Des Reptiles ? Quelle Horreur ! Chapitre III

Les Reptiles : chaînons manquants et fossiles vivants ?

« Nul ne saurait reculer aujourd ’hui en-deçà de l ’évolutionnisme, sauf à jouer la conviction contre les preuves, la solitude contre l’argument,  l’autorité de la foi contre l’autorité des faits ».

Philippe Bimbenet, L ’animal que je ne suis plus (2011)

Tout le monde sait que les reptiles sont un groupe d’animaux très ancien, apparus bien avant l’humanité et qui se développa tout particulièrement lors de l’ère des célèbres dinosaures et autres reptiles géants ce qui représente la majeure partie du mésozoïque ou ère secondaire (qui a duré plus de 180 millions d’années). Le monde de cette époque est souvent représenté comme une terre hostile peuplée de monstres aussi brutaux que stupides et aux comportements peu « évolués ». Dans la vision caricaturale de la faune ancienne comme dans certaines visions même inconscientes des civilisations anciennes ou non européennes, on assimile volontiers le primitif à l’arriéré, l’ancien au simple et le contemporain à l’« évolué » dans le sens plus perfectionné, plus raffiné, dominant… Des expressions comme « il faut évoluer un peu ! » ou « c’est un matériel évolué » laissent entendre qu’évoluer c’est être meilleur qu’avant. Cette vision peut être acceptable dans le cadre du développement culturel et scientifique de l’humanité, et encore, l’histoire de l’humanité et des civilisations n’est pas toujours une marche constante vers le progrès… Il y a donc une différence entre le sens que nous donnons d’ ordinaire au terme « évolution » et celui de l’évolution biologique comme le conçoivent les scientifiques.

L’évolution est aveugle, elle n’a pas de sens et ne tend pas automatiquement vers le progrès. Mais culturellement, l’idée de progrès constant au fil du temps est encore très ancrée comme le soulignait Stephen Jay Gould : « [. ] le signe égal mis entre évolution et progrès représente l’obstacle le plus fort dans la culture de notre époque, nous empêchant de comprendre correctement la plus grande des révolutions scientifiques dans l’histoire humaine ». De nos jours, alors qu’elle est scientifiquement obsolète, cette notion de progrès, avec des êtres « inférieurs » dont feraient partie les reptiles et « supérieurs » comme l’Homme, est encore très répandue. C’est vrai qu’en regardant l’histoire de la vie de manière superficielle on peut croire qu’il y a une marche vers le progrès, surtout si on part du principe de base que l’Homme en serait le modèle le plus aboutit, le dernier cri biologique, le 2.0 de la vie. Ce qui n’est pas le cas.

A travers les préjugés sur l’évolution et abus de langage comme l’utilisation trop fréquente de l’expression « fossiles vivants » ou « chaînon manquant », c’est la méconnaissance des mécanismes de l’évolution biologique qui transparaît. Les reptiles d’aujourd’hui sont volontiers perçus comme des pièces de musée qui n’ont pas changé
depuis des lustres, des témoignages immobiles d’un temps révolu et cauchemardesque, des « has been » du monde animal… C’est totalement faux : les mécanismes de l’évolution sont universels et permanents, une forme de vie ne cesse pas d’évoluer parce que « Dame Nature » aurait inventé un modèle plus « perfectionné ». Les reptiles sont des animaux du présent et auxquels l’ avenir tend les bras !

Pour mieux comprendre en quoi les reptiles d’aujourd’hui ne sont ni nos ancêtres, ni des « chaînons manquants », ni des « prototypes » de formes de vie plus sophistiquées, il faut retracer l’histoire de ces animaux, ce qui nous fait faire un bond en arrière de 320 millions d’années (Ma). Mais attention, pas 320 millions d’années d’évolution linéaire où un poisson aurait accouché d’une salamandre qui aurait engendré un iguane, qui se serait transformé en rat, puis en singe dont descendrait l’Homme moderne. Non ! Il s’agit d’une histoire buissonnante, faite de branches mortes, de culs de sacs, d’étranglements ou de diversification « explosive », de changements infimes ou radicaux, d’innovations ou de réversions. Avant de commencer le fantastique récit des reptiles des origines à nos jours, une petite parenthèse sur une révolution qui agite la science depuis une cinquantaine d’années : la phylogénétique. Pourquoi ? Parce que cette méthode de classification des êtres vivants se base sur les liens de parenté entre espèces et par conséquent, sur leur histoire évolutive. Elle conditionne donc les concepts et termes qui seront décrits plus tard selon la maxime du célèbre évolutionniste Theodosus Dobzhansky : « Rien n’a de sens en biologie, si ce n’est à la lumière de l’Evolution ».

La phylogénétique, c’est fantastique !

Dans sa dixième édition de Systemae Naturae, publiée en 1758, Karl Linné dresse les principes de la classification zoologique moderne. Aujourd’hui encore on utilise certains de ses concepts comme les noms scientifiques selon le principe de la nomenclature binomiale, c’est à dire à deux noms : le premier celui du genre, le second celui de l’ espèce. Le tout écrit en italique avec, s’ il vous plaît, une majuscule pour la première lettre du genre. Ce système est très important car il permet d’utiliser le même nom partout dans le monde pour définir une espèce. Par exemple le Lézard des murailles se nomme Podarcis muralis ; il appartient au genre Podarcis où on trouve plusieurs espèces comme Podarcis siculus ou Podarcis liolepis. Que vous habitiez Tokyo, New-York ou Châteauvieux-les-fossés, ce sera toujours Podarcis muralis, alors que le nom de Lézard des murailles n’est

connu que des français, chaque langue ayant son propre nom commun.

Linné a également mis au point un système de classification hiérarchisé des plantes et animaux basé sur les ressemblances morphologiques et anatomiques. Ce système doit son efficacité à sa simplicité et son côté très pratique. En recoupant des caractères communs à un groupe d ’animaux on crée ce que l’on nomme un taxon que l’on place au sein d’un rang (les reptiles sont un taxon, de même que Podarcis est un taxon mais pas de même rang). Les rangs sont hiérarchisés du plus général au plus spécifique : Règne, phyllum, embranchement, classe, ordre, famille, genre, espèce… Entre ces rangs sont parfois intercalés des sous, super et infra rangs (par exemple un sous-ordre se trouve au-dessus de l’infra-ordre lui-même au-dessus de la super-famille). Tout autant de subdivisions qui servent à classer les centaines de milliers d’espèces animales ou végétales selon la présence ou l’absence de caractères communs. Chez les vertébrés tétrapodes – animaux qui ont des vertèbres et quatre pattes – quatre classes sont traditionnellement distinguées : les amphibiens, les reptiles, les oiseaux et les mammifères. Bien que ce mode de classification soit pratique parce qu ’il s’adapte aux conceptions humaines du « rangement » comme on pourrait organiser une bibliothèque, il reste très artificiel voire arbitraire dans ses choix.

Dans « L’origine des espèces », publié en 1859, Charles Darwin critique la classification linnéenne qu ’il juge trop arbitraire et ne prenant pas en compte les liens de parenté entre espèces. Il plaidait en faveur d’une classification basée sur le « système naturel », déjà prônée par Buffon en son temps et que Darwin défini ainsi : « le système naturel est un arrangement généalogique, où il nous faut découvrir les degrés de différence à l’aide de caractères permanents, quels qu ’ils puissent être, et si insignifiants que soit leur importance vitale ». Darwin n’a pas créé de nouveau système de classification biologique, il n’était pas systématicien, mais il consacre un chapitre sur les bases d’une classification en accord avec sa théorie de l’origine des espèces, établissant ce qui est devenu une règle : « Les caractères n’ont d’importance pour la classification qu’autant qu’ils révèlent les affinités généalogiques ».

