Des reptiles ? Quelle horreur ! Chapitre IV

IV : Reptiles : Mode d’emploi

« Dans le monde des reptiles, souvent si décrié parce que mal connu, la beauté va de pair avec l ’étrangeté. Aucun d ’eux n ’est banal : conformation, mœurs, adaptations nous présentent les plus curieux aspects de la vie animale. »

Fernand Angel (La vie des caméléons, 1943)

Les pionniers de l’herpétologie ont parfois relayé des croyances erronées, comme Lacépède qui affirmait que l’odeur putride que dégagent les serpents et la peur qu’ils inspirent paralysent leurs proies… Qu’en est-il vraiment ? De quoi est fait un reptile ?

Les reptiles sont-ils visqueux ?

Voilà sans doute une des réactions les plus tenaces devant un serpent : la conviction que c’est gluant. C’est un préjugé totalement faux : la peau d’un serpent, et des reptiles en général, n’est absolument pas gluante, elle ne produit aucun liquide « visqueux », elle est parfaitement sèche. La peau humaine est déjà relativement sèche, pourtant elle produit du sébum qui la rend grasse ainsi que de la sueur. Les reptiles, eux, ne transpirent pas par la peau, ils n’ont pas de glandes sudoripares. Ils possèdent quelques glandes proches des glandes sébacées (qui produisent du sébum), elles sont cependant très peu nombreuses par rapport à celles de la peau humaine et peu actives.

Difficile de dire d’où vient ce préjugé. Peut-être est-ce un amalgame où tout ce qui est jugé moralement malfaisant est également physiquement répugnant. comme dans ces films pour enfants où le méchant a toujours une sale tête de méchant. Peut-être est-ce issu des affinités supposées des reptiles – les rampants – avec la terre et l’eau, le monde souterrain et la vase. Peut-être est-ce une analogie avec d’autres animaux en particulier les amphibiens. Car en effet, la peau des batraciens est humide et brillante, couverte en permanence d’un mucus qui la maintient hydratée même s’ils sont loin d’être gluants : les crapauds par exemple ont une peau relativement sèche qui ne laisse rien sur les mains et n’a surtout rien de comparable avec une limace que l’on peut vraiment qualifier de gluante.

La peau des amphibiens est très fine, celle des reptiles est bien plus épaisse et couverte d’écailles. On compare d’ailleurs parfois les reptiles aux poissons à cause de ces écailles qui recouvrent leur corps. Toutefois, écailles de poissons et de reptiles n’ont rien à voir. Les écailles de poissons sont des petites plaques osseuses qui prennent racine dans le derme un peu comme un cheveu, elles sont indépendantes les unes des autres et on peut les arracher. Chez les reptiles, l’ écaille fait partie de la peau, on ne peut pas écailler un reptile ni lui arracher juste une écaille, on arrache alors tout un lambeau de peau. La
peau des reptiles est constituée d’un derme et d’un épiderme comme la nôtre. Les écailles sont des parties plus épaisses d’épiderme particulièrement riches en kératine, une substance qui nous est très familière puisqu’elle compose nos ongles, nos poils et nos cheveux. Cette matière est totalement sèche : toucher un serpent donne exactement la même sensation que de toucher ses propres ongles (je suis sûr que vous êtres en train de vous caresser les ongles pour voir!). Certes l’écaillure des serpents et de certains lézards est très lisse et la brillance donne l’impression que c’est humide, mais encore une fois c’est faux : ce n’est pas parce que des chaussures en cuir brillent qu’elles sont gluantes ! Qu’ on se le dise donc une bonne fois pour toute : les reptiles ne sont pas visqueux.

Leur épaisse peau écailleuse a de nombreux avantages : C’est d’une part une protection mécanique contre les coups, les abrasions, les éraflures, mais c’est aussi une protection contre la dessiccation car elle s’avère très étanche. Cette peau constitue une innovation évolutive très importante qui a permis aux reptiles de s’affranchir du milieu aquatique ou de milieux à forte humidité, ce que les amphibiens ne peuvent pas faire. Le seul souci c’est que la kératine qui compose ces écailles est rigide. Le corps garde sa souplesse grâce à la peau plus fine et élastique qui se trouve entre les écailles mais quand le reptile grandit, il faut que les écailles grandissent aussi, or contrairement aux écailles des poissons, celles des reptiles ne poussent pas régulièrement depuis leur base pour compenser la croissance. Alors que chez l’Homme, la surface de la peau se renouvelle en permanence, l’épiderme fabriquant sans cesse de nouvelles cellules, chez les reptiles, la peau se renouvelle par périodes : c’est la mue. Le derme qui produit les cellules de l’épiderme est au repos entre deux mues, puis, suivant un processus qui dure plusieurs jours, il va procéder au remplacement de toute la peau en produisant des écailles légèrement plus grandes que les anciennes. Tout d’abord, quelques jours avant que la peau ne se détache, la coloration des reptiles se terni, surtout chez les serpents : leurs yeux deviennent opaques et bleus à cause de la lymphe qui remplit l’espace sous l’écaille transparente recouvrant l’œil (la lunette). Puis « l’ancienne peau », ou exuvie, se désolidarise de l’épiderme, elle se dessèche et se détache. L’animal se frotte sur les pierres ou les buissons pour se débarrasser de son exuvie. Chez les serpents et certains lézards, l’exuvie se détache en un morceau, se retournant comme une chaussette. Cette peau est très fine, transparente, on peut parfois en découvrir dans la nature mais elle est fragile et se dégrade très rapidement. Chez la plupart des lézards néanmoins elle se détache en lambeaux. L’animal qui en sort est « flambant neuf », paré de ses plus belles couleurs… Muer permet aussi de régénérer la partie superficielle de la peau usée par les frottements et se débarrasser des parasites cutanés. Un gommage rajeunissant sans besoin de crème ni d’esthéticienne !

Les reptiles peuvent-ils changer de couleur ?

L’écaillure et la morphologie des reptiles est une des principales causes du dégoût ressenti, cela masque souvent la beauté de la coloration et des motifs de certaines espèces. Si vous reportiez les dessins et colorations d’un serpent sur une feuille de papier sans figurer les écailles ni la forme de l’animal, la personne qui voit ce dessin pourrait vous répondre que ce sont les motifs d’un papillon, d’un oiseau ou l’œuvre d‘un artiste. A l‘instar de leurs cousins oiseaux ou même de certains insectes comme les papillons, la palette de couleurs est très vaste chez les reptiles. On trouve du vert, du jaune, du blanc, du noir, du bleu, du brun, du gris, de l’orange… Toutes les couleurs sont représentées ainsi que les motifs qui les dessinent : depuis les très petites taches aux grandes ocelles, des lignes concentriques aux lignes longitudinales, des bandes irrégulières ou parfaitement alignées. On peut observer des motifs très simples mais très contrastés comme une succession d’anneaux rouges, noirs, blancs ou jaunes chez les serpents corail ou faux corail. Certaines colorations sont plus subtiles avec des motifs complexes comme chez le Python reticulé, la Vipère du Gabon ou même le Lézard des murailles et ses nombreuses variations. Enfin, l’écaillure peut montrer des reflets irisés dus aux iridocytes (ou guanophores), l’exemple le plus caractéristique étant celui des bien nommés Boas arc-en-ciel du genre Epicrates.

Comme chez tous les animaux, la coloration provient de pigments sécrétés par des cellules spécialisées plus ou moins profondément enfouies dans la peau. A la base, il n’y a que quatre couleurs : Le brun ou le noir (mélanine), le jaune, le rouge et enfin le bleu. Comme en peinture, le mélange et le dosage des différents pigments donnent différentes couleurs et teintes. D’autres couleurs ou effets comme l’irisation sont des effets d’optique générés par des pigments qui renvoient la lumière de manière particulière.

Les reptiles ont certaines capacités de changer leur coloration. Il y a trois types de changements de coloration : les changements immédiats qui se font en quelques secondes ou minutes, les changements saisonniers en particulier lors de la période de reproduction et les changements ontogéniques, c’est à dire des couleurs et/ou motifs qui se modifient avec l’âge. De nombreux lézards, en particulier ceux à peau fine (Iguanes, geckos, agames…), ont la capacité de changer de couleur ou du moins d’assombrir ou d’éclaircir leur coloration en quelques minutes. Chez les serpents par contre, la variation de teinte est très limitée, et bien souvent, un serpent dont la coloration s’obscurcit ou se terni en quelques heures ou quelques jours est soit en train de muer, soit en très mauvaise santé. Les lézards utilisent le plus souvent leur capacité d’assombrir ou d’éclaircir leur livrée lors de la thermorégulation : un assombrissement permet de capter plus d’infra-rouges et donc de se réchauffer plus vite au soleil du matin. A l’inverse, l’éclaircissement évite la surchauffe en renvoyant les rayons du soleil : c’est comme porter un t-shirt noir ou blanc au soleil. Le stress ou l’excitation sont également des facteurs de variation chromatique : un lézard malade, stressé, dominé par un autre, aura une couleur plus ou moins sombre

par rapport à un individu bien portant, dominateur ou excité de quelques manières. L’Anolis vert (Anolis carolinensis), un petit lézard du sud-est des Etats-Unis, peut ainsi passer du brun au vert (et inversement) en quelques secondes, soit pour se thermoréguler, soit quand il est stressé, soit lorsqu’il est excité (chasse, parade amoureuse, arrivée d’un intrus…).

Cette faculté de changer brutalement de coloration lui vaut d’être confondu avec les caméléons, alors que ce n’en est pas un.

Mais évidemment les rois du changement de coloration, ce sont les caméléons. « Dans l’antiquité, l’opinion prévalait que le caméléon prend la couleur des objets qui l’entourent » note Fernand Angel dans « la vie des caméléons ». Cette croyance existe toujours et bon nombre de dessins animés ou de spots publicitaires l’illustrent en montrant un caméléon qui, passant devant une tapisserie à fleurs, prend exactement les mêmes couleurs et motifs. C’est très exagéré car en réalité, un caméléon ne se fond pas dans le décor en l’ imitant traits pour traits comme s’ il devenait invisible. Leur coloration se modifie surtout selon leur humeur et les conditions de température ou d’humidité du milieu. Par exemple, quand deux mâles se croisent et se préparent à s’affronter ou quand un mâle courtise une femelle, sa coloration devient particulièrement intense du fait de l’excitation. Plus que les motifs, c’est l’intensité de la coloration qui varie mais il est vrai que les changements sont très rapides et impressionnants, pouvant par exemple passer du vert au rouge en moins d’une minute.

Les mâles de certaines espèces de lézards intensifient leur coloration lors de la saison des accouplements. C’est typique chez l’Agame des colons (Agama agama), un lézard africain dont le mâle se part alors d’un magnifique bleu sombre et une tête orange vif. On le voit aussi chez le Lézard vert de nos campagnes, la gorge des mâles se teintant de bleu au printemps.

Enfin, les modifications au cours de la croissance sont communes, juvéniles et adultes n’ayant pas la même coloration. Chez le Python vert (Morelia viridis), un superbe Pythonidé arboricole du sud de l’Indonésie et de Nouvelle-Guinée, la coloration juvénile est différente selon les variétés géographiques. Elle est généralement jaune ou rouge brique, parsemée de marques blanches et noires. En approchant de la maturité, des tâches vertes apparaissent puis, une superbe coloration vert uni recouvre tout le corps, les marques blanches et noires restent mais sont plus discrètes. Chez de nombreux reptiles
d’Europe on remarque aussi une différence entre juvéniles et adultes : chez la Couleuvre d’Esculape ou la Couleuvre verte et jaune par exemple ; ou encore chez l’orvet dont les femelles conservent une livrée proche de celle des juvéniles – brune avec une bande clair sur le dos – alors que les mâles deviennent uniformément bruns.

Mis à part les légères différences entre individus sur le nombre de tâches, leur forme ou bien l’intensité plus ou moins prononcée de telle coloration, il y a aussi des mutations importantes qui peuvent apparaître au hasard, dans la nature ou en captivité, et engendrer des modifications de coloration ou de motifs remarquables. La forme mélanique est issue d’une mutation augmentant le nombre de mélanocytes et leur production de mélanine. Ces animaux sont plus beaucoup plus sombres voir même, totalement noirs. On la retrouve à l’état naturel chez la Vipère aspic, en particulier en altitude où les spécimens noirs peuvent être plus nombreux que les spécimens « classiques ». Cela offre des avantages aux sujets vivant en régions froides car ça leur permet de mieux capter la infra-rouges du soleil alors qu’il fait plutôt frisquet. Il existe d’autres mutations parfois spectaculaires comme l’albinisme mais qui sont très rares. En captivité, les spécimens mutants sont sélectionnés et croisés entre eux ou avec d’autres spécimens mutants. Selon que les gènes soient récessifs ou dominants, différentes colorations sont obtenues, comme c’est le cas chez les poissons d’aquarium, les oiseaux de volière ou même les chiens de race. Là où la sélection artificielle atteint ses limites, c’est quand elle altère la santé ou les facultés mentales de l’animal, pratique que le code rural interdit mais que l’on retrouve parfois.

