-vous de cette doctrine qui, quoi qu’on pense, réintroduit du danger là où il avait été éradiqué? » Le danger, voilà ce que représente la vipère, l’éradication, voilà le remède préconisé ! Nous verrons plus loin que les vipères sont bien moins dangereuses que beaucoup d’autres animaux et que le nombre de morsures en France ne justifie pas une telle paranoïa.

Les rumeurs exagèrent souvent un phénomène totalement banal, sans intérêt à priori. Chacun y ajoute son petit grain de sel pour rendre son récit plus captivant. Un orvet trouvé dans une cave n’ a rien de très excitant, mais en bout de chaîne, quand cet orvet s’est transformé en cobra, là ça devient croustillant et on s’attarde volontiers à la machine à café pour entendre la suite ! Parfois, tout a été inventé de A à Z par on ne sait qui dans on ne sait quel but : En 2010, à Oyonax dans l’Ain, une rumeur s’est propagée racontant qu’une femme aurait été « piquée » par une vipère en piochant dans les épinards du rayon fruits et légumes d’un supermarché et qu’elle en serait morte. Cette rumeur était totalement fausse comme l’a démontrée la presse, personne n’est mort ce jour-là de quelque « piqûre » que ce soit ! Néanmoins, en quelques jours, elle avait fait le tour de la ville et du web au grand dam du gérant du supermarché qui a vu la fréquentation de son magasin chuter. Dans cette histoire, ce sont les médias qui ont coupé court aux ragots, mais souvent la rumeur a pour origine un fait divers paru dans les médias que chacun refait à sa sauce et fait goûter aux autres. Petite anecdote personnelle : Un jour, je me rends dans une animalerie où travaille un ami. Celui-ci me dit avec beaucoup de scepticisme : « un client est venu ce matin, il m’a dit que les pompiers ont trouvé un énorme anaconda dans la rivière. Il paraît que c’est dans le journal, mais je n’ai pas eu le temps de regarder ». J’allais donc de ce pas voir ce qu’il en était. En effet, les Dernières Nouvelles d’Alsace de la veille (12/09/2011) informent qu’un Python royal de 80 cm a été découvert dans un jardin, dans une commune à près de 100 km de la « rivière du coin »… On est loin de l’anaconda géant qui rôde dans les parages !

Les légendes contemporaines et autres rumeurs farfelues ne se développent évidemment pas que dans les campagnes. Dans les grandes villes aussi on rencontre des « légendes urbaines », certaines étant totalement imaginaires, d’autres provenant de faits rééls isolés. Ces légendes urbaines peuvent évoluer, perdurer pendant des années voire des décennies et se déplacer de ville en ville. Les crocodiles habitant les égouts des grandes métropoles sont une de ces légendes urbaines que l’on entend à Paris mais aussi à Londres ou New-York. Des crocodiles ont effectivement été trouvés dans les égouts mais ce sont des cas très isolés. Le premier fut celui découvert en 1935 à New York, il a sans doute donné source à la légende urbaine. A Paris, en 1984, un jeune crocodile du Nil (Crocodylus niloticus) de 83 cm a été découvert près du Pont Neuf. Il a été baptisé Eléanor et est aujourd’hui visible à l’aquarium de Vannes, en Bretagne. C’est le seul cas parisien avéré mais le bruit court qu’il y en aurait d’autres, que des portions entières des égouts seraient fermés par des policiers armés jusqu’aux dents et qu’un tourisme parallèle se ferait dans les catacombes pour voir ces monstres des ténèbres. Selon les variantes, « on » dit qu’ils s’y reproduisent et qu’ils sont devenus albinos à cause de l’absence de lumière comme les animaux cavernicoles ce qui est absurde d’un point de vue des mécanismes de l’évolution biologique. A partir d’un ou deux faits réels isolés mais très médiatisés on arrive à la croyance en des égouts infestés de crocodiles redoutables. On raconte aussi des histoires de serpents qui sortent de la cuvette des WC : il y a eu quelques cas réels, mais la plupart furent des canulars. Ces histoires reviennent souvent dans les discussions et dès qu’il y a une rumeur de serpent évadé, les gens ont peur que la bête se manifeste chez eux ainsi. Egouts, canalisations de toilettes. décidément, reptiles imaginaires et tuyaux malodorants font bon ménage ! D’ un autre côté, un animal considéré comme « froid, visqueux et répugnant » ne peut que s’épanouir dans les ténèbres des égouts ! Du point de vue des préjugés, c’est cohérent, mais faux car les reptiles ne prospèrent pas dans la froidure humide et sombre des entrailles de la terre.