Darwin parlait de généalogie, aujourd’hui on lui préfère le terme de phylogénie, l’idée reste cependant la même.

Le vœu de Darwin mettra près d ’un siècle à être pleinement exhaussé car il fallait d’abord compléter nos connaissances, dans le registre fossile comme dans la

compréhension des mécanismes de transformation des espèces et de la génétique… un travail toujours en cours ! Sans oublier les obstacles culturels, où même des scientifiques avaient du mal à se défaire de l’héritage de leurs illustres prédécesseurs et d’une certaine orthodoxie. Enfin, il fallait définir des règles précises de classification, ce qui fut fait après la seconde guerre mondiale notamment grâce aux travaux de l’entomologiste allemand Willi Hennig (1913-1976). Une nouvelle méthode de classification phylogénétique s’impose alors : la cladistique. Le principe de base de la cladistique est de ne reconnaître comme taxon valide que les groupes monophylétiques (ou clades) c’est à dire composés d’un ancêtre commun exclusif et de tous ses descendants sans exception. La méthode cladiste s’appuie à la fois sur la génétique, le registre fossile (et ses nombreuses lacunes) et l’anatomie comparée.. Le but est faire coïncider tout ça, et le puzzle n’est pas toujours simple à assembler ! Comme il est impossible de retracer un arbre généalogique précis parce que les fossiles qui sont parvenus jusqu’à nous ne représentent qu’une petite partie de la faune passée, il faut déduire les liens d’ascendance via les liens de parenté entre les espèces actuelles. Ainsi, comme le défini très bien Guillaume Lecointre, la classification phylogénétique ne cherche pas à savoir « qui ressemble à qui ? » mais « qui est proche parent de qui ? ». Or, il n’y a pas toujours de liens entre ressemblance et parenté : des groupes d’ animaux en apparence très différents peuvent être de proches parents, et inversement, des groupes qui se ressemblent comme deux gouttes d’ eau peuvent ne pas partager le même ancêtre commun. Ainsi, les chercheurs sont partis à la chasse aux groupes paraphylétiques (groupe n’ incluant pas tous les descendants d’un ancêtre) ou polyphylétiques (groupe incluant des espèces issues d’ancêtres différents) qui étaient admis en classification classique mais que la cladistique rejette comme un enfant son plat d’épinards.

L’application des principes de la cladistique a engendré des révisions parfois importantes de la classification zoologique et c’est loin d’être terminé car la génétique soulève de nouvelles questions et fait apparaître de nouveaux liens de parenté et donc, de nouveaux scenarii évolutifs. Dans le cas des reptiles, ces changements sont importants. La compréhension de l’histoire de ce groupe de vertébrés brise certaines visions du monde animal, plus culturelles que scientifiques, qui traînent encore dans l’inconscient collectif. Cela nous oblige à revoir certaines croyances sur l’identité des reptiles : D’où viennent-ils ? Sont-ils des fossiles vivants ? Des chaînons manquants entre le poisson et l’Homme ?

Amphibiens, reptiles et mammifères : des lignées différentes.

Mais alors : qu’est-ce qu’un reptile ? Et d’où ils viennent ? Classiquement, un reptile se distingue d’un amphibien (ou batracien) par des caractères morphologiques, anatomiques et physiologiques importants dont nous parlerons dans le prochain chapitre.

Pourtant, ces deux groupes d’animaux sont très souvent confondus entre eux : On prend un petit lézard qui sautille pour une grenouille, un triton pour un lézard, il y a des amphibiens sans pattes qui ressemblent à des serpents et puis, généralité encore plus radicale : « salamandre, crapaud ou serpent, tout ça c’est du pareil au même : ce sont des sales bêtes dégoûtantes » !

Nous avons vu qu’au XVTIIème et au début du XIXème siècle, reptiles et amphibiens faisaient effectivement partie du même groupe (ou taxon) zoologique et que leur séparation en deux ensembles distincts fit longtemps débat. Aujourd’hui, la séparation de ces deux groupes est une certitude car les reptiles et amphibiens actuels sont issus deux lignées évolutives différentes qui se sont séparées il y a très longtemps. Amphibiens actuels et reptiles appartiennent donc à deux clades différents.

L’ origine des reptiles et amphibiens nous fait remonter très loin en arrière, au tout début de l’occupation du milieu terrestre par les vertébrés : au carbonifère. Les amphibiens sont apparus les premiers il y a environ 350 millions d’années. Ils sont issus d’ un groupe de poissons à nageoires charnues, les sarcopterygiens. Le groupe des amphibiens s’est rapidement diversifié et différentes lignées se sont formées.

Du carbonifère au crétacé. Voici la fourchette de temps dans laquelle notre histoire va se dérouler :

Ere
Paléozoïque (primaire)
Mésozoïque (secondaire)
Période
Carbonifèr

e
Permien
Trias
Jurassique
Crétacé
Millions

d’années
299
254
201
145
65

Il y a 320 millions d’années, les premiers amniotes apparaissent à partir d’un ancêtre commun appartenant au groupe des amphibiens stégocéphales. Les amniotes sont des vertébrés tétrapodes dont l’embryon se développe dans un liquide amniotique : reptiles, oiseaux et mammifères sont des amniotes, les amphibiens en revanche n’en sont pas. Il y a également d’ autres caractères anatomiques typiques des amniotes : condyle occipital convexe, perte de l’ os intertemporal, etc. Mais bon, on va les laisser dans les bouquins d’anatomie comparée !

Les choses vont ensuite très vite, du moins à l’échelle des temps géologiques. Au début du permien (300 millions d’années) deux grandes lignées d’amniotes apparaissent et se développent : les synapsides et les sauropsides. Nous trouvons nos reptiles au sein du groupe des sauropsides. Leurs cousins synapsides vont prospérer durant tout le permien, ils vont en revanche prendre une sérieuse claque lors de la crise permien-trias qui verra 90% de la faune marine et plus de 75% de la faune terrestre disparaître. Tous ne disparaîtront néanmoins pas et plus tard, au trias supérieur, il y a plus de 220 millions d’années, vont émerger parmi ces synapsides les premiers mammifères. Ainsi, contrairement à une idée très répandue, les mammifères ne sont pas apparus suite à « l’extinction des dinosaures » il y a 65 millions d’années. Même si après cette crise ils ont pu considérablement se développer en occupant le terrain laissé vacant, ils étaient présents depuis bien plus longtemps et toute une faune mammalienne a cohabité avec les dinosaures durant plus de 150 millions d’années. On entend aussi souvent dire que les reptiles sont « nos ancêtres », le « chaînon manquant » entre les amphibiens et les mammifères et que nous « descendons » donc des reptiles. Là encore, c’est faux puisque les mammifères proviennent de la lignée des synapsides, alors que les reptiles proviennent de la lignée des sauropsides. Ces deux lignées se sont séparées bien avant l’apparition des mammifères et des différents groupes de reptiles vivants ou éteints. Certes, les anciens synapsides, d’avant l’apparition des mammifères, ressemblaient beaucoup à des reptiles et sont parfois affublés de ce nom qui – au sens strict – n’est approprié que pour les sauropsides.