Perte et régénération de la queue…

L’autotomie est un phénomène bien connu chez les lézards qui ont la faculté de perdre leur queue et ce, volontairement. Le but est de déstabiliser un agresseur en lui abandonnant sa queue frétillante, laissant au lézard le temps de s’enfuir. La capacité d’autotomie n’est néanmoins pas universelle, les varans et les caméléons par exemple ne l’ont pas, alors que chez de nombreux geckos ou Lacertidés comme le Lézard des murailles, c’est un phénomène courant : à l’âge adulte, peu de lézards de nos campagnes ont encore une queue intacte !

Cette faculté est permise par la présence d’un « point de fracture » au niveau des vertèbres caudales. Quand on saisit sa queue, l’animal contracte violemment les muscles autour de ce point de fracture et sectionne la vertèbre ainsi que les tissus musculaires. La perte sanguine est minime car les vaisseaux sanguins se referment de suite grâce à la contraction de sphincters spécifiquement placés en amont du point de fracture. La cicatrisation est rapide et un moignon de kératine se forme puis une nouvelle queue repousse mais sans vertèbres. Cette nouvelle queue est plus courte et moins colorée que l’ancienne. Elle n’a plus sa capacité d’autotomie, c’est à usage unique ! Parfois, la queue

repousse mal : on observe de temps en temps des lézards possédant deux queues régénérées.

En revanche, contrairement à certains amphibiens, les reptiles n’ont pas de capacité de régénération des pattes. Et évidemment, quand on coupe une vipère en deux, on n’obtient pas deux vipères dont les moitiés manquantes repoussent ou se recolleraient comme le croyaient les anciens, mais bel et un bien un cadavre !

Des plus grands, aux plus petits….

Les reptiles grandissent toute leur vie, la croissance ralentit cependant avec l’âge, elle est très faible chez les adultes. On peut donc dire qu’un grand reptile est un vieux reptile ! Et que de légendes ont circulé, et circulent encore sur des serpents ou des crocodiles géants…

Les grandes espèces de reptiles suscitent la curiosité et bien qu’elles soient très minoritaires, elles s’accordent avec l’image monstrueuse que l’on veut avoir de ces animaux. Le propriétaire d’un vivarium me disait un jour : « les gens viennent pour voir des gros crocodiles et de gros serpents. » Aussi beaux et fascinants soient-ils pour nous les passionnés, les petites espèces intéressent moins le grand public. Devant une couleuvre ou un petit lézard, malgré ses belles couleurs et une explication complète sur ses mœurs atypiques, la réponse de beaucoup de visiteurs sera : « Oh ben, il est tout petit ! » et on accourt devant le terrarium d’un grand python ou la fosse aux crocodiles.

Les films comme « Anaconda », « Komodo » ou « Python », ont exagéré la taille des grands reptiles pour les rendre plus terrifiants encore, sans oublier les monstres « dinosauriens » ressuscités. Le gigantisme chez les reptiles appartient au passé ou aux légendes, mais se retrouver face à un Python molure adulte de cinq mètres ou un Varan de Komodo de plus de deux mètres n’en est pas moins saisissant. Ce sont de magnifiques animaux qui ne sont pas dénués de dangerosité même si on peut oublier l’anaconda qui reverse un bateau pour dévorer ses occupants !

Quand on dit « Python » ou « Boa » on pense à géants… C’est en effet au sein de ces deux familles qu’on trouve les plus grandes espèces de serpents. Mais ce n’est pas une généralité : il y a des espèces de Boidés ou de Pythonidés qui mesurent moins d’un mètre cinquante. Beaucoup de gens croient par exemple que le Python royal – alias Python regius – est un très grand serpent. Le terme « royal » est sans doute trompeur, il nous fait penser au grand Aigle royal. Pourtant le Python royal n’est absolument pas un géant puisqu’il mesure en général 120 cm et se montre très craintif, se roulant en boule quand il est dérangé (d’où son nom anglais « ball python »). Du côté des « grosses bêtes », il est souvent tentant de chercher à savoir qui est le plus grand et de faire un classement. Mais le fait que les reptiles – notamment les serpents – grandissent toute leur vie rend le concept de « taille maximale » très relatif ! Ce n’est donc pas parce que le

record de taille chez le Python réticulé       (Broghammerus

reticulatus) est d’un peu plus de 10 mètres que tous les individus de cette espèce atteignent cette dimension. Ils mesurent en moyenne 4 à 5 mètres ce qui est déjà très grand ! Mais on aime retenir les tailles record et écrire tout simplement que le Python réticulé atteint 10 mètres sans distinguer la taille moyenne, basée sur un grand nombre d’individus, des tailles records qui ne concernent que quelques rarissimes individus.

Il faut d’ailleurs beaucoup se méfier des soit disant records car les fraudes et erreurs sont nombreuses. Par exemple, cet Anaconda abattu au bord de l’Orénoque en 1944 lors d’une expédition scientifique (mais pas zoologique). La mesure faite annonce une taille phénoménale de 12 mètres. L’animal fut même photographié, puis laissé pour mort le temps de la pause déjeuner… Sauf qu’il n’était pas mort et que son cadavre a disparu quand les chercheurs sont revenus du casse-croute. Néanmoins, la photographie est un précieux indice et en 1997, les herpétologues Murphy et Henderson l’ont analysée, estimant que l’Anaconda mesurait plutôt 8 m ce qui en fait tout de même un des plus grands spécimens connus et authentifié. L’exagération de sa taille était due à une erreur de mesure de la part de ceux qui l’ont découvert, ils étaient sans doute de bonne foi et ce n’était pas une mystification. On ne peut pas en dire autant de l’Anaconda que le célèbre aventurier Percy Fawcett, disparut en 1925 dans la forêt amazonienne, dit avoir vu quelques années auparavant, affirmant qu’il mesurait 19 mètres ! Ce qui est totalement farfelu ! L’histoire garde trace de nombreuses « découvertes » dont l’analyse méticuleuse fait émerger des incohérences dévoilant la supercherie.

Il faut dire qu’à une époque encore pas si lointaine, se disputait une course à celui qui avait vu le plus gros serpent. Des primes étaient offertes par des journaux, des muséums ou des personnages célèbres comme Théodore Roosevelt à celui qui découvrirait un géant. Les lecteurs raffolaient de ces histoires qui permettaient aux aventuriers de se faire connaître et de financer leurs expéditions. Malheureusement, ces aventuriers ne ramenaient jamais de véritables preuves, en l’occurrence de spécimen naturalisé. L’anaconda de 10 ou 12 m reste à ce jour une légende. Il est certes théoriquement possible qu’il existe ou qu’il ait existé des anacondas de plus de 8 m, reste à les trouver car c’est un serpent très discret vivant dans des régions difficiles d’accès et
sur une très vaste aire de répartition. Les observations de spécimens de très grandes tailles ont d’ailleurs beaucoup régressé depuis que les moyens modernes de repérage, de transport, la présence sur le terrain de scientifiques et de naturalistes locaux permettent matériellement de fournir des données fiables. La seule parole ou une mauvaise photo ne suffisent plus. Un aventurier ne peut plus aujourd’hui prétexter une attaque d’indiens réducteurs de tête ou le naufrage de son trois-mâts pour justifier la perte d’un spécimen exceptionnel qui n’a en fait jamais existé ou qui était bien plus petit que ce qu’il prétendait. Il y a peut-être un lien entre la rigueur des naturalistes d’aujourd’hui, les moyens modernes de communication et la raréfaction des observations de « géants ». D’autres avancent plutôt que c’est une conséquence de la présence humaine et de la chasse: les serpents n’ont tout simplement plus le temps d’arriver à des tailles records car ils meurent trop jeunes souvent par la faute de l’Homme et ses activités.

Faire un « classement » des plus grands serpents comme on pourrait faire le classement des plus hauts sommets des Alpes n’a donc pas vraiment de sens car les serpents n’ont pas de taille définitive précise et propre à l’espèce comme on définit la taille au garrot de telle race de chien. Pour les serpents, on parle plutôt de fourchettes, de moyennes avec une importante marge inférieure ou supérieure pouvant aller du simple au double. On peut tout de même citer quelques très grandes espèces, car elles sont peu nombreuses ; ce sont pour l’essentiel des pythons et boas. Commençons par le célèbre Anaconda vert (Eunectes murinus), dont les grandes femelles dans la fleur de l’âge peuvent dépasser 6 m, c’est sans conteste le plus grand Boidé. L’anaconda vert a aussi trois « petits » cousins : l’Anaconda jaune (Eunectes notaeus), l’Anaconda de Deschauense (E. deschauensei) et l’Anaconda de Bolivie (E. beniensis) qui mesurent jusqu’à 3 m. Toujours pour les Boidés, citons le Boa arc-en ciel de Cuba (Epicrates angulifer) mesurant entre 3 et 4,5 m, de même que les plus grandes sous-espèces de Boa constrictor. Le Python reticulé, le Python molure, le Python améthyste (Morelia amethystina) pour l’Asie tropicale et le Python de Seba (Python sebae) pour l’Afrique sont les quatre plus grandes espèces de Pythonidés, mesurant généralement 3 à 5 m et dans de rares cas, atteignant 6 à 8 m voire plus pour quelques spécimens exceptionnels. Chez les serpents venimeux, sa majesté le Cobra royal (Ophiophagus hannah) mesure en moyenne 2,5 à 3 m, mais des spécimens de plus 5 m ont été observés dont un record en captivité de 5,75 m. Les grands taïpans australiens ou le Mamba noir africain (Dendroapis polylepis) peuvent également mesurer 3 à 4 m. Enfin, chez les couleuvres, les plus grandes espèces mesurent 2,5 à 3 m, mais elles sont rares, la plupart des couleuvres et même des serpents venimeux mesurent moins d’un mètre. La plus grande couleuvre française est la Couleuvre de Montpellier avec des records historiques de plus de 2 m. La Couleuvre d’Esculape mesure en général 120 à 150 cm, ce qui le classe dans les serpents de taille moyenne, bien que la littérature mentionne également des spécimens de 2 m.

Chez les lézards, une subtilité rend le titre de « plus grand varan du monde » plutôt ambigu…

Assurément les Varanidés sont parmi les plus grands lézards même si cette famille comporte aussi bon nombre de petites espèces, le plus petit d’entre eux, Varanus brevicauda ou encore le Varan à queue courte (Varanus brevicauda) mesurent une vingtaine de centimètres seulement, pas plus grand que le lézard des souches de nos campagnes. Sur les 78 espèces de varans, une vingtaine mesurent plus d’un mètre vingt, certaines comme le Varan du Nil (Varanus niloticus) ou le Varan aquatique (Varanus salvator) dépassent 150 cm. Mais le plus célèbre des Varanidés, et auquel on attribue le titre de plus grand lézard vivant, est sans conteste Varanus komodoensis : le Varan de Komodo, souvent aussi nommé dragon de Komodo (dites-le avec une voix d’outre-tombe ça l’fait grave !). Le record enregistré pour un mâle captif fut de 3,13 m, mais la taille moyenne des adultes se situe autour de 2 m et les spécimens atteignant 3 m sont rares. Le problème est le même qu’avec les serpents : il y a des tailles records et des dimensions moyennes selon l’âge des spécimens, les plus vieux étant forcément plus rares. De plus, chez les lézards, il y a deux types de mesures du corps : la longueur totale, queue comprise, et la longueur dite « museau-cloaque », c’est à dire du corps sans la queue. En fonction de la longueur de la queue par rapport au corps les choses peuvent être très différentes. Car si on se réfère à la longueur totale, le Varan de Komodo a un sérieux « concurrent » : le Varan crocodile, de son joli nom scientifique : Varanus salvadorii et qui ne ressemble d’ailleurs pas à un crocodile. Il s’agit d’une espèce assez peu connue, originaire des forêts tropicales de Nouvelle-Guinée. L’espèce dépasse communément deux mètres, le record officiel est de 2,65 m mais l’animal n’était pas très âgé, les herpétologues pensent donc que des spécimens de 3 m existent. Certaines sources estiment que l’espèce peut dépasser 4,5 m, mais c’est sujet à caution car aucun spécimen de cette taille n’a encore été découvert ! Nonobstant, les proportions du corps sont très différentes, car le Varan crocodile possède une très longue queue, qui peut représenter les trois quart de sa longueur totale alors que chez le Varan de Komodo, la queue représente un peu plus de la moitié de la longueur totale. A dimension égale, queue comprise, le poids et la longueur museau-cloaque du Varan de Komodo est bien plus importante que celle de Varan crocodile. Varanus komodoensis est donc un lézard bien plus massif que son cousin néo-guinéen pouvant peser jusqu’à 70 kg en captivité (50 kg dans la nature).