Les serpents qui se font la malle.

Ces dernières années, les cas d’évasions ou de découvertes de serpents exotiques dans des appartements, des jardins ou des lieux publics augmentent et occupent une bonne place dans les faits divers. Par exemple, en 2012, l’évasion dans un immeuble de deux couleuvres nord-américaines qu’un éleveur maladroit a laissé s’échapper pendant son déménagement a fait les « choux gras » des différents médias. Le quotidien l’Est Républicain titre alors : « Haute-Saône : Deux serpents courent toujours » (sic ! On peut courir sans pattes ?). Pompiers et gendarmes rassurent les habitants de l’immeuble, ces couleuvres sont inoffensives et détenues légalement, mais certains locataires ont préféré loger ailleurs jusqu’à ce qu’elles soient capturées… Dans le midi, une femme découvre le cadavre d’un serpent jaune, rouge et noir. Il est tout de suite identifié par les journalistes comme étant un serpent corail « le plus venimeux du monde » titre le Midi Libre, mais il s’agit en fait d’un « faux corail », une couleuvre inoffensive très répandue chez les terrariophiles.

Il ne se passe pas une semaine sans qu’un journal régional ou national fasse écho de la découverte d’un reptile exotique déambulant. Il faut dire que les serpents sont doués pour se faire la belle, mais il y a des précautions élémentaires à prendre quand on est éleveur pour éviter ce genre d’incident comme par exemple fermer son terrarium à clés. Sauf que la plupart de ceux dont le serpent s’est évadé ne les ont pas prises. Il y a toutefois une disproportion entre le traitement médiatique de la moindre découverte d’un serpent ou autre reptile exotique dans un cave ou dans la nature – avec des commentaires qui frisent parfois le ridicule – et l’importance des serpents dans le phénomène général des évasions d’ animaux de compagnie. En se basant sur la fréquence de parution de faits divers relatant des évasions d’animaux on pourrait croire qu’il n’y a majoritairement que des serpents qui s’ échappent.

Mais il est nécessaire de remettre les choses dans un contexte global et relativiser une situation grossie par sa médiatisation et grossie parce qu’on parle de serpents : la bête qui fait peur !

Les évasions de serpents posent problème et notamment du point de vue écologique, bien plus que du point de vue de la sécurité publique. Les observations de
serpents exotiques en ville ou même dans la nature sont effectivement en augmentation depuis quelques années et il ne faut pas minimiser ce phénomène. Il faut même lutter contre, tout comme il faut lutter contre les évasions d’animaux d’élevage en général ! Toutefois, on constate que pour un serpent qui a sa photo dans les faits divers, des centaines de chats, chiens, furets, perruches se sont évadés dans l’indifférence générale.