Les premiers groupes de reptiles :

Restons donc chez les sauropsides au sein duquel se développent, au permien, deux groupes importants : les anapsides et les diapsides. Les anapsides se sont diversifiés pendant tout le permien, ont survécu à la crise permien-trias et continué à prospérer au trias pour finir par s’éteindre au jurassique… ou pas ! En effet, deux théories s’affrontent sur l’histoire des anapsides : la théorie classique veut que les anapsides existent encore à travers les tortues, mais récemment, une théorie affirmant que les tortues sont issues d’une autre lignée semble s’imposer. Le terme « anapsides » se réfère à l’absence de fenêtres temporales derrière les orbites (voir dessin), celui de « diapsides » à la présence de deux de ces orifices.

A gauche, crâne d’anapside, à droite de diapside (Wikimedia commons) :
Du côté des diapsides, différents groupes se forment au trias. Certains ont prospéré durant des dizaines de millions d’années et se sont considérablement diversifiés durant tout le mésozoïque, d’autres se sont rapidement éteints. Deux groupes de diapsides vont passer à la postérité : les lépidosauriens et les archosaures. Chez les lépidosauriens, deux groupes frères sont parvenus jusqu’à nous : les rynchocéphales et les squamates dans lequel nous trouvons nos serpents et lézards. Chez les archosaures se distinguent deux groupes principaux : les crurotarsi où se situent les crocodiles et les ornithodira au sein duquel nous trouvons – entre autres – les dinosaures au sens strict, apparus il y a un peu plus de 230 millions d’années.

Ces dinosaures au sens strict se divisent en deux grands groupes : les ornithischiens où l’on trouve des espèces bien connues du grand public comme le stégosaure et les saurischiens. Parmi les saurischiens on trouve les grands sauropodes comme le brachiosaure et les théropodes, dinosaures bipèdes et carnivores comme le célébrissime Tyrannosaurus rex. Mais le monde dinosaurien ne s’arrête pas à ces quelques espèces géantes emblématiques. C’est un groupe de reptiles très varié, à la classification complexe, au sein duquel les paléontologues ont décrit des centaines d’espèces répartis dans des dizaines de familles différentes… et encore, le registre fossile ne nous permet de connaître qu’une partie de toutes les espèces qui ont existé. Parmi elles, de nombreuses petites espèces comme Compsognathus ne mesuraientt qu’une soixantaine de centimètres. D’autres comme Archéoptéryx, un petit dinosaure couvert de plumes était, semble-t-il, capable de voler. A la fin des années 1990, les paléontologues ont découvert que d’autres espèces de dinosaures théropodes comme Velociraptor1 ou Oviraptor possédaient des plumes même s’ils ne volaient pas. La découverte de ces emplumés non volants – ce qui semble à priori paradoxal – a relancé le débat de l’œuf ou de la poule, ou plutôt : du vol ou de la plume, qui est apparu le premier ? Il semble que la plume ait eu en premier lieu une toute autre fonction que le vol et que chez ces dinosaures, les plumes servaient probablement à conserver la chaleur, à se protéger ou à couver leurs œufs. Cet exemple illustre qu’il y a parfois un décalage entre la fonction actuelle d’un organe et celle qu’il a pu avoir dans le passé, un phénomène appelé « exaptation ».

On connaît tous la destinée des dinosaures que l’on dit avoir disparus brutalement il y a 65 millions d’années. On a aussi souvent entendu parler des théories sur les causes de la crise « crétacé-tertiaire » qui frappa alors la biosphère et qui a marqué la fin de l’ ère mésozoïque. Crash d’une météorite dans le Golfe du Mexique ? Volcanisme intensif en Inde (Trapps du Décan) qui auraient bouleversés le climat mondial ? Si la première théorie emporte l’adhésion d’un grand nombre de chercheurs, le débat est loin d’être clos. [2]

Quoiqu’il en soit, une chose est sûre pour la plupart des gens : tous les dinosaures ont disparus. Tous ? Non ! Car un groupe d’irréductibles dinosaures a résisté à l’extinction…

L‘écaille ne fait pas le dinosaure.

Dans un documentaire sur les îles Galapagos, pour illustrer le gros plan sur un iguane, le commentateur utilise des expressions comme « fossile vivant sorti tout droit de l’ère des dinosaures ». Il laisse ainsi croire que ce lézard serait un descendant direct des grands reptiles « préhistoriques » et un rescapé de cette époque qui n’aurait pas changé d’un iota. Le physique de l’iguane, avec son air patibulaire, sa crête, ses grosses pattes griffues et ses mœurs jugés rustres, y sont pour beaucoup dans cette interprétation. L’analogie monstrueux = ancien et donc joli = moderne, est en effet fréquente mais n’a aucune assise scientifique. Car les iguanes n’ont aucun lien de descendance directe avec les dinosaures. D’ailleurs, aucun lézard ni serpent n’a d’ancêtre parmi les dinosaures. Comme tous les serpents et lézards actuels, les iguanes sont des lépidosauriens, un groupe distinct des archosaures qui a évolué parallèlement. Ce sont deux groupes frères, l’un ne pouvant donc pas être le fils de l’autre ! De surcroît, aussi « préhistorique » soit le physique de l’Iguane marin des Galapagos (Amblyrhynchus cristatus), il n’est pas un survivant du temps des dinosaures puisque cette espèce est apparue il y a moins de 15 millions d’années. Aucun « T-Rex » n’a jamais pu savoir si la chair des iguanes des Galapagos a plutôt goût de lapin ou de poulet.

On pourrait donc se dire qu’il ne reste des dinosaures que leur empreinte figée dans la roche, qu’ils sont aussi fossilisés que le visage d’une actrice hollywoodienne après sa quarante huitième injection de botox. . Pourtant, si on relie les paragraphes précédents on remarque que dans le clade des archosaures il y a aussi les crurotarsi où l’on trouve les crocodiles d’aujourd’hui. Euréka ! Les descendants des dinosaures, ce sont les crocodiles ! Raté. Là encore, crocodiles et dinosaures sont deux lignées différentes puisque les crurotarsi sont le groupe frère des ornithodira où se situent les dinosaures. Nous avons ensuite parlé de dinosaures à plumes et cité Archéoptéryx qui volait peut-être déjà il y a 150 millions d’années. Vous avez peut-être deviné : les dinosaures n’ont effectivement pas tous disparus, ils se sont envolés ! Au XXIème siècle, pour voir des dinosaures il suffit de regarder par la fenêtre les petits oiseaux qui se chamaillent autour de la mangeoire car leur ancêtre commun se situerait parmi les petits dinosaures théropodes à plumes du jurassique supérieur.