Parmi d’autres gros lézards, n’oublions pas les grands iguanes comme l’iguane vert (Iguana iguana) qui dépasse communément 150 cm avec des records d’un peu plus de 2 m pour les vieux mâles. Les tégus sauvegarde d’Amérique du sud (genre Salvator ou Tupinambis) peuvent atteindre 120 cm. Enfin, le plus grand lézard d’Europe est un lézard sans pattes, le Shelktopusik (Pseudopus apodus), un cousin de l’orvet qui vit au sud-est de l’Europe et au proche et Moyen-Orient et qui peut également atteindre 120 cm avec un record de 144 cm. En France, c’est le Lézard ocellé dont les vieux mâles peuvent atteindre 70 cm.

Bien entendu, gros reptiles rime avec… crocodiles ! Certains atteignent entre 5 et 6 mètres ; même si, là encore, ce sont de vieux loups de mer (ou de mare) qui ont réussi à atteindre des âges respectables, les adultes dans la « force de l’âge » mesurant en général autour de 3 à 5 m. ce qui est non moins respectable ! Les espèces du genre Crocodylus sont les plus grands, notamment le Crocodile du Nil, le Crocodile d’Amérique (C. acutus) et le Crocodile marin (C. porosus). Les spécimens à dimensions hors normes se rencontrent surtout en fermes d’élevage. Ainsi, certains spécimens captifs dépassent 7 mètres et pèsent jusqu’à une tonne. Ces fermes élèvent des crocodiles pour la peau, la viande ou le commerce du vivant, mais ce sont aussi des attractions touristiques très prisées. Chaque établissement veut avoir le plus gros crocodile du monde pour attirer les touristes quitte parfois à exagérer ses dimensions réelles, sachant qu’aucun touriste ne descendra dans la fosse avec son mètre de couturier pour vérifier ce qui est écrit sur la plaquette ! Les spécimens sauvages géants existent aussi, mais ils sont plus rares ou plus difficiles à observer. En 2011, un crocodile de 6,17 m et 1 120 kg a été capturé aux Philippines. Baptisé Lolong, gardé en captivité dans un parc à Bunawan, il est mort moins d’ un an plus tard. En Afrique, quelques années auparavant, un autre « croco » baptisé Gustave, est devenu célèbre dans le monde entier. Cet énorme Crocodile du Nil, filmé et photographié à plusieurs reprises, vivait dans la rivière Rusizi au Burundi. Non seulement c’était un géant, mais il était réputé être un redoutable mangeur d’hommes, certaines sources lui attribuant des centaines de victimes. « On » dit qu’il est couvert des cicatrices laissées par les balles de fusil. « On » dit qu’il dévorait des hippopotames, alors qu’en général, les crocodiles évitent ces gros mammifères très irascibles. Difficile de savoir si tout est vrai dans cette histoire, malgré qu’elle soit récente et qu’effectivement ce crocodile ait existé. En 2002, un reportage fut tourné sur cet animal, avec en vedette un français – Patrice Faye – qui a tenté de le capturer. en vain. Gustave, dont la taille fut évaluée à 7,50 m et le poids à plus d’une tonne, n’a plus été revu depuis 2007.

Les tortues sont elles aussi connues pour leurs espèces « géantes ». On pense alors aux Tortues des Galapagos (Chelonoidis nigra) ou aux Tortues géantes des Seychelles (Dipsochelys elephantina). Chez les chéloniens, on utilise comme référence la longueur de la carapace, et dans le cas de ces espèces insulaires géantes, elle peut mesurer 120 cm de long. Mais c’ est surtout leur poids qui impressionne car elles peuvent peser plus de

300 kg. Pourtant, la plus grande espèce de tortue n’est pas terrestre mais marine : c’est la Tortue luth (Dermochelys coriacae) que l’on observe de temps en temps sur nos côtes atlantiques. Cet animal extraordinaire peut atteindre 2 m et peser 950 kg. Là aussi, ce sont des records, la dimension la plus répandue se situant entre 130 et 180 cm selon le sexe pour un poids de 250 à 500 kg. Parmi les tortues aquatiques d’eau douce, les plus grandes espèces appartiennent à la famille des Trionychidés ou tortues à carapace molle. Ces étranges reptiles dont la carapace est souple, peuvent dépasser un mètre. C’est le cas surtout de quelques espèces asiatiques : Chitra indica, Chitra chitra ou Pelochelys bibroni et surtout, la rarissime Rafetus swinhoei dont on ne connaît plus que trois spécimens vivants. Des spécimens de Chitra indica mesurant 180 cm sont cités dans la littérature, bien que la moyenne soit de 100 cm pour environ 100 kg.

Dans le cas de Rafetus swinhoei, un spécimen de 180 cm aurait été observé, mais ce chiffre est relativisé           par           d’ autres

herpétologues.

A l’opposé des grands reptiles souvent très médiatiques et qui impressionnent le public, il y a les toutes petites et discrètes bêbêtes. Chez les serpents évoquons le cas des Scolecophidiens : un groupe de serpents vermiformes, non venimeux, aux yeux minuscules et parfois cachés sous les écailles, ressemblant à des lombrics et qui mesurent généralement moins de 40 cm. Dans ce groupe de serpents fouisseurs on trouve les plus petites espèces d’ophidiens comme Leptotyphlops carlae et L. breuili, deux espèces originaires de la Barbade et de Sainte-Lucie (Antilles), décrites par S. Blair Hedges en 2008 et qui mesurent 10 cm. Quant aux si redoutées mais peu redoutables vipères d’Europe de l’ouest, ce sont aussi de petits serpents : les vipères péliade et aspic mesurent au maximum 80 cm et la Vipère d’Orsini affiche une taille n’excédant pas 50 cm.

Les plus petits reptiles vivants sont des lézards, de minuscules geckos ou caméléons. Récemment encore, de nouvelles espèces de caméléons nains ont été découvertes à Madagascar. Ils ne mesurent que 2,5 cm queue comprise ! Les étonnantes photographies de ces minuscules êtres perchés sur une allumette ou sur la tranche d’une pièce de monnaie ont fait le tour du monde. Il n’est pas surprenant que les scientifiques aient mis autant de temps à les découvrir, car ces lézards du genre Brookesia vivent au niveau du sol et se confondent avec les feuilles mortes.

Il existe également de petites espèces de tortues dont la carapace est à peine plus grosse que le poing. En particulier dans la famille des Kinosternidés, de petits chéloniens aquatiques au caractère bien trempé et qui ont la particularité de sécréter un liquide nauséabond pour se défendre des agresseurs (d’où leur nom de tortues puantes). Ce ne sont pas des canons de beauté, mais leurs comportements sont souvent très intéressants. Quant à Homopus signatus, de la famille des Testudinidés, c’est la plus petite tortue terrestre au monde avec 8 cm pour les mâles et 10 cm pour les femelles. En revanche, la petitesse version crocodile est très relative : les plus petites espèces mesurent tout de même 1,20 m.

La carapace.

Massives, lentes, comme handicapées par une carapace rigide, les tortues semblent être à l’opposé des serpents. Evidemment, cette carapace est l’attribut par excellence qui permet de reconnaitre une tortue parmi tout autre animal… Quoique ! Combien de fois ai-je entendu des gens parler de tortue en voyant une grenouille, et inversement.

La carapace des chéloniens se compose de deux parties : la dossière sur le dos et le plastron au niveau du ventre. Elles sont reliées de côté par le pont situé entre les pattes antérieures et postérieures. La partie externe est couverte de grandes écailles, de composition identique aux autres écailles de reptile mais plus épaisses et soudées entre elles. La croissance se fait au niveau des jointures. La partie interne est la bien nommée boîte osseuse : une voute formée par la fusion des côtes entre elles. La colonne vertébrale est également fixées à cette voute et mise à part les vertèbres du cou et de la queue, elle n’ a plus aucune mobilité : les tortues sont nulles en danse du ventre ! La partie interne du plastron est également composée d’os aplatis et fusionnés. La carapace et le squelette des tortues présente une architecture unique dans le monde des tétrapodes car il ne s’agit pas uniquement de grosses écailles protégeant les os du thorax et le bas de l’abdomen sans affecter leur anatomie, mais bien d’ un coffrage squelettique complet où des os ont migré, se sont parfois totalement transformés et ont perdu leur fonction première (les côtes n’ ayant plus de mobilité elles ne servent plus à la respiration).

La forme et l’épaisseur de la carapace renseignent sur les meurs de l’animal. Les espèces aquatiques ont une carapace plus légère et aplatie que celle des espèces terrestres, ce qui leur confère un bon hydrodynamisme. Les espèces terrestres, elles, ont une carapace épaisse pour se protéger des chocs et bombée car l’hydrodynamisme, ni même l’aérodynamisme, est le cadet de leur soucis vue leur lenteur ! Une exception notable : la tortue « pancake » (Malachocherus tornieri) vivant en Afrique du sud. C’est une espèce terrestre de petite taille, sa carapace est très plate et assez souple, elle peut

ainsi se cacher sous les fissures des grands rochers qui parsèment son habitat et se protéger des prédateurs.

Encore plus étonnantes, les Trionychidés, dont la carapace est constituée d’une peau épaisse et souple au lieu des grosses écailles rigides et soudées. On retrouve le même schéma de cage thoracique aux côtes soudées, mais cette boite osseuse est couverte d’une sorte de cuir, lui-même renforcé par des plaques osseuses fichées dans la peau, les ostéodermes qui garantissent une certaine rigidité… dans la souplesse ! Ces tortues aquatiques ne sont pas du tout de pauvres bêtes atrophiées et fragiles, bien au contraire ! Ce sont d’excellentes nageuses, dont certaines espèces dépassent le mètre de carapace. Elles sont parfaitement adaptées à l’ eau, n’ allant sur terre que pour pondre ou parfois prendre des bains de soleil. On les retrouve dans les lacs, les rivières et grands fleuves, les mangroves voire en mer pour la tortue molle du Nil (Trionyx triunguis) qui s’aventure sur les côtes de Méditerranée orientale. Leur carapace très plate est parfaitement hydrodynamique, le plastron est réduit facilitant les mouvements de leurs larges pattes palmées qui les propulse très rapidement. Leur cou est très allongé, parfois aussi long que la dossière. Au bout de ce puissant cou on trouve une tête au profil pointu et une mâchoire équipée de puissants muscles qui meuvent un bec aux bords tranchants comme un couteau de cuisine. Oui, les tortues ont un bec et non des dents, et c’est loin d’être un handicap car il agit comme une tenaille entre laquelle il ne fait pas bon y hasarder un doigt. Le nez des tortues à carapace molle est allongé, en « trompette » et leurs yeux sont saillants, ce qui leur permet de respirer à la surface et de voir ce qui se passe sans se faire repérer, comme les crocodiles. Elles peuvent aussi s’enfouir dans la vase ou le sable au fond de l’eau et de ne laisser dépasser que le nez et les yeux. A l’affût, immobiles, elles attendent qu’un poisson, un batracien ou autre animal aquatique passe à portée de cou. Une détente et hop ! Elles plantent leur bec dans la chair de la proie. Elles sont aussi volontiers charognards ou grosses mangeuses de mollusques. Ces tortues passent souvent inaperçues, c’est pour cela qu’on sait assez peu de choses sur leur mode de vie malgré leur taille.

Les reptiles sont-ils stupides ?

Les reptiles sont généralement considérés comme intellectuellement très primaires : il n’ y aurait rien de bien intéressant sous le capot ! Leurs comportements sont jugés stéréotypés, guidés exclusivement par des instincts très basiques, purement mécaniques, n’ayant aucune capacité de faire évoluer ces comportements en fonction de leur vécu ou face à une situation inhabituelle. L’apprentissage chez les reptiles serait limité au conditionnement du même type que le poisson rouge qui « reconnaît » sa boite de

nourriture. Bref, des êtres aux capacités intellectuelles primitives, nettement inférieures à celles des mammifères et oiseaux. Est-ce un préjugé ?

Le cerveau des reptiles est allongé, adapté à la forme elle aussi allongée de leur crâne. Il est petit et plus simple en comparaison avec celui des mammifères ou de certains oiseaux, mais il est bien plus développé que celui des amphibiens. La transition amphibiens / amniotes montre une étape importante dans l’évolution de cet organe : le cerveau « complexe » des amniotes est apparu très tôt puisque les deux lignées synapsides/sauropsides possèdent des structures communes que les amphibiens n’ont pas.