On pourrait croire que ces animaux représentent un danger, après tout, la plupart des gens pensent que tous les serpents sont des êtres agressifs et mortellement dangereux. Mais le danger est en réalité minime : personne, en France, n’a été gravement blessé par un serpent évadé. Il s’agit en général de couleuvres ou de petits boas ou pythons inoffensifs. Stressés, apeurés, ils ne deviennent agressifs qu’avec celui qui essaie de les attraper… ce que la plupart des gens n’essaient pas de faire ! Ils font plus de peur que de mal… d’autres animaux en revanche font bien plus de mal que de peur. Les chiens errants constituent un danger bien plus sérieux, non seulement pour les autres animaux comme les animaux d’élevage (moutons etc.) mais aussi pour l’Homme à qui ils peuvent s’attaquer. De manière générale, le meilleur ami de l’Homme est ainsi l’animal de compagnie le plus dangereux : Selon le Centre de Documentation et d’Information de l’Assurance, 60 000 hospitalisations en France sont dues à des morsures de chiens sur un total d’un demi-million de morsures annuelles. La présence de certains petits animaux de compagnie dans la nature peut aussi avoir des conséquences sur la santé publique alors qu’ils semblent totalement inoffensifs : on ne verra pas dans les faits divers le petit et mignon écureuil de Corée qui s’est échappé de sa cage, pourtant c’est un propagateur important de la maladie de Lyme qui se transmet à l’ Homme via les tiques.

Ces affaires de serpents exotiques évadés engendrent aussi parfois des dommages collatéraux : beaucoup de découvertes de serpents relatées dans les journaux ou sur internet concernent des espèces locales que de plus en plus de gens prennent pour des espèces exotiques. Il est quand même aberrant de voir qu’une Couleuvre à collier trouvée dans une cave fasse la une de la presse locale alors que c’est le serpent le plus répandu en France !

Si les serpents évadés font autant parler c’est avant tout à cause de leur réputation et des préjugés qu’ils trainent avec eux. La réaction est disproportionnée parce qu’on se les représente comme des êtres malfaisants et monstrueux. Quand des milliers de tortues dites de Floride ont été relâchées dans la nature, cela ne faisait pas la une des journaux. Parce que la tortue n’entre pas dans la catégorie des animaux qui font « froid dans le dos ». On fait ainsi le tri entre les animaux anxiogènes comme les serpents et ceux jugés inoffensifs comme les tortues, un tri que l’on fait aussi entre nous, humains.

« Les discours sur les animaux sont des discours sur l’Homme, écrit Jean-Pierre Digard. Les pratiques sur les animaux sont le moule, en creux ou en relief, ou le contretype, en positif ou en négatif, des relations entre les Hommes ». On peut ainsi facilement observer une similitude entre les réactions face à la présence près de nous de certains animaux comme les serpents ou le loup, et celle de groupes ethniques (maghrébins, roms) ou sociaux (malades mentaux, toxicomanes). Jean Bruno Renard, en parlant des légendes urbaines liées aux animaux exotiques dans nos villes, écrit que cela « exprime aussi métaphoriquement la crainte des immigrés, qui entrent clandestinement dans le pays et qui, sous l’apparence de bons travailleurs, se révèlent dangereux. De même, les légendes de l’araignée dans le yucca, du serpent dans la couverture ou du scorpion dans l’ours en peluche expriment à la fois la critique des grandes surfaces (l’ abondance, les prix modiques et l’ acquisition de produits exotiques autrefois chers ou introuvables se paient quelque part), la peur de la nature sauvage tapie au cœur de la vie moderne et qui ne demande qu’à resurgir, enfin la peur de l’étranger, exprimée métaphoriquement par les plantes exotiques et dangereuses ». La peur du danger venu d’ailleurs, qui est partout, caché, tapis dans l’ombre, dans les ténèbres, qui nous guette et nous menace… une menace rampante !

Parallèlement à ces visions subjectives, fantasmagoriques ou simplement issues de la méconnaissance des reptiles, d’autres humains ont abordé ces animaux de manière rationnelle, en percevant avant tout ces animaux comme un sujet d’étude digne d’intérêt. D’autres enfin, vouent une passion aux reptiles qui peut prendre de nombreuses formes : observation dans la nature, élevage en captivité, collections liées à l’herpétologie…

 

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