Les oiseaux ont donc des liens de parenté plus proches avec les autres reptiles qu’avec les mammifères : Titi le canari est plus proche cousin d’Hector l’alligator ou même de Raymond le python que de Ponpon le bichon. Par conséquent, au sens phylogénétique (un ancêtre commun exclusif et tous ses descendants) les oiseaux sont des reptiles, ils font partie de la classe des Sauropsides. La prochaine fois que vous irez chez

votre belle-mère, vous pourrez donc déclarer fièrement en regardant son canari : « Tiens, vous vous passionnez pour les reptiles belle-maman ! »

C’est là qu’elle dira en aparté à votre compagne :

« Je t’avais bien dit qu’il n’était pas normal ton homme ! Il ne sait même pas reconnaître un oiseau d’un lézard ! » Parce qu’évidemment, cette assimilation des oiseaux aux reptiles n’est pas encore entrée dans les mœurs. A priori, la plupart des gens auraient tendance à rapprocher les volatiles des mammifères car ils ont « le sang chaud » comme nous ou parce qu’ils sont jugés plus « nobles », moins « dégoutants » que les reptiles.

En utilisant les liens de parenté entre espèces ou groupes d’espèces, la classification phylogénétique moderne se rapproche du système naturel voulu par Darwin, quitte à bousculer l’héritage culturel et la vision intuitive qui nous pousserait à ne pas considérer les crocodiles et les oiseaux comme de proches cousins. Cette « révolution phylogénétique » oblige également à recarder l’application du mot « reptiles ». De nos jours, les herpétologues demandent à ce que l’on utilise systématiquement le terme reptiles « non aviens[3] » pour désigner les reptiles au sens « classique » du terme, c’est-à-dire sans les oiseaux. Nonobstant, pour des raisons souvent de clarté ou d’esthétique littéraire, le terme « reptiles » reste utilisé tel quel en tant que nom commun (ou grade), certains auteurs prenant soin de préciser dès le départ qu’ils parlent des reptiles non aviens, d’où la note de bas de page dans la première phrase de l’introduction de ce livre !

Mais alors, que fait-on de l’ornithologie, la science qui étudie les oiseaux ? Faut-il la faire fusionner avec l’herpétologie ? En toute logique, il le faudrait puisque oiseaux et reptiles sont des Sauropsides. D’un point de vue phylogénétique, on pourrait dire que l’herpétologie n’est pas « monophylétique » ! Pour coller à cette nouvelle classification il faudrait créer une science unique : la sauropsidologie. D’autant plus que l’herpétologie concerne l’étude des reptiles non aviens et des amphibiens, deux clades différents… Indépendamment de la sauropsidologie, il devrait donc exister une autre discipline : la batrachologie ne s’occupant que des amphibiens. Mais une telle réforme, aussi rationnelle soit-elle, n’est pas d’actualité. L’ornithologie comme l’herpétologie sont deux disciplines qui ont leur histoire, leurs instituions, leurs publications, leurs méthodes propres… leurs existences respectives n’entrave pas la recherche scientifique.

Parcours évolutif schématisé des amniotes.

La grande extinction qui eut lieu à la fin du crétacé a certes mis fin au gigantisme reptilien et à la quasi-totalité des familles de dinosaures hormis les oiseaux. Même si l’essentiel des grands groupes actuels de reptiles sont âgés de plus de 100 millions d’années, la faune reptilienne du « temps des dinosaures » ou même juste après n’est en rien identique à celle qu’aujourd’hui. Des dizaines de milliers de nouvelles espèces se sont succédé dans un monde en perpétuel changement. L’histoire évolutive des sauropsides n’est absolument pas celle d’une Rome animale, ayant régné sans partage sur un empire qui se serait effondré il y a 65 millions d’années et dont il ne resterait aujourd’hui que des miettes. Ils constituent encore et toujours un groupe particulièrement diversifié : Des graciles couleuvres qui se faufilent avec agilité aux imposantes tortues

des Galapagos ; de la nonchalance d’un iguane se dorant la pilule sur un rocher aux prouesses aériennes du faucon pèlerin ; du grand Varan de Komodo au petit Lézard des murailles ; de la poule qui picore le croupion de sa voisine au crocodile du Nil qui dévore un malheureux gnou… Aujourd’hui, en comptant les oiseaux, ce sont plus de 20 000 espèces de sauropsides qui nagent, courent, rampent, creusent et volent partout dans le monde, occupant quasiment tous les habitats. Pour les seuls reptiles « non aviens » qui nous intéressent ici, on compte plus de 10 270 espèces, ce qui représente près d’un cinquième du nombre total de vertébrés vivants. En comparaison, on dénombre moitié moins d’ espèces de mammifères qui sont pourtant qualifiés de groupe zoologique dominant. En réalité, il n’y a pas de domination de classes dans la nature ! Un groupe zoologique aussi vaste que les mammifères n’exercent aucune dictature hégémonique sur un autre. Il y a certes la lutte pour la vie, mais elle se fait à l’échelle des individus et des populations au sein d’un écosystème, elle est précaire et le prédateur – même avec un gros flingue et un 4×4 – peut devenir en une fraction de seconde, la proie d’un gros tigre comme d’une minuscule bactérie.

Toute cette diversité d’espèces est classiquement regroupée au sein de dizaines de familles. Dresser une liste exhaustive des différentes familles et sous-familles de reptiles non aviens serait très compliqué et inutile, la classification des reptiles étant en plein chantier : des familles sont créées ou invalidées, certains groupes sont fusionnées ou scindées en plusieurs familles différentes. Prenons l’exemple des couleuvres, un ensemble de 2 800 espèces de serpents qu’on regroupait autrefois dans le vaste « fourre- tout » des colubridés. Cette famille est en pleine restructuration et bon nombre de sous- familles ont accédé au rang de famille, d’autres ont carrément été créées. En France, hormis les vipères, tous les serpents sont des « couleuvres » au sens large, jadis classés dans les colubridés. Mais aujourd’hui, on se retrouve avec trois familles différentes : la Couleuvre d’Esculape est toujours un colubridé, mais la Couleuvre à collier est un natricidé et la Couleuvre de Montpellier un psammophiidé.

Faire l’inventaire de toutes les familles de reptiles serait donc une longue liste de plus d’une centaine de mots barbares finissant par -idés comme les Sphaerodactylidés, les Anomochilidés ou les Archrochordidés… Bon d’accord, j’arrête là. Et puis si, un petit dernier pour le plaisir : Leptotyphlopidés. Toutefois, nous pouvons faire un rapide survol des principaux groupes de reptiles, ce qui nous permet de juger de leur richesse.

Le monde des lézards.

Commençons par l’ordre des Squamates – prononcez « scouamates » – qui regroupe tous les serpents et les lézards, c’est à dire 95% des reptiles non aviens vivants. Cet ordre a été créé par Nicolas Oppel en 1811. Depuis cette époque et jusqu’à récemment, trois sous-ordres étaient reconnus : les ophidiens pour les serpents, les sauriens pour les lézards et les amphisbéniens pour les amphisbènes (ne pas confondre évidemment avec les amphibiens !). Cette classification a traversé le temps et est encore souvent présente dans les publications même modernes. Pourtant, elle s’est montrée erronée par rapport à la phylogénétique et notamment la méthode cladistique, car elle ne reflète pas les liens de parenté entre espèces. Par exemple, en se basant uniquement sur des ressemblances ou dissemblances anatomiques et morphologiques, on classe un gecko et un varan dans le groupe des sauriens, un python dans celui des ophidiens. C’est ce que faisait la classification traditionnelle linnéenne. Mais voilà, cette classification se retrouve en porte à faux avec les liens de parenté de ces trois animaux car le varan est plus proche parent du python que du gecko… Il faut donc revoir la photo de famille : Le python et le varan doivent être placés dans un groupe et le gecko à part dans un autre.