La question de l’intelligence des reptiles est délicate… comme de l’intelligence en général ! Définir l’intelligence ou les intelligences chez les animaux (dont l’humain fait partie) est un débat vieux de plusieurs siècles. Darwin considérait que l’intelligence est avant tout « une affaire de degré et non d’espèce », notant qu’on « peut constater fréquemment, même chez des êtres considérés comme peu élevés dans l’ échelle de la nature, l’intervention d’une certaine dose de jugement ou de raison ». Cette vision des choses était très novatrice à une époque où on considérait encore la raison comme le propre de l’espèce humaine, et que l’animal n’agissait que par l’instinct purement mécanique et inné. L’éthologie depuis Darwin a fait d’énormes progrès pour mieux comprendre les capacités cognitives animales de manière rationnelle et objective, ce qui est loin d’être facile ! Car il ne faut pas instruire à charge, c’est à dire mener des études afin de démontrer l’existence d’une frontière infranchissable entre humains et animaux ou au contraire, tout faire pour l’abattre quitte à surestimer l’intelligence animale et torturer les faits jusqu’à ce qu’ils rentrent dans une théorie qui a d’abord des implications morales voire politiques. L’éthologie ou la psychologie animale sont des sciences qui se remettent souvent en question, avec de nombreux courants (behaviouristes, cognitivistes.), une forte incidence du « point de vue » et des ramifications philosophiques qui peuvent parfois polluer la démarche scientifique comme c’est le cas aussi avec l’évolutionnisme.

Il y a plusieurs méthodes pour tenter de juger des capacités cognitives d’ un animal. L’indice d’encéphalistaion (I.E.) en est une. C’est une formule qui compare la masse du cerveau avec celle du corps. Elle a pour base 10, ce qui correspond à l’I.E. de la Lamproie marine, un vertébré aquatique ressemblant à une anguille et à l’anatomie très basale. A l’autre extrême, l’I.E. d’Homo sapiens est de 2 300, celui du rat de 1 050. Cet indice part du principe qu’une espèce qui a un cerveau massif par rapport à la masse de son corps pourra accomplir des fonctions cérébrales complexes ; une espèce qui a un petit cerveau par rapport au corps – donc un I.E. faible – ne pourra accomplir que des fonctions de base, n’ayant « pas la place » pour le reste. L’I.E. des amphibiens n’excède pas 174. Celui des serpents est relativement faible, inférieur même aux « meilleurs » amphibiens. Par exemple, l’I.E. de Boa constrictor est de 32 et celui du Mocassin d’eau (Akistrodon spp.) est de 104. Les crocodiles affichent un I.E. inférieur à 100. Quant aux lézards, on observe une grande amplitude selon les espèces. Notre orvet national affiche un petit 74 mais chez d’autres lézards ça dépasse 330. De même, l’I.E. des tortues se situe entre 43 et 234. On note que les formes récentes comme les serpents n’affichent pas forcément un I.E. plus élevé que les formes anciennes ce qui d’une certaine manière va à l’encontre de l’idée d’augmentation linéaire des capacités cognitives au fil de l’évolution : rappelons-le, l’évolution ne tend pas systématiquement vers le progrès. Globalement et comparativement à des mammifères comme l’Homme ou le rat, les reptiles ont un I.E. faible. Toutefois, l’indice d’encéphalisation est très loin d’être un critère absolu pour mesurer les capacités intellectuelles des animaux ; tout comme chez le Q.I. les humains qui est loin d’être le seul révélateur de l’intelligence ou des intelligences. Comme quoi, on ne le répétera jamais assez : il n’y a pas que la taille (du cerveau) qui compte !

Des méthodes expérimentales permettent de mieux juger des capacités intellectuelles d’un animal en les testant en laboratoire. Par exemple, en observant la réaction d’un animal face à un problème, en testant sa capacité d’apprentissage, son mode de communication ou ses réactions au sein d’un groupe… Les expériences sur les capacités cognitives des reptiles non aviens sont rares et on remarque que ces animaux sont absents de la plupart des ouvrages destinés à l’éthologie ou à la « pensée animale ». Pourtant, ces dernières années, différents tests utilisés par les éthologues pour étudier le comportement des oiseaux ou des mammifères ont été pratiqués sur des reptiles, en particuliers des lézards et des tortues. Un laboratoire de l’Université de Vienne s’est même spécialisé dans ces études. Les chercheurs ont, entre autres, testé les capacités d’orientation et de repérage dans l’espace des tortues terrestres qui s’avèrent aussi efficaces que celles de certains mammifères comme le rat même si les tortues procèdent autrement. Une de ces expériences a consisté à mettre des tortues dans un terrarium avec de la nourriture à un endroit précis. Cette nourriture était dissimulée par un écran en forme de V. Les tortues trouvèrent la nourriture, d’abord au hasard de leurs pérégrinations puis elles s’habituèrent à se rendre derrière l’écran pour la chercher. Une fois les tortues bien entrainée, un groupe d’autres tortues qui n’avait jamais été dans ce terrarium et non entrainées a été placé en compagnie des tortues d’une part, un autre groupe dans un terrarium vide. Celles du terrarium vide cherchèrent au hasard leur nourriture et la trouvèrent comme les tortues entrainées à leur début. Mais les tortues mises dans le terrarium avec leurs congénères entrainées n’errèrent pas au hasard, elles suivirent les tortues entrainées qui se dirigeaient directement derrière l’écran pour chercher leur pitance. Bref, les tortues observèrent le comportement des autres et les imitèrent, se disant peut-être (là je grossis le trait) : « si elle cavale aussi vite derrière cet écran c’est qu’il y a un truc intéressant. je vais voir ! ». Il faut préciser que dans la

nature ces animaux sont plutôt solitaires et ne se déplacent pas en groupe, peu habituées donc à suivre ce que font leurs congénères.

Une autre expérience a fait parler d’elle en 2010 : elle a été menée sur Anolis evermanni, un petit lézard arboricole portoricain d’une vingtaine de centimètres de long, au cerveau minuscule ! Cette espèce a été utilisée pour des tests de cognition d’ordinaire menés sur des oiseaux. Le test est simple : Dans un terrarium deux orifices sont couverts d’un petit opercule bleu qui les obstrue, l’un des deux orifices abrite un ver, les lézards étant friands de ces petites bestioles. Les six anoles de l’expérience ont eu le droit à un essai chacun : s’ils ne trouvent pas le truc pour accéder au ver, celui-ci est retiré et ils devront attendre 24 h avant que les chercheurs le leur représente. Quatre de ces petits reptiles ont rapidement trouvé l’astuce pour croquer le ver en soulevant l’ opercule avec leur museau ou leur gueule. Un autre test a été pratiqué pour voir si ces lézards pouvaient reconnaître la capsule selon son apparence. Une capsule bleue bordée de jaune cachait le ver ; une autre, bleu unie, ne cachait rien. Deux des six lézards ont rapidement compris que le ver était sous la capsule bleu et jaune, et non sous l’autre. Certains chercheurs relativisent l’enthousiasme de leurs collègues, toutefois, ces derniers montrent que les anoles ont compris le moyen d’accéder au ver plus vite que certains oiseaux qui ont été soumis à ce même test. C’est un comportement nouveau pour ces lézards car ils ne font jamais cela dans la nature.

Mais ne versons pas dans le romantisme : les reptiles restent des animaux aux capacités intellectuelles très limitées. Une tortue aquatique nagera contre la vitre de son aquarium toute sa vie, ne comprenant jamais que la barrière invisible qu’est le verre demeure infranchissable et que ses efforts seront toujours vain… Un comportement qu’on retrouve aussi chez les poules. Il est néanmoins facile d’habituer par exemple un lézard ou une tortue à adopter certains comportements, certains biologistes et soigneurs de zoos ayant conditionné des varans à venir près d’eux sous l’effet d’un stimulus et ce afin de faciliter l’entretien de leur terrarium ou les soins.

Comme l’immense majorité des animaux, les reptiles n’ont pas accès à des fonctions cognitives très complexes comme la communication verbale, la conscience de soi, le jeu et, même s’ils ressentent la douleur y compris psychologique, ils sont sans doute incapables de ressentir des sentiments comme l’ amour ou la haine. Mais ces expériences montrent qu’ils ne sont pas de simples « machines vivantes » capables uniquement de reproduire des comportements purement innés et figés. Les éleveurs observant leurs animaux en captivité savent bien que chaque spécimen est différent, et même des sujets élevés dans les mêmes conditions, issus d’une même ponte et donc de mêmes parents, auront des comportements différents, qui vont évoluer avec l’âge.

Les principes de l’éthologie et de la psychologie animale sont très méconnus du public même dans le milieu des éleveurs qui sont pourtant confrontés en permanence aux comportements de leurs animaux. Le danger est de faire une analogie entre un

comportement animal observé et nos propres comportements, de projeter ainsi nos propres réflexions et émotions sur cet animal. Cet anthropomorphisme peut conduire à une mauvaise interprétation des comportements animaux voire à de la maltraitance comme laisser son iguane dans son appartement toute la journée en se disant : « si moi je n’ai pas froid, lui non plus ! »

Toutefois, il est très difficile de concevoir les comportements animaux sans tomber dans l’anthropomorphisme ; la subjectivité est naturelle chez l’humain. Tout comme il est compliqué de concevoir que l’Homme n’est pas la perfection biologique même ni le but de l’évolution vu notre héritage culturel ; il est également difficile de concevoir la psychologie d’un animal comme un reptile sans se référer à nos propres repères. Même dans cet ouvrage, j’ai sans doute pêché par anthropomorphisme en utilisant des métaphores humanisées pour expliquer des comportements reptiliens. Cela peut parfois rendre le discours plus clair et dynamique (ou ironique… voir conclusion !) à condition qu’il n’y ait pas de confusions et qu’on ne prête pas des attributs humains à des animaux. Beaucoup de documentaires font dans l’anthropomorphisme, donnent des prénoms à des éléphants ou des suricates, leur prête des sentiments, montrent l’image d’un guépard qui regarde un coucher de soleil avec un commentaire disant que le félin « repense à sa vie face à l’immensité des plaines du Kenya ». Remarquez d’ailleurs que rares, voire inexistants, sont les documentaires qui donnent des prénoms à des reptiles. Pas assez humains pour le mériter ? Un anthropomorphisme teinté d’élitisme biologique !

L’anthropomorphisme est donc une « mauvaise habitude »… Mais parfois c’est l’inverse, on « reptilise » des comportements humains en rendant l’héritage de nos « ancêtres » responsables de certains mauvais côté de la nature humaine. Par exemple, le fameux « cerveau reptilien » de l’Homme, un concept issu d’une théorie élaborée par Paul MacLean et Henri Laborit dans les années 1970 mais dont l’essayiste Arthur Koestler a usée et surtout abusée. Ce principe divise le cerveau humain en trois parties : le cerveau reptilien, le plus profondément enfoui ; le cerveau limbique et enfin, le néocortex qui entoure l’ensemble. Anatomiquement parlant, la théorie de MacLean est cohérente. Toutefois, Koeslter, qui eut de nombreux adeptes et en a encore, va plus loin : il affirme que chaque partie du cerveau a gardé la fonction qu’il eut quand il est apparu au cours de l’évolution. Pour lui, le cerveau reptilien est fondamentalement primaire et agressif, le cerveau limbique est le siège des émotions et le néocortex celui de la raison propre aux primates dits supérieurs (sic)[6]. Ces trois cerveaux seraient en lutte permanente et les bas instincts de la nature humaine comme la violence sont en fait dû à des moments où le cerveau reptilien prendrait le dessus sur le néocortex. Cette idée confond conservation anatomique d’un organe à travers le temps et conservation de sa fonction. Tout comme la plume n’a pas eu la même fonction chez les dinosaures non volants qu’elle a chez les oiseaux, le cerveau dit « reptilien » n’a pas les mêmes fonctions qu’il avait dans un passé extrêmement lointain. « La métaphore des trois cerveaux n’éclaire pas vraiment ce qu’est le cerveau humain. [… ] Elle fournit seulement à Koestler la trame d’un discours pseudo-scientifique qui prétend donner une explication biologique du problème du mal. » écrit Michel de Pracontal dans « l’imposture scientifique en dix leçons. L’idée d’un cerveau reptilien primitif qui commande nos « bas instincts » est totalement fausse. Quand on observe son fils de 14 ans se mettre en colère parce qu’on lui a demandé de ranger sa chambre, ce n’est pas son cerveau reptilien qui s’exprime mais bien son cerveau d’Homo sapiens frustré en pleine puberté qui trouve ses vieux trop relou.

La question des capacités cognitives des reptiles intéresse aussi les éleveurs et ramène à la question de l’impact psychologique de la vie en captivité. Mais il y a là aussi des écueils anthropomorphiques à éviter, notamment autour de la question très courante : « les reptiles captifs sont-ils heureux ? » à laquelle il est très délicat de répondre de manière véritablement objective. D’abord, le terme « heureux » ne sied pas vraiment, car le bonheur apparaît comme un sentiment trop humain, trop subjectif, trop philosophique, pas mesurable. En revanche, on peut mesurer le stress des animaux captifs et les troubles du comportement ou physiologiques qui se déclenchent suite à ce stress. Chez les reptiles, c’est beaucoup plus compliqué. Ce ne sont pas des animaux expressifs, ils ne montrent pas leur souffrance, ils ne développent pas de troubles psychologiques aussi impressionnants que certains mammifères qui tournent en rond ou oiseaux qui s’arrachent les plumes. Toutefois, d’autres signes cliniques permettent de mesurer le stress de ces animaux selon leurs conditions de maintenance comme l’incidence sur le système immunitaire qui a tendance à s’effondrer avec l’augmentation du stress. La question du bien-être des reptiles captifs reste encore très peu prise en compte, par les éleveurs eux- mêmes comme par les scientifiques et les vétérinaires car on considère encore ces animaux comme trop idiots pour mal vivre leur captivité même sur un aspect purement physiologique. Cette vision des choses est de plus en plus contredite par des études scientifiques mais ces connaissances sont encore peu diffusées.