Malheureusement, avec plus de 9 900 espèces et 65 à 70 familles différentes à classer, c’est une immense photo de famille ! Dans les années 1980-90, une première classification phylogénétique voit le jour. Elle fait disparaître le groupe des sauriens. En effet, les lézards ne sont plus un groupe zoologique cohérent car ils représentent différentes lignées. Les serpents, étant tous issus d’un même ancêtre commun, restent un groupe valide, celui des ophidiens ou serpentes. Toutefois, la classification alors proposée en cette fin de XXème siècle avait de nombreuses lacunes, les liens de parenté de certains groupes restaient incertains. En 2004, l’équipe de Ted M. Tonwsend puis en 2005 et 2009, le français Nicolas Vidal et l’américain S. Blair Hedges publient de vastes études de la phylogénie des squamates qui débouchent sur une nouvelle classification, réservant bien des surprises.

De nombreuses découvertes issues de leurs études poussent à revoir entièrement l’idée que les biologistes se faisaient de l’histoire des serpents et lézards. En particulier à propos du groupe des iguaniens, où l’on trouve les iguanes, les agames et les caméléons. Avant 2004, les scientifiques considéraient les iguaniens comme le plus ancien groupe de squamates. Ces lézards seraient restés proches de l’état basal[4] et n’auraient pas développés certains caractères dérivés qui sont apparus plus tard chez leurs cousins « modernes » comme la fonction venimeuse ou certaines facultés sensorielles complexes. Cette thèse s’appuie sur un principe simple et fort logique : les nouvelles espèces occupent de nouvelles niches écologiques grâce à de nouveaux caractères, niches écologiques que les iguaniens n’occupaient pas faute d’en avoir les capacités. La théorie s’appuyant alors sur une idée d’un certain perfectionnement au cours du temps. Mais les études de Townsend & al., puis de Vidal et Hedges créèrent la surprise en mettant en évidence que les Iguaniens ne sont pas le plus ancien groupe de squamates, mais un des plus récents. Ils rajeunissent ainsi de près de 70 millions d’années ! Contre toute attente, les Iguaniens sont proches parents des serpents et des anguimorphes, un groupe où on

trouve les varans, les anguidés et d’autres lézards « modernes ». Tous ont été classés dans un nouveau groupe : les toxicofères.

Ci-dessous : Phylogénie des Squamates selon Vidal & Hedges (in Lecointre 2013). Ce cladogramme se lit de gauche à droite, le temps s’écoulant dans le sens de la lecture : les plus anciens groupes sont à gauche, les plus récents à droite. Chaque point correspond à un nœud et à un ancêtre commun à l’ensemble des espèces partant de ce nœud. Les squamates sont apparus il y a 220 millions d’années. Dans l’ancienne phylogénie des années 1980-90, les iguaniens occupaient la place actuelle des Dibamiens.
Les iguaniens ne sont « basiques » qu’en apparence, car chez ce groupe, les caractères dérivés « modernes » comme la langue bifide ou la fonction venimeuse présents chez de nombreux toxicofères, ont disparu par effet de réversion évolutive. Ce phénomène engendre une atrophie voir une disparition complète d’un caractère apparu antérieurement et qui peut faire ressembler une espèce ou un groupe d’ espèces à une forme plus ancienne. Oui, l’évolution peut faire « marche arrière », mais seulement en apparence ! C’est un peu comme ces marques de voiture qui ressortent des modèles
« vintage », il n’y a que le design qui ressemble à leurs « ancêtres ». Si les iguanes, agames et caméléons ne sont pas venimeux et n’ont parfois plus de glande venimeuse du tout, ils ont encore les gènes qui permettent le développement de la fonction venimeuse, sauf que ces gènes ne s’expriment pas. Et comme les chercheurs ont étudié le génome de milliers d’espèces, ils ont mis en évidence la présence de ces fameux gènes montrant que les iguaniens partagent le même ancêtre commun aux autres toxicofères.

Les iguaniens sont un groupe de lézards réparti dans le monde entier, mais pas de manière égale entre l’ancien et le nouveau monde. Les iguanes sont essentiellement américains, même si on trouve des espèces à Madagascar (Opluridés) ainsi que sur des îles du Pacifique. Les iguanes des Fidji (Brachylophus spp.), un archipel proche de l’Australie, sont de proches cousins de l’Iguane vert (Iguana iguana) qui ont franchi l’Océan pacifique sur des radeaux flottants : des pans entiers de forêt tropicale arrachés à la côte est de l’Amérique du sud et qui ont dérivé sur 10 000 kilomètres ! Les sauriens ont survécu à ce périple et ont ainsi colonisé les Fidji. Si ce mode de conquête des îles est fréquent à courte distance, par exemple pour rejoindre les différentes îles des Caraïbes ou même les Galapagos, il est bien plus exceptionnel à une si grande distance.

Les iguanes étaient jadis tous regroupé dans une seule et même immense famille, mais à la fin des années 1980, ce grand fourre-tout a été scindé en plusieurs familles différentes, regroupant en tout plus d’un millier espèces de toutes tailles. Cela va des petits Anolis qu’on voit sautiller sur les terrasses de Martinique ou de Guadeloupe aux grands Iguanes verts. Ils ont des formes parfois étonnantes, tout comme leurs cousins de l’ancien monde, les agames. D’ailleurs on retrouve de nombreuses convergences évolutives, c’est-à-dire une même adaptation de deux espèces qui n’ont pas de lien de parenté étroits, qui sont éloignées géographiquement mais qui vivent dans des niches écologiques semblables et avec des adaptations semblables. Par exemple, le Moloch (Moloch horridus), un petit agamidé des déserts australiens couvert d’épines et se nourrissant de fourmis ressemble beaucoup aux iguanes nord-américains du genre Phrynosoma, dits lézards cornus, qui sont également couverts d’épines et amateurs de fourmis.

Les caméléons sont de proches cousins des agames, on n’en rencontre qu’en Afrique, à Madagascar, au Proche-Orient et en Europe du sud. Ce sont des lézards bien connus du grand public et qui suscitent toujours l’étonnement.

Autres célébrités : les varans. La famille des varanidés comprend 78 espèces africaines, asiatiques et australiennes, mais toutes ne sont pas de grands lézards, il existe de nombreuses petites espèces de moins d’un mètre. Ils sont classés dans le groupe des anguimorphes, un autre groupe de toxicofère.

L’orvet, petit lézard sans pattes très commun en Europe, est aussi un anguimorphe, de la famille des anguidés. Cette famille regroupe une centaine d’espèces en Europe et en Amérique principalement, avec quelques représentants asiatiques.

Les geckos sont eux aussi des lézards bien connus, avec leur corps trapu, leur courte queue, leur grosse tête et leurs gros yeux, ainsi que leurs doigts élargis qui leur permettent de monter sur quasiment n’importe quelle surface lisse (pas toutes les espèces néanmoins). Il existe un millier d’espèces de geckos, répartis en plusieurs familles dans le groupe des gekkotiens. En France on ne rencontre que trois espèces, uniquement sur la bordure méditerranéenne. Les gekkotiens sont un des plus anciens groupe de squamates, très éloigné des toxicofères.

L’ une des plus grandes familles de lézards est aussi une des moins connues du grand public est celle des scincidés ou scinques qui font partie du groupe des scincomorphes. Ce sont de petits lézards généralement terrestres, au corps cylindrique et lisse, aux pattes souvent courtes voire pas de pattes du tout ! Ils vivent dans le monde entier mais une seule espèce vit en France métropolitaine : le discret Seps strié (Chalcides striatus). On dénombre environ 1 500 espèces de scinques. Mais il y a comme du divorce dans l’air au sein de cette vaste famille. En effet, très récemment, des études phylogénétiques ont montré que les scincidés sont certainement constitués de plusieurs familles distinctes ; il est trop tôt pour en faire la liste, mais comme ça s’est produit avec les iguanidés et les colubridés, la famille des scincidés pourrait être profondément révisée et éclatée.

Les lézards les plus fréquents dans notre pays appartiennent à la famille de lacertidés : Lézard des murailles, Lézard vert, Lézard ocellé, Lézard vivipare ou encore psammodromes sont des lacertidés. Dans cette famille on compte environ 300 espèces dont la plupart vivent en Europe, au Proche-Orient et en Afrique. Ce sont en général de petits lézards agiles, terrestres et diurnes. Les lacertidés sont des latérates, un autre groupe made in Vidal et Hedges. La classification de ce groupe fut une autre surprise de l’étude franco-américaine car jusque-là les lacertidés étaient reliés aux scincomorphes,
mais ils s’avèrent qu’ils ne partagent pas le même ancêtre commun. En revanche, ils partagent le même ancêtre avec les amphisbènes dont la précédente classification ne savait pas trop quoi faire : proches des serpents ? Des dibamidés, une petite famille de lézards sans pattes ? Les amphisbéniens furent longtemps considérés comme des cas à part, très « primitifs », or là aussi, ils se sont avérés être un groupe récent, proches parents de nos lacertidés alors qu’ils sont physiquement très différents. Les amphisbènes sont généralement dépourvus de pattes, leurs yeux sont minuscules voire absents, ils sont par conséquent aveugles, leur museau est renforcé par de grosses écailles et a parfois l’allure d’un bec de canard. Leur corps est formé d’écailles rectangulaires disposées en anneaux. Ils sont fouisseurs et leur biologie est peu connue. Il n’y a aucune espèce en France métropolitaine, par contre, on en trouve en Guyane française, mais il faut savoir les chercher ! Le plus étrange des amphisbènes est sans conteste Bipes biporus, qui vit au Mexique. Il a le corps d’un lombric rose pâle atteignant 20 cm, une tête ronde avec deux minuscules yeux noirs et des pattes antérieures empruntées à une taupe alors qu’il ne possède pas de pattes postérieures ! Tous ces « lézards » sont des insectivores inoffensifs qu’on pourrait facilement confondre avec des gros lombrics.

Cousins des lacertidés et des amphisbènes, nous terminerons avec par les tégus et les gymnophthalmes : ces deux familles strictement américaines comprennent environ 480 espèces. Les gymnophthalmes sont de discrets petits lézards dont la particularité est l’absence de paupière mobile, comme les serpents. Deux espèces vivent aux Antilles françaises : le Gymnophthalme de Plée (Gymnophthalmus pleei) et celui d’Underwood (G. underwoodi). Ils sont rarement observés car particulièrement discrets. En Guyane française en revanche, le Tégu sauvegarde (Tupinambis teguixin) – gros représentant des téidés – ne passe pas inaperçu avec son mètre vingt de long. Il a la réputation de piller les poubelles et même les poulaillers. Les téidés possèdent une langue bifide comme celle des varans, ils sont d’ ailleurs parfois considérés comme les pendant des varanidés en Amérique. Les améives sont également des téidés, de moins de 50 cm. Il en existait deux espèces aux Antilles françaises : Ameiva major et Ameiva cineracea, toutes deux ont disparues rapidement après la colonisation européenne et on ne connaît d’ eux que quelques spécimens naturalisés et conservés dans des musées.

Il existe bien d’autres familles de « lézards », entre les shinisauridés, dont on ne connaît qu’une espèce, les hélodermatidés dont nous reparlerons plus tard, les cordylidés, couverts d’épines, les énigmatiques xenosauridés ou encore les xantusiidés… Nous n’avons fait ici que survoler l’immense diversité du monde des « sauriens ».

Etre un serpent : juste une histoire de pattes ?

L’ absence de pattes, un corps longiligne et cylindrique, voilà ce qui vient à l’ esprit quand on doit définir la morphologie d’un serpent. Toutefois, tout reptile sans pattes n’est

pas obligatoirement un ophidien ! L’orvet est l’exemple typique du lézard apode que l’on pourrait confondre avec un serpent… quand ce n’est pas avec un ver de terre !

Qu’est-ce qui fait qu’une couleuvre soit un serpent mais pas l’orvet ? Les manuels naturalistes donnent souvent de petites astuces pour permettre de distinguer ces deux types de reptiles quand on les croise au bord du chemin. Par exemple, il est souvent écrit que les orvets ont des paupières, les serpents non. C’ est vrai, aucun serpent n’a de paupières mobiles, elles sont fixes, transparentes et recouvrent l’œil un peu à la manière de verres de contact, alors que l’orvet a des paupières mobiles ; il peut fermer les yeux qui par ailleurs sont bien plus petits que ceux d’un serpent. Autre truc : l’orvet a une tête assez petite, peu distincte du cou, alors que les couleuvres et surtout les vipères ont une tête large et un cou mince. Les serpents ont également des écailles ventrales très larges, alors que chez l’orvet, elles ressemblent aux écailles du dos. Enfin, la queue des serpents est très courte, elle ne représente qu’une petite partie de leur longueur totale, alors que chez un orvet elle est plus longue (quand elle est entière), plus de la moitié de la longueur totale de ce lézard est occupée par la queue.

Toutefois, dans le monde des lézards, l’orvet n’est pas une exception. Si la réduction ou la perte totale des pattes ne se rencontre que chez les squamates (on imagine mal une tortue sans pattes !), c’est un phénomène relativement courant qui est apparu plusieurs fois au cours de l’évolution de ces reptiles au sein de groupes sans lien de parenté directe. Il existe ainsi des familles où tous les représentants sont apodes (Amphisbénidés par exemple), ou d’autres comportant à la fois des espèces pourvues de pattes parfaitement « normales » et des espèces apodes par exemple chez les scincidés ou les anguidés. Parfois les pattes subsistent à l’état rudimentaire, un simple moignon ou des pattes avec seulement un ou deux doigts et qui ne servent presque plus à la locomotion, c’est le cas du Seps strié. Pour corser le tout, certains lézards apodes n’ont pas non plus de paupières mobiles et extérieurement ressemblent vraiment à des serpents comme par exemple le Pygopode Lialis burtoni. Pourquoi ne sont-ils pas classés dans le groupe des serpents ? Avant tout, parce que pour faire partie de ce club, il faut partager le même ancêtre commun que toutes les autres espèces de Serpents. Or, scinques, orvets,

amphisbènes, pygopodes sont de lignées différentes, ils ne sont pas les descendants des « Adam et Eve » des serpents.