Certains éleveurs rationalisent le plus possible la décoration du terrarium pour des raisons d’hygiène, de facilité de nettoyage mais aussi pour augmenter le nombre d’animaux. Dans les cas extrêmes, les animaux sont maintenus dans des boites en plastiques avec comme seule décoration des copeaux en guise de substrat voire du papier essuie-tout, le corps du serpent, enroulé sur lui-même occupant la moitié de la surface de sa boite. Or, sans pour autant considérer que les reptiles sont doués d’émotions, de conscience de soi et capables de comprendre le concept de liberté, il est démontré que les conditions de vie en captivité, l’enrichissement de leur environnement et la stimulation ont un impact sur leur santé physique et leur niveau de stress. Ainsi la notion de bien-être est applicable aux reptiles introduisant le besoin de confort dans les pratiques d’élevage, remettant en cause certaines de ces pratiques trop « minimalistes ». L’argument de certains éleveurs est que les animaux mangent, se reproduisent, sont en bonne santé et vivent vieux dans leurs « boites » et que donc, ils n’ont pas besoin de plus que le strict minimum : chaleur, hygiène, nourriture. Toutefois, il a été montré que le stress peut avoir des conséquences physiologiques très subtiles et pas forcément mortelles. Autre argument : Pourquoi mettre un Python royal dans un grand terrarium, c’est un animal peu actif, donc un petit espace lui convient. Inversons le raisonnement : ne sont-ils pas indolents parce que justement maintenus dans un environnement non stimulant ? N’est-ce pas un environnement pauvre qui les abêtit et non eux qui sont « bêtes » à la base ? Par effet de sélection artificielle, ne sélectionne-t-on pas involontairement des spécimens indolents parce qu’ils sont mieux adaptés à des conditions d’élevage et que les « nerveux » sont évincés tout comme on ne fera pas se reproduire un chien de berger qui a peur des moutons? Certains éleveurs et vivariums ont fait l’expérience de maintenir leurs animaux dans de très grands terrariums abondamment décorés, ils affirment que les changements ont été spectaculaires : les mauvais mangeurs sont devenus de bons mangeurs, ceux souffrant de plaies chroniques ont fini par guérir définitivement, les caractériels se sont calmés et inversement, les apathiques ont repris de la vigueur… Il est trop tôt pour dire qui a raison faute de connaissances, nous sommes encore dans le registre de l’ opinion, mais l’ étude du comportement des reptiles captifs peut nous en apprendre beaucoup dans les années à venir.

Animaux à sang froid ?

Un autre préjugé qui a la peau bien dure : la froideur des reptiles ! Les reptiles – comme les amphibiens, les poissons et tous les « invertébrés » – sont volontiers qualifiés d’animaux à « sang-froid ». Les mammifères et les oiseaux sont considérés comme des animaux à « sang-chaud ». Le qualificatif « sang-froid » est encore très souvent utilisé, il donne un effet sensationnel, collant parfaitement avec la vision traditionnelle de ces animaux dont on dit aussi volontiers qu’ils font « froid dans le dos » ! Cette ancienne terminologie héritée d’Aristote devrait être totalement bannie, pourtant, même des documentaires ou des ouvrages de vulgarisation scientifique l’utilisent encore !

Le terme « sang-chaud » fait allusion au fait que mammifères et oiseaux ont une température corporelle stable (homéothermie) et surtout que la chaleur corporelle est produite et régulée par le métabolisme lui-même, ce que l’on appelle l’endothermie. Les reptiles, comme les poissons et les amphibiens mais aussi les insectes, sont incapables de produire eux-mêmes de la chaleur, c’est là que réside la grande différence avec les
endothermes. La température de leur corps dépend de la température de leur environnement ou des sources de chaleurs disponibles : ils sont ectothermes. En l’absence de source de chaleur qui l’irradie, le corps d’un serpent est à la température ambiante. Si vous voulez un serpent froid, il faut le mettre au réfrigérateur… mais vous aurez un serpent bien peu vigoureux voire carrément mort !

Car là où l’expression « à sang- froid » est particulièrement trompeuse dans le cas des reptiles, c’est que ces animaux ont besoin de chaleur pour vivre et en comparaison avec d’autres ectothermes comme les amphibiens, ils se montrent plus exigeants et ont besoin de températures plus élevées pour que leurs cellules fonctionnent correctement.

Alors qu’au printemps le crapaud commun de nos campagnes sort à une température de 6°C (sans s’exposer au soleil puisqu’il est nocturne) pour crapahuter vers la mare et s’accoupler dans une eau à 4°C (quel courage !), aucun reptile, même le lézard vivipare qui est pourtant le reptile le mieux adapté au froid, ne peut être actif à cette température. Le lézard vivipare n’est actif que quand son corps a atteint environ 16 °C, et encore c’est un minimum car à cette température il peut tout juste se déplacer, les fonctions digestives restent encore inactives. Sa température optimale, c’est à dire où toutes ces fonctions métaboliques fonctionnent au mieux, se situe autour de 30°C.

Chaque espèce de reptile a ses préférences thermiques liées à la zone climatique où elle vit, à ses mœurs (nocturne, fouisseur, arboricole…) et aux micro-habitats qu’elle fréquente. La température corporelle optimale situe généralement entre 25 et 30°C pour des espèces de milieu tempéré comme la Tortue d’Hermann, entre 25 et 35°C pour des serpents tropicaux comme Boa constrictor et entre 30 et 40°C pour d’autres reptiles tropicaux diurnes comme l’ Iguane vert, de nombreux varans ou encore le Crocodile du Nil. En-dessous de cette température, les performances du métabolisme se réduisent, de même que les battements du cœur, la respiration, jusqu’à la température minimale d’activité où le métabolisme fonctionne au ralenti. Le reptile est alors engourdi et peine à se déplacer. Plus bas encore, la température minimale critique est un seuil où l’animal est en danger de mort. A l’opposé, au-dessus de la température optimale, les performances métaboliques chutent rapidement et une fois atteint la température maximale critique, elles cessent et l’animal meurt s’il ne peut se réfugier dans un endroit plus frais. Certaines espèces ont néanmoins une tolérance à la chaleur importante, surpassant certains endothermes. Alors qu’avec une température corporelle de 40°C un humain est cloué au
lit, les lézards fouette-queue du Sahara (Uromastyx spp.) sont en pleine activité. Chez Uromastyx acanthinurus, la température maximale critique se situe entre 48 et 50°C contre 42°C pour l’Homme. Bref, les reptiles n’ont rien de froids, la chaleur leur est même vitale !

Le métabolisme des reptiles n’a néanmoins pas besoin d’une température constante comme chez l’Homme qui de jour comme de nuit, tous les jours de sa vie, a besoin d’une température corporelle entre 36 et 38°C. On dit que les reptiles ont une température variable, ils sont poïkilothermes, alors que l’Homme est homéotherme. A noter qu’il y a des mammifères poïkilothermes comme les marmottes qui durant l’hibernation font chuter leur température corporelle. Les reptiles sont capables de réguler leur température interne de manière très précise en fonction de leurs besoins immédiats (digérer, s’activer avant la chasse…) par différents comportements vis à vis des sources de chaleur disponibles dans la nature, c’est la thermorégulation. Le matin, pour se réchauffer, le lézard va se mettre au soleil et adopter des postures particulières comme aplatir son corps et l’orienter de manière à exposer la plus grande surface possible vers l’astre du jour. Il peut aussi assombrir sa coloration pour mieux capter les infra-rouges. Une fois que son corps sera à la bonne température, il vaque à ses occupations, chasser des insectes par exemple. Il reviendra sur son caillou préféré pour lézarder quand il aura le ventre plein et qu’il lui faudra digérer. et s’il fait trop chaud, petite sieste à l’ombre. C’est beau la vie de lézard !

Malgré la dépendance aux conditions météorologiques, être ectotherme n’est pas forcément un inconvénient, cela peut avoir de sérieux avantages. Un humain, même au repos, continue à dépenser des calories pour entretenir la chaudière interne car si sa température corporelle descend, il meurt. Dans une atmosphère fraîche, un humain consommera des calories pour compenser la perte de chaleur. Quand il fait chaud, il dépensera encore de l’énergie (et surtout de l’eau) pour se refroidir ! N’utilisant pas de calories pour fabriquer de la chaleur, les reptiles sont les champions de la sobriété énergétique. Les grands serpents ou les crocodiles peuvent rester des semaines voire des mois sans manger.

Dans de très rares cas, il a été observé des reptiles capables de produire un peu de chaleur par eux-mêmes. La Tortue luth qui nage parfois en eau froide comme au large des côtes françaises, peut fabriquer cette chaleur via des mouvements musculaires. De même, les femelles pythons couvant leurs œufs sont capables de produire de la chaleur par des frémissements de tous leurs muscles, compensant la baisse de température la nuit et améliorant ainsi l’incubation. Plus récemment, il a été montré que le métabolisme des tégus d’Argentine (Salvator merianae) est capable de produire de la chaleur et de conserver leur corps à une température supérieure de 10°C à celle du terrier dans lequel ils passent la nuit.

Des yeux revolver ?

« Aies confiance ! » Dans le dessin animé de Walt Disney,

Kaa le serpent, est vu comme un être sournois qui hypnotise le pauvre Mooglie de son regard.

C’est une interprétation assez éloignée du Kaa de R. Kipling, l’auteur du « livre de la jungle », mais elle découle d’un préjugé assez courant : croire que les serpents peuvent hypnotiser leur proie du regard. Le marquis de la Charbouclais, écrit dans son « dictionnaire des superstitions » :

« Pierre Kalm [un érudit du XVIIIème siècle] raconte que les écureuils regardés fixement par un serpent qui siffle sont contraints de tomber d’un arbre dans la gueule du serpent ». Cette croyance populaire peut venir de l’observation de certaines proies qui se figent à la vue d’un serpent. Par exemple, quand une grenouille reste totalement immobile alors qu’une couleuvre à collier s’approche dangereusement. Mais cet amphibien ferait de même à l’approche d’un hérisson, c’est un réflexe de défense classique : ne pas bouger pour ne pas être repéré. Dans d’autres cas, si un petit rongeur semble totalement hypnotisé et sans réaction quand il est nez à nez avec une vipère, c’est peut-être tout simplement qu’il a été mordu quelques minutes avant et qu’il est à l’agonie du fait du venin. A ce genre d’observations s’ajoute le regard fixe des serpents qui semble hypnotique.

Les squamates diurnes ont une bonne acuité visuelle. Elle est même excellente chez les lézards : ils perçoivent les couleurs et, pour beaucoup, sont sensibles aux UV, spectre lumineux invisible à l’œil humain. La vue des tortues est moins bonne, elles sont plus sensibles à certaines couleurs qu’à d’autres. Celle des reptiles nocturnes comme les geckos est très bien adaptée au manque de lumière, moins bien à la perception des couleurs même si ce n’est pas une généralité. Ces lézards, ainsi que de nombreux serpents nocturnes et crocodiles, ont une pupille fendue comme celle des chats, alors que les reptiles diurnes ont une pupille ronde. En ouvrant en grand cette pupille fendue, ils exploitent au maximum la faible luminosité nocturne.

Les reptiles possèdent aussi un « troisième œil », que l’on nomme œil pinéal. Voilà un organe qui suscite souvent la curiosité : Quoi, les reptiles ont trois yeux ? Oui et non…

L’œil pinéal possède certaines caractéristiques typiques d’un œil mais elles sont atrophiées, cet organe a perdu sa fonction visuelle. L’œil pinéal est très ancien car présent chez les amphibiens. Il se situe au sommet du crâne, sous la peau. On peut voir son emplacement chez beaucoup d’espèces de squamates car il est surmonté d’une toute petite écaille ronde format comme un minuscule creux au milieu d’écailles plus grandes. Chez les rhynchocéphales, son emplacement est encore plus visible car il est plus développé que chez les squamates, possédant même une rétine, un cristallin et un corps vitré atrophiés. Sa fonction précise est encore mal connue, mais on suppose qu’il joue un rôle dans la régulation des rythmes circadiens (jour/nuit) et saisonniers. L’œil pinéal est connecté à l’épiphyse (ou glande pinéale), une petite glande cérébrale située, chez les sauropsides, juste sous le crâne. La glande pinéale existe aussi chez les mammifères, mais elle est placée au cœur du cerveau et sert notamment à la sécrétion de mélatonine qui entre en jeu dans ce que l’on nomme « l’horloge interne ».