Mais même avant que la phylogénétique ne considère les liens de parenté comme le critère absolu d’appartenance à un groupe zoologique, les savants comme Duméril ou Oppel avaient classé les lézards sans pattes dans le groupe des sauriens et non des ophidiens. Car les serpents disposent de caractères anatomiques propres, que les lézards apodes n’ont pas. Beaucoup de ces caractères spécifiques aux serpents s’observent au niveau du squelette. Le crâne et la mâchoire sont sensiblement différents de ceux des lézards, le système d’articulation des mandibules est plus complexe surtout chez les serpents dits « modernes » (boas, pythons, couleuvres, vipères…). Les transformations du crâne permettent aux serpents une grande plasticité au niveau des mâchoires, par exemple avec le développement particulier de l’os carré. Plus long et plus mobile chez les serpents, il fait descendre la mâchoire inférieure pour permettre une large ouverture au niveau de la gueule et de l’œsophage. De plus, chez les serpents, la mâchoire inférieure ne forme pas un arc osseux unique, la partie droite et gauche du maxillaire inférieur sont indépendantes et réunies par un ligament élastique au niveau du menton. Le maxillaire supérieur, lui, n’est pas totalement soudé au crâne et reste mobile. Cette mobilité des maxillaires permet aux serpents non seulement d’élargir la gueule sans se briser la mâchoire mais aussi de faire cheminer la proie vers la gorge par une alternance de mouvements d’avant en arrière des côtés droit et gauche de la mâchoire, comme les mouvements des jambes d’un skieur de fond. Les serpents peuvent ainsi avaler des proies dont le diamètre est deux ou trois fois supérieur à celui de leur tête. et sans les mains bien sûr ! Le squelette du reste du corps est également très particulier, ressemblant à un grand mille-pattes ! Leur colonne vertébrale possède 130 à 400 vertèbres selon les espèces. Une paire de côtes est attachée à chaque vertèbre et ce jusqu’à la queue. Il n’y a aucun autre os : ni bassin, ni clavicule, ni sternum même si chez certains serpents il y a des vestiges de ceinture pelvienne et d’os de pattes postérieures.

Ne plus avoir de pattes peut sembler handicapant : comment saisir ? Comment se dresser ? Comment fouiller dans le sol ? Pour un serpent, ce n’en est pourtant pas un, loin de là : Ils sont sans conteste les animaux terrestres qui ont su le mieux optimiser la morphologie apode et ce mode de déplacement qu’est la reptation. Leur corps utilise les points d’appuis offerts par l’environnement – branches, herbes, pierres et aspérités du sol – pour se déplacer en faisant onduler leur corps. Dans d’autres situations, ils vont plutôt avancer en ligne droite en créant une onde qui se déplace d’avant en arrière le long du corps, comme le font certaines chenilles. Le tout dans le parfait silence, un précieux atout pour un prédateur ! Ils montrent aussi une grande souplesse au niveau des vertèbres qui leur permet de pratiquer un contortionnisme hors normes.

Il existe plus de 3 500 espèces de serpents dans le monde, et même s’ils ont tous une morphologie assez semblable, c’est un groupe particulièrement diversifié. Tout comme les lézards, les serpents ont conquis de nombreux habitats, et même les océans, puisqu’une espèce, Pelamis platura, vit en pleine mer comme les tortues marines ; à la différence que lui, n’a pas besoin de retourner sur terre pour pondre puisqu’il met au monde ses petits entièrement formés directement dans l’eau. Ce serpent marin, même s‘il est venimeux, n’a rien à voir avec les monstres mythologiques : il ne mesure que 80 cm, la taille d’une grosse anguille avec qui il est facile de le confondre. Il ne montre par ailleurs aucune agressivité.

Tuataras : de vrais fossiles vivants ?

Sur le site « fossilesvivants.com » (consulté le 6 juillet 2012) on trouve cette définition : « Un fossile vivant désigne un organisme dont les traces apparaissent dans les couches fossiles des premières périodes géologiques, et dont on retrouve aujourd’hui des spécimens vivants. Ces êtres vivants n’affichent aucune différence avec leurs homologues d’il y a des millions d’années, et ils représentent des exemples vivants de ces formes fossiles mortes il y a bien longtemps. » Cette citation est trompeuse sur plusieurs points : D’abord, un organisme dont les traces apparaissent dans les couches fossiles il y en a un sacré paquet ! Libellules, blattes, araignées, requins, bactéries, coraux, étoiles de mer, mille-pattes… autant d’animaux qui apparaissent dans les couches fossiles très anciennes, antérieures à l’ apparition des amniotes voire des vertébrés. En fait, la quasi-totalité des grands groupes zoologiques actuels sont apparus au primaire ou au secondaire et sont donc présents dans le registre fossile ancien. La seconde affirmation, l’absence de différence entre les formes actuelles et fossiles, est souvent contredite par une analyse méticuleuse des espèces fossiles. Le fameux Cœlacanthe est un bon exemple. Ce « poisson », longtemps montré par erreur comme le « chaînon manquant » entre poissons et tétrapodes, était considéré comme ayant disparu depuis 65 millions d’années mais un premier spécimen vivant fut capturé en Afrique du sud en 1938. Il fut la star des « fossiles vivants », on le montrait comme un rescapé du Mésozoïque. En jetant un regard distant sur un Cœlacanthe d’aujourd’hui (genre Latimeria) et un Cœlacanthe du crétacé, on les croirait effectivement identiques. Mais les spécialistes observent d’importantes différences anatomiques entre les Cœlacanthes d’aujourd’hui et les espèces fossiles, montrant que ce ne sont pas les mêmes. Ce même site parle des blattes, un groupe d’insectes apparu au carbonifère. Là encore pour un œil profane, rien ne distingue une blatte de 300 millions d’années du cafard que l’on pourchasse à coup de savate. Mais c’est faux, il y a des différences, notamment au niveau des organes reproducteurs qui, si on ramenait un cafard du carbonifère à la vie, le rendrait immédiatement reconnaissable pour un entomologiste.

Les reptiles ont aussi leur « Cœlacanthe » ! Cette forme dite « panchronique »[5], ce sont les sphénodontes, sphénodons ou tuataras… ou encore hataras, comme vous voudrez ! Ils font partie de l’ordre des rhynchocéphales dont ils sont les seuls représentants. Il n’existe que deux espèces vivant en Nouvelle-Zélande: Sphenodon punctatus et Sphenodon guentheri. Le groupe des rhynchocéphales était jadis prospère notamment au Trias. On en trouve des fossiles en divers endroits du monde et plusieurs familles se sont formées puis se sont raréfiées et, enfin, ont disparues au crétacé à l’exception de la lignée des tuataras d’aujourd’hui.

La Nouvelle-Zélande s’est séparée du supercontinent Gondwana il y a 80 millions d’années. Cette île était dépourvue de prédateurs types serpents ou félins. Les humains s’y sont implantés il y a seulement 800 ans et y ont éliminé des espèces comme le Moa, un oiseau géant. On peut penser que quelques espèces ont ainsi pu survivre à l’abri sur cette île isolée par la dérive des continents. Les faibles besoins en chaleur des tuataras (ils sont actifs dès 7°C et souffrent des fortes chaleurs pouvant mourir à 28°C) leur permettent d’occuper des niches écologiques qui ne conviennent pas aux autres reptiles. Leur métabolisme est très lent, leur longévité remarquable puisqu’ils peuvent vivre au moins une soixantaine d’années (des spécimens centenaires sont cités mais sans que ce soit vérifié scientifiquement). L’anatomie des sphénodons est considérée comme plus primitive que celle des autres reptiles, ayant certaines similitudes avec les amphibiens. Ils pourraient être à l’image des lépidosauriens du trias, avant que n’apparaissent les squamates. Dans leur cas, le phénomène de réversion évolutive est peu probable et en effet, ce groupe de lézard est resté à l’état basal.

Les sphénodons actuels seraient-ils restés figés comme le suggère l’expression « fossiles vivants » ? Non ! Même si les tuataras sont les descendants des rhynchocéphales du secondaire et en ont gardé les principales caractéristiques morphologiques, ils ont continué à évoluer depuis leur isolement en Nouvelle-Zélande et la disparition de leurs cousins continentaux du jurassique. Génétiquement, anatomiquement et physiologiquement ils sont cependant différents de leurs très anciens
cousins même si leur évolution n’a pas apporté de modifications aussi importantes que chez les squamates.

Les tortues : to be or not to be anapsides.

Les tortues sont un cas intéressant pour montrer les débats issus des études phylogénétiques récentes. Les chéloniens (autre nom des tortues) sont traditionnellement classés dans la sous-classe des anapsides, celle que nous avions laissée de côté un peu plus haut et qui se distingue par l’absence de fenêtre temporales sur les côtés du crâne. Les tortues ne possèdent en effet pas de fenêtres temporales et d’autres caractères ostéologiques (squelettiques) les rapprochent de ces anapsides, en tout cas de ce que l’on sait des anapsides qui vivaient au trias. Les premiers fossiles de reptiles ressemblant à des tortues datent aussi du trias. Très logiquement, les paléontologues ont considéré que les tortues étaient affiliées aux anapsides et qu’elles étaient donc les seules survivantes de ce très ancien groupe de reptiles. Mais il restait des lacunes et certains paléontologues ont des doutes sur cette filiation. Les scientifiques comme Olivier Rieppel, ont alors mené leurs recherches, testant l’hypothèse que les tortues soient des diapsides, apparentées donc aux autres reptiles actuels. A la fin des années 1990, cette hypothèse se transforme en véritable théorie étayée par un certain nombre d’études et aujourd’hui, d’autres scientifiques adhèrent à cette idée. Ils se prononcent donc pour une classification plaçant les tortues au sein des diapsides et considèrent par conséquent que les anapsides sont un groupe totalement éteint. Cette théorie soulève bien des questions car il faut reconstituer l’histoire évolutive des tortues et rechercher leurs liens de parenté avec les autres diapsides. Il y a alors deux possibilités, soit elles sont proches des archosaures (dinosaures, crocodiles, oiseaux…) soit des lépidosauriens (serpents, lézards…). Des études récentes plaidaient en faveur de la proximité avec les lépidosauriens et notamment un groupe éteint au crétacé, les sauropterygiens. Mais en 2012, une étude génétique publiée dans Biology letters (Royal Society de Londres) par l’équipe de Nicholas Crawford montre des liens de parenté plus proches des archosaures. Affaire à suivre !

Mais alors, quid des fenêtres temporales ? Si les tortues sont des diapsides dont les ancêtres possédaient des fenêtres temporales, où sont-elles passées ? Elles les auraient, elles perdues par « réversion évolutive », comme les iguaniens, ce qui les a fait ressembler aux anciens anapsides. Là encore, les apparences peuvent être trompeuses.

Il existe à travers le monde 330 espèces de tortues réparties dans 14 familles. Les tortues sont communément distinguées selon leur habitat : marines, aquatiques ou terrestres, même si ça n’a pas forcément de liens avec l’appartenance à un groupe zoologique. Il existe ainsi deux familles de tortues strictement marines, qui ne vont sur terre que pour pondre. Parmi elles, l’imposante Tortue luth (Dermochelys coriacae) est le reptile avec la plus vaste répartition au monde puisqu’ on la trouve sur les trois grands océans du globe et même dans les eaux froides de l’Altlantique nord.

Les « tortues aquatiques », sont un terme qui regroupe un éventail d’espèces très diverses qui ont avant tout comme point commun d’être des « marins d’eau douce », mais on y trouve en fait plusieurs familles très différentes. Il y a de petites espèces de moins de 10 cm ou de grosses bêtes dix fois plus grandes. Certaines sont de pacifiques petites bestioles qui se cachent dans leur carapace quand on les dérange, mais d’autres – indépendamment de leur taille – ont un caractère de cochon, mordant tous ceux qui veulent les regarder de trop près. Certaines espèces de tortues appartenant à une famille en général aquatique, ont des mœurs davantage terrestres, c’est le cas par exemple des tortues boites américaines (Terrapene spp.) ou asiatiques (Cistoclemmys spp.). Mais les tortues terrestres « vraies » sont celles classées dans la famille des testudinidés, à laquelle appartiennent les géantes des Galapagos ou notre Tortue d’Hermann.

Ah les crocrocro, les crococo, les crocodiles !

On connaît 25 espèces de crocodiles réparties en trois familles. Les crocodilidés sont la famille la plus répandue, on les rencontre dans presque toutes les régions tropicales du monde. Le Crocodile marin (Crocodylus porosus) est asiatique et océanien, le Crocodile du Nil est africain alors que les crocodiles de Cuba (C. rhombifer) et de l’Orénoque (C. intermedius) sont américains. Ces quatre espèces sont de grande taille, crocodiles du Nil et marin étant les plus grands crocodiliens actuels. La famille des gavialidés n’est composée que d’une espèce actuelle, caractérisée par son museau très étroit mais allongé : le Gavial du Gange (Gavialus gangeticus). Les alligatoridés, famille qui comprend les alligators et caïmans, sont surtout présents en Amérique à l’exception de l’Alligator de Chine (Alligator chinensis).

Comme avec nos iguanes des Galâpagos, reportages ou documentaires nous montrent parfois un Crocodile du Nil en le qualifiant de « fossile vivant qui n’a pas changé depuis 80 millions d’années ». Là encore, c’est faux. Certes, les crocodiliens sont apparus au crétacé mais le genre Crocodylus, dont fait partie le crocodile du Nil, serait apparu il y a 7 millions d’années et l’espèce C. niloticus serait encore plus récente, les plus vieux fossiles trouvés datant de 3,5 Ma. Avant cela, d’autres genres et espèces se sont succédé. Le crocodile du Nil, comme beaucoup de reptiles est victime d’un « délit de sale gueule », d’un physique que nous jugeons monstrueux et qui ne peut donc provenir que des temps antédiluviens.

Ce tour d’horizon, très rapide, du monde reptilien a permis de montrer sa grande diversité, sa complexité et la richesse de son histoire ainsi que les idées reçues qui gravitent autour de cette histoire et des liens de parenté au sein de ce groupe. J’espère seulement que la multitude de termes « techniques » auxquels vous êtes peut-être peu habitués ne vous a pas dégoutté de lire ce chapitre. Maintenant nous allons envisager une partie qui pourrait sembler également rébarbative : l’anatomie, la morphologie et la physiologie. Pourtant, c’est là que nous trouverons bon nombre des réponses aux préjugés les plus courants comme la froideur des reptiles, la viscosité de leur peau, la dangerosité de leur venin… Car c’est bien sur les aspects physiques, physiologiques et l’utilisation de certains organes qui nous semblent menaçants que reposent en grande partie le dégoût ou la crainte envers ces animaux.

 

 

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