Une autre faculté très particulière est associée à la vue. Elle est présente chez les pythons, les boas et les crotales : c’est la thermosensibilité. Pour faire « high-tech’ » on pourrait dire que ces ophidiens sont équipés de la vision infra-rouge. Quand on observe de profil la tête d’un python, on remarque des cavités insérées entre les écailles labiales supérieures, les « lèvres ». Elles sont très visibles chez des espèces comme le Python vert ou le Python royal. Au fond de ces cavités se trouvent de nerfs très sensibles aux infra­rouges, une partie du spectre lumineux qui émane de toute source de chaleur mais qui est invisible aux yeux des serpents comme des humains. Il semble que le cerveau superpose les images captées par les yeux et les informations envoyées par les fossettes thermosensibles, formant à la fois une image en lumière visible et une image infra-rouge du sujet. Cela permet au serpent se nourrissant de petits mammifères et chassant la nuit, de détecter ses proies grâce à la chaleur que leur corps dégage. Il peut alors suivre ses déplacements même dans le noir absolu. Ces organes thermorécepteurs seraient sensibles à des variations de quelques millièmes de degré ! Y a-t-il encore quelqu’ un pour dire que les reptiles sont des êtres simples et archaïques ? Connaissez-vous un humain qui possède de tels organes ?

Sur le bout de la langue…

L’odorat des reptiles est assez bon, mais rien de comparable avec l’odorat de mammifères prédateurs comme les félins, car les reptiles prédateurs font davantage confiance à leur vue ou à un sens particulier – la vomérolfaction – qui met en scène à la fois la langue et une forme d’odorat.

Chez les tortues et la plupart des lézards, la langue est un organe qui sert à goûter et à déglutir. Chez les agames et les iguanes, la langue est charnue et collante. A l’instar de
certains amphibiens comme les crapauds, ils n’attrapent pas leur proie avec les mâchoires, mais en projetant la langue sur cette proie et en la ramenant dans la gueule, les dents entrant secondairement en action. Chez les caméléons, cette aptitude est poussée à l’extrême, la langue de certaines espèces pouvant être deux fois plus longue que le corps du lézard. Quand le caméléon veut saisir une proie généralement repérée à la vue, il projette sa langue en avant en étirant violemment les muscles qui la composent. L’extrémité adhère à la proie puis les muscles se rétractent et ramènent l’insecte dans la gueule. Le caméléon capture ainsi une proie à distance en restant quasiment immobile sur sa branche et tout en restant loin d’elle.

Chez les serpents, la langue s’est également profondément modifiée mais pour une toute autre fonction. Sa fonction mécanique a totalement disparue : elle ne sert pas à capturer des proies ni à déplacer les aliments dans la gueule. Elle ne sert pas non plus à goûter car elle est dépourvue de papilles gustatives. Les serpents sont bien connus pour exhiber leur langue « fourchue » qui donne des frissons à certains pensant

qu’elle pique et inocule du venin ! C’est totalement faux, la langue est un muscle mou, incapable de piquer malgré sa forme pointue, elle n’est pas non plus reliée aux glandes à venins. Cette forme bifide sert avant tout à la collecte de molécules chimiques qui sont transmises à l’organe de Jacobson situé dans le palais. Cet organe analyse les odeurs capturées par la langue. Un serpent pistant un rongeur sort régulièrement sa langue et la fait se balancer de haut en bas. Selon l’intensité des odeurs entre l’air et le sol, il peut savoir si la proie est proche ou non. Pour connaître la direction qu’a prise le rongeur, le serpent compare les effluves captées par la pointe gauche et la pointe droite de sa langue : si l’odeur est plus forte à droite, c’est que la proie se dirige vers la droite. Le sens voméronasal sert également à identifier un partenaire sexuel, un rival ou un agresseur. La vomérolfaction n’est pas l’apanage exclusif des serpents, de nombreux autres reptiles l’utilisent mais à des degrés très variés : absent chez les tortues, il est en revanche utilisé par certains lézards comme les scinques et surtout les varans qui ont aussi une langue bifide. L’organe de Jacobson existe aussi chez l’Homme, mais dans le nez, ayant semble- t-il pour fonction de détecter les phéromones et donc très utile en discothèque.

Qu’est-ce qui dit ?

Il est de notoriété publique que les serpents sont sourds comme des pots, ce qui n’est pas tout à fait exact. Ils ne possèdent certes pas d’oreille externe, ni moyenne, mais ils possèdent bel et bien une oreille interne connectée aux os du crâne. L’oreille interne des reptiles est très différente de celle des mammifères. Celle de l’ Homme est composée de petits os qui bougent pour transmettre les vibrations frappant le tympan ; Chez les reptiles, ces mêmes os composent la mâchoire ! Au cours de l’évolution, les os de la mâchoire des synapsides se sont modifiés et ont migré pour donner les osselets de l’oreille interne, chez les sauropsides ils sont restés au niveau de la mâchoire donnant l’ossature complexe des serpents. L’os carré par exemple, qui sert aux serpents à se détendre la mâchoire a pour homologue l’enclume de l’oreille interne. S’ils ne perçoivent pas les sons extérieurs comme nous, les serpents sont néanmoins sensibles aux vibrations, un petit os relié à l’os carré, la columelle, est connecté à l’oreille interne, le crâne sert de caisse de résonnance aux vibrations. Ces reptiles semblent surtout sensibles aux sons graves. Dans le cas des charmeurs de serpents, est-ce vraiment la musique qui hypnotise les reptiles ? En fait, la musique sert surtout à charmer le touriste, car elle n’ a aucun effet sur le serpent. Ce sont avant tout les mouvements que fait le charmeur qui excitent le cobra, il adopte alors une posture défensive typique de son espèce, avant du corps dressé, déployant sa célèbre collerette pour faire face à l’agresseur. Le charme n’a d’ailleurs que peu d’effet sur les autres serpents qui n’ont pas pour reflexe d’intimidation la position dressée du cobra.

Par contre, les lézards entendent fort bien mis à part dans quelques familles comme les Chamaeleonidés. Ils possèdent une oreille interne et une oreille moyenne reliée à l’extérieur par un conduit auditif ouvert. Les tortues possèdent aussi une oreille bien développée, mais une fine écaille recouvre l’orifice qui conduit à l’extérieur, ce qui réduit leurs capacités auditives aux sons graves, de même chez les crocodiles mais cela évite que l’eau n’y pénètre.

Les reptiles non aviens sont pour la plupart muets. Seuls les jeunes crocodiles émettent des sons, des petits « onk onk » qu’ils poussent quand ils ont éclos. Pour leur mère, c’est le signal qu’il faut les extraire du nid et les emmener dans l’eau. Quelques lézards émettent aussi des cris, certains geckos par exemple comme le Tokay ou encore le scinque crocodile (Tribolonotus spp.).

« Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur nos têtes ? » se demande Andromaque en quittant Troie… Le sifflement du serpent est un grand classique ! Ce sifflement ou plutôt ce souffle bruyant intervient surtout quand le serpent est agressé. De nombreux lézards comme les varans ou les scinques à langue bleue s’en servent aussi, gonflant leur

corps et expulsant bruyamment de l’air.

Le bruit émis peut-être impressionnant, proche de celui d’un chat mécontent, c’est d’ailleurs le but, mais il n’a rien à voir avec la langue des serpents comme le font souvent croire les bruitages cinématographiques accompagnant un serpent qui exhibe sa langue bifide en faisant un « kss ksssss »… Les serpents à sonnette, qui possède au bout de la queue un organe nommé « crécelle » constitué d’anneaux de kératine, produisent des crissements en se frottant les uns contre les autres lorsque le serpent agite sa queue. C’est alors un avertissement : « je suis un crotale, je suis venimeux, laisse-moi tranquille ou gare à toi ! »

Tous venimeux ?

Dans son « dictionnaire des idées reçues », Gustave Flaubert écrivit de manière très lapidaire « serpents : tous venimeux ». C’est à la fois vrai et à la fois exagéré. Les serpents sécrétant un venin destiné à tuer rapidement leurs proies sont une minorité, mais de nombreux ophidiens produisent des substances proches du venin sans en avoir la toxicité. D’ailleurs, un serpent est-il vénéneux ou venimeux ? Ces deux termes sont souvent l’objet de confusion. Ils ont certes un point commun : la sécrétion de toxine ou de venin chez un être vivant, toutefois un serpent est venimeux, tout comme un scorpion ou une guêpe, alors qu’un champignon ou une grenouille sont vénéneux. Les animaux ou plantes venimeux inoculent le venin par un organe pénétrant : croquets venimeux, dard. alors que les vénéneux sont couverts de substances toxines (grenouilles) ou bien leur chair est toxique (champignons), la substance nocive est alors ingérée par voie alimentaire.

Comment les serpents inoculent-ils leur venin ? Vous savez maintenant que la langue des serpents n’a rien à voir avec l’envenimation. En réalité, il est injecté grâce à des dents spécialisées : les crochets à venins qui sont reliés à une paire de glandes situées dans la mâchoire supérieure. On devra donc parler de morsure et non de piqure. Boas, pythons, scolécophidiens et bon nombre de couleuvres sont aglyphes, sans dents spécifiquement développées pour l’ inoculation de venin ; mais attention, cela ne veut pas dire édentés ! Ils possèdent bel et bien des dents, fines, pointues et recourbées vers l’arrière servant à maintenir la proie.

Les couleuvres à dentition opistoglyphe comme la Couleuvre de Montpellier, possèdent des « crochets » à venin sont situés très en arrière de la mâchoire supérieure et reliés à une glande à venin spécifique. Il s’agit de dents plus longues que les autres et le long desquelles le venin s’écoule pour pénétrer dans la plaie. La position reculée de ces dents ne permet souvent pas d’envenimer une proie sans avoir à la maîtriser par constriction (en s’enroulant autour d’elle) voire même de l’avoir en partie avalée pour qu’elles puissent se planter dans son corps.

D’autres serpents, ceux que l’on qualifie le plus souvent de serpents venimeux, portent leurs crochets à venins à l’ avant de la mâchoire supérieure. Ces crochets sont faits pour envenimer rapidement la proie et la tuer sans autre forme de procès et sans recours à la constriction sauf chez quelques serpents arboricoles qui enlacent tout de même leur proie pour ne pas la voir chuter des dizaines de mètres plus bas et la perdre. On distingue chez ces serpents venimeux deux types de crochets à venin. Chez les élapidés (cobras, mambas, taïpans…) les crochets à venin sont courts et fixes, leur dentition est protéroglyphe. Une profonde rainure parcourt l’intérieur de la dent, la glande à venin débouche dans ce canal ce qui permet d’inoculer le venin directement dans le corps de la proie. La dentition solénoglyphe, typique des vipéridés (vipères et crotales) mais également des atractaspidinés, (une sous-famille des Psammophiidés), est plus complexe. Les crochets à venin sont longs et creux en leur centre, ils agissent comme une seringue et permettent d’ injecter le venin en profondeur sans en perdre une goutte. Chez certaines espèces ces crochets sont très longs, par exemple la Vipère du Gabon (Bitis nasicornis), dont le corps mesure 120 à 160 cm, possède des crochets pouvant atteindre 5 cm de long ! Vue la longueur de ces crochets, on se demande comment le serpent peut fermer la gueule sans se les enfoncer dans la mâchoire inférieure ! Ils sont en réalité rétractables. Quand le serpent ferme la gueule, les crochets se replient vers l’arrière ; quand il l’ouvre, l’os ectopterygoïde pousse les crochets qui se dressent à la perpendiculaire de la mâchoire supérieure.

Le venin des serpents est très complexe et composé, entre autres, de nombreuses protéines (enzymes). Certaines molécules sont communes à toutes les espèces de serpents venimeux, d’autres spécifiques à une famille ou à une espèce. Chez les espèces dont le
venin sert à immobiliser et tuer la proie, il existe tout un éventail de toxines qui s’attaquent à une fonction métabolique bien spécifique de la victime et agissent de concert lors de l’envenimation. Classiquement on en distingue deux grandes catégories selon les effets qu’elles produisent : Les neurotoxiques qui affectent le système nerveux, provoquant des paralysies multiples et les hémolytiques ou nécrosantes qui détruisent les globules rouges et les vaisseaux sanguins (provoquant des hémorragies graves) ou les tissus musculaires (et donc les muscles respiratoires et cardiaques). Les serpents sont immunisés contre le venin de leur propre espèce, mais pas celui des autres espèces.

Des substances similaires au venin des serpents venimeux « vrais », mélangées à la salive, ont été découvertes chez de nombreuses couleuvres aglyphes. Ces toxines sont proches du venin, mais inoffensives, ne servant pas à tuer la proie, mais plutôt à faciliter sa digestion. Cela montre que la fonction venimeuse est commune chez les serpents, mais pas seulement. En effet, les ophidiens n’ont pas le monopole de la fonction venimeuse… Les hélodermes (famille des hélodermatidés), sont de gros lézards atteignant 70 à 90 cm de long, trapus, avec une grosse tête, une puissante mâchoire qui abrite dans le maxillaire inférieur deux glandes à venin neurotoxique. Ils n’ont pas de dents spécifiques pour l’injection de ce venin, celui-ci s’écoule le long de la mâchoire inférieure et pénètre dans la morsure, sachant que ces lézards ne lâchent pas leur proie ou la main du malheureux curieux qui a voulu les attraper ! Ce venin n’est normalement pas mortel pour l’Homme mais extrêmement douloureux, provoquant différentes troubles et nécessitant en général une hospitalisation. A noter que la plupart des cas graves d’ envenimation concerne des personnes fortement alcoolisées. Reste à savoir si la présence d’alcool dans le sang rend le venin plus toxique ou si elle rend les gens suffisamment stupides pour vouloir saisir un animal réputé être un véritable pit-bull à écailles !

Longtemps, ces superbes lézards étaient considérés comme les seuls sauriens venimeux et regardés comme des curiosités. leur physique atypique aidant ! Mais dans les années 2000, l’équipe de G. B. Fry a découvert que le Varan de Komodo possédait également une paire de glandes à venin situées dans la mâchoire inférieure comme chez les hélodermes. Cette découverte modifia la théorie alors en vigueur concernant ce grand lézard et son mode de chasse. Depuis longtemps, les naturalistes se demandaient comment ils arrivaient à tuer les très grosses proies comme les buffles. Ces varans, parfois regroupés en bande, s’attaquent à un gros buffle en le mordant aux pattes ou aux flancs, mais sans tenter de le tuer ni même de le maîtriser, juste en lui infligeant de sérieuses morsures puis en le relâchant. Pendant des heures, des jours, les varans restent aux alentours, suivent leur proie, la harcèlent. Parfois la proie s’enfuit, grièvement blessée. Mais elle n’est pas perdue pour la horde de varans car leur odorat et leur vomérolfaction très développés leur permettront de la retrouver sans problème. La pauvre bête peut mourir en quelques heures ou en plusieurs jours. La question qui a turlupiné les herpétologues observant ce phénomène fut : de quoi le buffle est-il mort ? Première hypothèse : les morsures provoquent des hémorragies qui affaiblissent l’animal, à cela s’ajoute le harcèlement des varans qui l’épuisent : de guerre las, la bête fini par se laisser dévorer. Toutefois, il fut observé de grandes proies mourir après avoir échappé aux varans et malgré que la morsure ne semble pas si grave. Du coup, les chercheurs ont supposé que les colonies de bactéries qui pullulent dans la gueule des varans provoquent une infection généralisée et mortelle à l’animal mordu. Mais, les études portant cette théorie n’ont pas convaincues tout le monde. Certes, ce varan possède une sacrée collection de microbes et doit sérieusement refouler du goulot, mais selon Fry et ses collègues, l’espèce de bactérie pathogène découverte en 2002 par une autre équipe de chercheurs ne serait pas naturellement présente dans la salive du Varan de Komodo, son apparition sur les proies mordues serait indépendante de la morsure elle-même. La découverte de venin viendrait donc résoudre ce mystère, car il se montre assez virulent pour tuer une grosse proie.

La découverte de la fonction venimeuse chez un vaste groupe de serpents et de lézards n’a absolument pas allongé la liste des espèces dangereuses pour l’Homme. Hormis chez le Varan de Komodo, les substances proches du venin trouvées chez les Varans et d’autres lézards comme les Anguidés (famille de l’orvet) ne sont pas dangereuses, elles aideraient surtout à la digestion. Ces substances sont généralement inoffensives pour l’Homme : celui qui se fait mordre par un orvet (c’est déjà un exploit en soi !) ne risque aucune envenimation ! Le terme « venin », plutôt anxiogène, est donc à prendre avec des pincettes.

Qu’est-ce qu’on mange ?

L’écrasante majorité des lézards sont « insectivores » : ils ne se nourrissent en réalité pas que d’insectes, mais de toutes sortes d’arthropodes ainsi que de vers. Peu de lézards se nourrissent d’autres vertébrés, il s’agit essentiellement des hélodermes et des grands tégus ou varans. Ces derniers sont d’ailleurs très opportunistes, comme le Varan du Nil qui se fait volontiers pilleurs de nids de crocodiles ou même charognard.

On trouve également de nombreuses espèces de serpents insectivores comme les petits serpents fouisseurs ainsi que de petites espèces terrestres ou arboricoles. D’autres serpents plus grands, se nourrissent de lézards, de petits rongeurs, d’oiseaux, de batraciens et de poissons. Les espèces qui peuvent tuer et maîtriser des proies plus grosses qu’un rat sont peu nombreuses. Leur régime alimentaire dépend en général de leur taille et leur capacité à détendre leur mâchoire pour avaler des proies plus ou moins volumineuses. Les boas et pythons peuvent avaler des animaux d’un diamètre supérieur au leur. N’étant pas venimeux, ils tuent ces proies par constriction : une faculté qui fait frémir beaucoup de monde ! Mais encore une fois, la réalité n’est pas à la hauteur de la

crainte. Ainsi, quand on pose un petit Boa constricteur ou même une couleuvre sur les épaules de quelqu’un, l’une des réactions la plus courante est la crainte qu’il s’enroule autour du cou pour étrangler. D’une part, un reptile ne cherchera pas à tuer ce qu’il ne peut pas manger, même un boa de deux mètres n’essaiera pas de vous étrangler, encore moins une couleuvre d’un mètre qui peine déjà à manger une souris ! Ensuite, il ne faut pas confondre constriction et pendaison ! Les serpents n’étranglent pas leurs proies. La constriction est d’abord un moyen d’immobiliser la proie : le serpent la saisi avec la gueule, d’un coup sec, puis s’enroule autour rapidement. Dans le cas d’animaux à poumons, la constriction va servir à tuer l’animal en enserrant tout son corps pour stopper la circulation sanguine sur l’ensemble du corps pouvant provoquer un arrêt cardiaque fulgurant. Une fois la proie morte, il desserre son étreinte et l’avale entière. Les serpents comme la Couleuvre vipérine qui se nourrissent de poissons ont la tâche plus ardue : outre le fait qu’un poisson est assez difficile à maitriser car il est glissant et la constriction se montre peu efficace pour bloquer sa circulation, de ce fait, la constriction ne sert pas à le tuer mais à le maintenir pour l’avaler vivant ! Cruel ? Non, le serpent n’a pas le choix ! Une fois repu, il passera par une longue période de digestion, car en plus d’avoir un métabolisme très économe, les serpents digèrent tout, squelette compris. Seuls les poils et les dents sont rejetés dans les selles. Ils optimisent ainsi leurs captures en recyclant au maximum ce qu’ils ont avalé et peuvent tenir des semaines ou des mois sans manger.

Certains reptiles ont développé des spécialisations alimentaires parfois étranges mais qui leur ont permis d’occuper une niche écologique spécifique et de s’attaquer à des proies ignorées par les autres animaux. Parmi ces spécialistes, il y a les ophiophages qui se nourrissent presque exclusivement d’autres serpents comme le cobra royal ou le Mussurana (Clelia clelia). Certains serpents ont opté pour des proies assez particulières : Pareas carinatus, une couleuvre originaire du sud-est asiatique, se nourrit d’escargots. Plutôt difficile de manier une fourchette à escargots quand on n’a pas de pattes ! En fait, ce serpent au corps très fin mord d’abord l’escargot quand il est hors de sa coquille. Par reflexe, le gastéropode se rétracte, bien agrippé le serpent est tiré avec lui et une fois dans la maison de l’escargot, il l’avale lentement, le détachant des parois internes de sa coquille. Dans la catégorie « pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué », voici Fordonia leucobalia, un serpent asiatique qui se nourrit de crabes des mangroves. Bien

entendu, sans pattes, inutile de lui proposer une pince à crabes et ce serpent est bien incapable de briser la carapace des crustacés ! On ne voit pas non plus comment il pourrait avaler un crabe vivant en entier[7] ! L’astuce est de s’attaquer aux crabes juste après qu’ils aient mué, quand leur carapace est encore molle comme une éponge… il est alors possible de les avaler après s’être débarrassé des pattes qui se détachent facilement. Enfin, les serpents mangeurs d’œufs du genre Dasypeltis n’ont certes pas besoin de tuer leurs proies – des œufs d’oiseaux – mais ça ne rend pas les choses plus faciles pour autant. Quand on voit la silhouette filiforme de ce serpent et l’œuf bien plus gros que lui, on se demande comment l’un va rentrer dans l’autre. La capacité de distension de leur gueule est impressionnante, et une fois que l’œuf a passé la mâchoire, une excroissance des vertèbres, l’apophyse, va faire pression sur la coquille de l’œuf à travers l’œsophage pour le fendre. Le contenu de l’œuf se déverse dans l’estomac et le serpent recrache la coquille vide.

La spécialisation alimentaire existe aussi chez les lézards. Nous avons déjà évoqué le Moloch qui se nourrit exclusivement de fourmis. On peut aussi citer le scinque à langue rose (Cyclodomorphus gerrardii), qui vit dans les forêts humides de l’est de l’ Australie et ne se nourrit quasiment que de gastéropodes, abondants dans ces forêts humides. Comme beaucoup de gros scincidés, il a une puissante mâchoire et brise d’un coup la coquille des escargots comme vous croqueriez une cacahuète. Avec sa langue, il se débarrasse des débris.

Le végétarisme chez les reptiles est rare, on pourrait le ranger dans la spécialisation alimentaire. Bien que la plupart des tortues terrestres soient végétariennes, de même que certaines espèces de tortues aquatiques et marines, cela ne représente pas la majorité des chéloniens. Idem chez les lézards : seuls les Iguanidés (une soixantaine d’espèces), quelques très rares agames (Uromastyx spp.), les grands lacertidés des îles Canaries et de très rares scincidés (Corucia zerbrata, Tiliqua rugosa) se nourrissent à plus de 90% de végétaux. Il existe aussi des espèces omnivores, souvent opportunistes, qui selon les saisons se nourrissent en majorité de végétaux ou d’insectes. Dans de rares cas, une population isolée d’ une espèce normalement insectivore peut devenir végétarienne par nécessité car les proies vivantes ne sont pas assez nombreuses : c’est le cas des Lézards ocellés de l’île d’Oléron dont l’alimentation, en fonction de la saison, se compose essentiellement de baies sauvages.

La rareté du végétarisme peut sembler paradoxale : en effet, se nourrir de végétaux est plus facile que de chasser des proies. Sauf que les végétaux sont une nourriture pauvre pour un animal, notamment en protéines et en lipides. Ils sont de surcroit difficile à digérer et à assimiler. Même si les reptiles végétariens sont adaptés à ce type de nourriture (colon très développé, flore bactérienne importante, pour certains une dentition adaptée) cela reste limité et aucune comparaison n’est possible avec les mammifères végétariens comme la vache qui possède plusieurs estomacs. Pourtant, le végétarisme a permis à ces espèces d’occuper des niches écologiques que des insectivores n’utilisent pas. Sur les îles en particulier, où la concurrence entre insectivores est rude, être adapté à une alimentation végétarienne affranchit de cette concurrence. De ce fait, un bon nombre de reptiles végétariens sont insulaires.

trouve dans certains aliments, il leur faut donc du soleil ou un éclairage artificiel fournissant des UVA et B.

Les tortues aquatiques comme la tortue dite « de Floride » ou Trachemyde à tempes rouges (Trachemys scripta elegans) sont des omnivores. Les crevettes séchées qui furent vendues avec les pauvres petites Trachemydes – et sont encore vendues pour toutes sortes de tortues d’eau – sont une nourriture calamiteuse qui n’a sa place que dans la poubelle. Elle n’a aucune valeur nutritive ou alors est bourrée de vitamines et minéraux à des doses affolantes ce qui engendre des hypervitaminoses tout aussi dangereuses que les carences. Le but n’est pas le bien-être des tortues mais de vendre des animaux à la mode et de la nourriture le moins cher possible pour rendre le « produit » très accessible. Or, tout comme chez les humains, pour être en bonne santé, il faut manger de tout ! Jeunes, on nourrit les tortues de vers de terre, de gammares congelés (meilleurs que les séchés), de petits poissons ou morceaux de poissons, de petites larves, de morceaux d’escargots… Puis quand elles deviennent de plus en plus omnivores, on agrémente alors leur alimentation de feuilles de pissenlit, de frisée ou de plantes aquatiques.

J’entends souvent comme argument en faveur de la laitue et autres crevettes séchées : « mais ma tortue aime ça, donc c’est bon pour elle ». Moi j’aime le chocolat, mais si je ne mangeais que ça, ce ne serait pas bon pour ma santé ! Une tortue qui a faim mange ce qu’elle trouve, elle ne se pose aucune question, c’est à son soigneur de s’en poser ! D’ailleurs, vu les problèmes d’obésité de nos sociétés modernes, l’Homme est-il plus capable de manger sainement sans recourir aux conseils d’un nutritionniste et autres messages d’avertissement ?

début de saison humide, quand la nourriture est abondante. Toutefois, certaines espèces tropicales se reproduisent presque toute l’année.

Les lézards mâles sont généralement territoriaux et ne tolèrent pas la proximité d’un autre mâle surtout lors de la période de reproduction. Même s’ils disposent de stratégies d’intimidation, comme exhiber un fanon gulaire ou des hochements de tête, les rencontres entre mâles peuvent dégénérer en combats violents. Ces messieurs ne se montrent pas beaucoup plus tendres quand il s’agit de s’accoupler. Chez les varans, c’est plutôt doux : le mâle se couche à côté de la femelle, l’enlace avec les pattes postérieures, parfois aussi avant les antérieures et glisse la base de la queue près du cloaque de la femelle, sans la mordre… Mais chez d’autres espèces comme chez les iguanes, les scinques ou les lézards de nos campagnes, le mâle saisit la femelle à la nuque ou aux flancs avec la gueule pouvant parfois la blesser. Pas très fleur bleue !

Les tortues ne sont guère plus romantiques. Les espèces aquatiques s’accouplent dans l’eau, et si les humains peuvent trouver cela érotique, les femelles tortues doivent supporter le poids du mâle agrippé sur leur dossière. Les tortues marines doivent parfois le subir plusieurs jours durant. Pour les espèces terrestres c’est plus compliqué et acrobatique pour le mâle car la dossière de ces tortues est souvent très bombée et ils ne peuvent pas compter sur Archimède pour leur faciliter les choses. Chez la Tortue d’Hermann par exemple, le mâle courtise d’abord la femelle en lui donnant de violents coups de carapace et en lui mordant les pattes pour la forcer à s’immobiliser.

Quand celle-ci est consentante (ou résignée !), il grimpe sur sa carapace par l’arrière, mais bientôt il se retrouve quasiment à la verticale, essayant tant bien que mal de se tenir avec les pattes antérieures. Le plastron des mâles montre en renfoncement vers l’intérieur, ce qui permet de mieux « s’emboiter » sur la dossière de la femelle, mais ça reste difficile.

Les accouplements des serpents sont généralement sans violence, le mâle se contente de s’enrouler autour de la femelle, même si chez certaines espèces de couleuvres comme les coronelles, il saisit avec sa gueule le cou ou la tête de sa partenaire. Entre mâles, la concurrence est parfois rude : il arrive que plusieurs d’entre eux s’enlacent autour d’une même femelle, sans qu’il y ait pour autant de combats directs comme chez les lézards : c’est le premier qui parvient à s’accoupler qui a « gagné ». On observe quand même chez des espèces comme les vipères européennes des « combats rituels » où les rivaux s’enroulent l’un autour de l’autre en essayant de monter le plus haut possible à la verticale. Il s’agit d’une joute où le plus « fort » renverse son adversaire qui repart sans

une égratignure. Les gentilles et placides tortues terrestres se montrent donc bien plus brutales que les si redoutés serpents !

Au Canada et au nord des U.S.A., les accouplements en groupe de la couleuvre jarretière (Thamnophis sirtalis) font passer les fêtes libertines du Marquis de Sade pour des soirées Tupperware ! A la sortie de l’hiver, quand les températures sont encore basses mais le soleil au rendez-vous, mâles et femelles se retrouvent parfois par centaines dans des crevasses et des fossés afin de s’accoupler. Ils forment un tapis grouillant de serpents : pour qui a peur de ces animaux, c’est un cauchemar ! Les mâles, plus petits que les femelles, sont bien plus nombreux. Ils sont attirés par les phéromones des femelles, mais dans cette confusion et cet enchevêtrement d’écailles, difficile de se frayer un chemin vers le cloaque d’une demoiselle. Certains mâles ont développé une stratégie des plus astucieuses : ils se font chimiquement passer pour une femelle. Un gros mâle se met à émettre des phéromones femelles et des dizaines d’autres mâles se précipitent sur lui et le harcèle. Quand la confusion est à son comble, il cesse d’émettre ces phéromones femelles et se glisse hors de la mêlée pour aller faire sa cour à une femelle bien moins accaparée, ses rivaux dupés et laissés en retrait continuant frénétiquement à se demander « où qu’elle est la madame ? ».

Avec ou sans œufs.

Il est bien connu que les reptiles pondent des œufs, ils sont ovipares. C’est vrai pour la majorité des sauropsides hormis certains squamates qui sont vivipares, c’est à dire que l’embryon se développe entièrement dans le corps de la femelle. Mais attention, il y a œuf et œuf : celui des sauropsides est très différent de celui des amphibiens. L’apparition de l’œuf amniotique est une innovation évolutive majeure dans l’histoire des vertébrés, si importante qu’elle a donné son nom au groupe des amniotes (sauropsides et mammifères).

Les œufs des amphibiens sont constitués d’une très fine membrane incapable de résister à la dessiccation. Dans la plupart des cas ils doivent être pondus dans l’eau ou humidifiés très régulièrement. De plus, les amphibiens passent par un stade larvaire qu’on connaît sous la forme de têtards grouillant dans les mares et les fossés au printemps. Ces têtards se métamorphosent petit à petit en grenouillettes ou en petites salamandres ou tritons. Chez les reptiles, tout le développement se fait dans l’œuf ; quand il en sort, le nouveau-né est totalement formé et autonome. Déjà, l’étanchéité de la peau des reptiles fut une innovation qui leur a permis de conquérir des milieux secs inaccessibles aux amphibiens. Les œufs des reptiles ont connu une adaptation analogue, ils sont protégés par une coquille calcifiée qui réduit les pertes en eau et les protègent. Ces œufs ont encore besoin d’une certaine humidité mais rien de comparable à ceux des amphibiens. A l’intérieur de cet œuf il y a différents liquides, dont le vitellus – le jaune – qui apporte tous les éléments nutritifs à l’embryon.

L’œuf est généralement pondu sous terre, soit enfoui profondément dans un terrier comme chez les grands iguanes, soit dans une petite excavation peu profonde. Le lézard des murailles préfère déposer ses œufs sous une pierre posée au sol, on en trouve ainsi parfois en soulevant une vieille dalle oubliée au fond du jardin. La Couleuvre à collier apprécie particulièrement les tas de végétaux comme les tas de feuilles mortes ou de tontes de gazon. Les tortues comme la Cistude d’Europe ou la Tortue d’Hermann creusent un trou dans le sol avec leurs pattes arrière. Une fois les œufs déposés, elles tassent la terre et tentent de dissimuler l’emplacement du nid. Parfois, la femelle urine dessus, sans doute pour apporter de l’humidité. Les geckos pondent des œufs collants, généralement deux par ponte, qu’ils fixent entre les anfractuosités des rochers ou des troncs d’arbres, mais aussi sur les murs des maisons. On peut ainsi facilement observer des pontes de geckos formées de petits œufs blancs et tout rond, allant souvent par paire, collés aux murs des habitations antillaises.

Les embryons de reptiles ont besoin de chaleur pour se développer. Les femelles prennent donc un grand soin à bien choisir le site de ponte. Il devra y faire assez chaud pour que les petits puissent se développer mais pas trop non plus sinon les embryons dépérissent. Il faut également que la ponte soit à l’abri des inondations, des prédateurs… En général, l’incubation dure deux à trois mois, mais chez de nombreux caméléons et varans elle peut dépasser six mois.

Chez les tortues, les crocodiles et certains lézards comme les geckos, la température d’incubation détermine aussi le sexe de l’embryon. L’action d’hormones sensibles à la température fixe les caractères sexuels à un moment donné de son développement. Dans le cas des tortues par exemple, à basse température (en général entre 22 et 27°C) on obtient surtout des mâles, à température plus élevée (29-32°C) surtout des femelles, et entre les deux se situe la « température pivot » (entre 27 et 29°C) où se développent autant de mâles que de femelles. Pour les autres espèces, le sexe est déterminé lors de la fécondation par le mélange des chromosomes sexuels des deux parents comme chez les humains.

La question du choix du site de ponte ne se pose pas pour Zootoca vivipara ou Lézard vivipare dont les embryons se développent dans l’ abdomen de la femelle et naissent « frais et dispos ». Quels avantages ce petit lézard tire-t-il de la viviparité ? Cette espèce est parmi les rares reptiles à vivre dans les régions froides d’Europe du nord. On peut même l’observer au niveau du cercle polaire en Norvège. Il a une des plus vastes répartitions géographique parmi les reptiles terrestres : depuis l’Espagne au Japon en passant par une grande partie de la Russie. La viviparité offre un sérieux avantage en climat froid ou d’altitude, là où la saison chaude est très courte. L’incubation des œufs de reptiles demande de la chaleur pendant plusieurs mois, or dans ces régions froides, des œufs dissimulés dans le sol ou sous une pierre n’auraient pas le temps d’éclore avant l’hiver et seraient perdus. La femelle vivipare devient alors un incubateur vivant qui exploite ses talents en matière de thermorégulation pour en faire profiter les embryons qu’elle porte et ainsi garantir leur naissance à temps. Le Lézard vivipare est très apprécié des herpétologues qui étudient ce mode de reproduction et son apparition, car il a aussi une autre particularité : certaines populations, comme celles vivant dans le sud-ouest de la France, sont ovipares. Ils vivent sous des conditions climatiques permettant le développement des œufs hors du corps maternel. Toutefois, les œufs sont pondus tard, la femelle les garde longtemps dans son abdomen. Cette capacité de retenir plus longtemps les œufs, que l’on observe aussi chez le Lézard des souches, pourrait expliquer comment certains lézards sont passés de l’oviparité à la viviparité.

Le lézard vivipare n’est pas une exception, ne serait-ce que dans nos contrées, les orvets ainsi que les vipères et la Coronelle lisse sont également vivipares. Mais ce n’ est pas tout ! Comme pour la perte des pattes, la viviparité est présente chez différents groupes de serpents et de lézards sans lien de filiation directe entre eux. Elle est apparue de manière indépendante 98 fois au cours de l’histoire de ces reptiles y compris chez des espèces de milieu tropical, non soumis au problème du froid, mais chez qui la viviparité peut avoir d’autres avantages. Certaines familles sont composées uniquement d’espèces vivipares: les lézards épineux de la famille des cordylidés, les boïdés ou les vipéridés par exemple. Chez d’autres, il y a des espèces ovipares et vivipares au sein du même groupe, comme chez les couleuvres, les caméléons ou encore les scinques dont près de la moitié des espèces sont vivipares. Dans certaines familles comme les lacertidés, les agames ou les geckos (diplodactylidés), la viviparité est rare et ne concerne que quelques espèces.

Il existe différents types de viviparité selon l’importance des échanges entre l’embryon et le corps maternel. Il y a des formes de viviparité simples comme chez le Lézard vivipare que l’on nommait il y a encore quelques années l’ovoviviparité, mais ce terme tombe en désuétude. Dans ce cas, l’embryon tire toute sa nourriture du vitellus comme chez les ovipares, il n’y a donc pas d’échanges nutritionnels avec le corps maternel. Les échanges sont uniquement hydriques et gazeux pour hydrater et oxygéner l’embryon. Ce n’est plus le cas chez d’autres espèces où la viviparité est dite « matrotrophique », ce qui signifie « nourrit par la mère ». Les degrés de développement du réseau d’échange avec le corps maternel sont très variables. En général, le vitellus est toujours présent et joue encore un rôle dans l’alimentation de l’embryon. Toutefois, dans le cas du petit scinque américain, Brasiliscincus heati, le sac vitellin a presque disparu et l’embryon tire des échanges avec le métabolisme de la femelle 99% de ses besoins nutritifs.

Elle a fait des bébés toute seule…

La parthénogénèse est un mode de reproduction où la femelle produit des embryons viables sans qu’il y ait eu fécondation avec un mâle. Les jeunes mis au monde ont exactement le même patrimoine génétique que leur mère : ce sont des clones, et en toute logique, ce sont aussi des femelles. Ce phénomène est connu chez certains insectes, l’exemple le plus commun est celui des pucerons, mais aussi des phasmes qui font la joie des instituteurs et de certains terrariophiles. Chez les vertébrés, à l’heure actuelle, la parthénogenèse spontanée n’a été observée que chez certains poissons (chez des requins notamment) et chez les reptiles, mais cela reste rare et seuls les squamates sont concernés.

Comme pour les phasmes, il y a chez les reptiles deux types de parthénogénèse. D’abord les espèces parthénogénétiques exclusives, où les mâles n’existent pas. C’est le cas d’un tégu dont le nom trahi sa particularité : Aspidoscelis uniparens… à parenté unique ! En effet, de cette espèce on ne connaît que des femelles qui perpétuent elles- mêmes l’espèce. Fait étrange, mais courant chez les lézards parthénogénétiques : les femelles pratiquent un faux accouplement entre elles (l’homosexualité existe aussi chez les animaux !) qui ne donne évidemment pas lieu à une fécondation mais qui stimulerait l’ovulation, l’ovule se divisant ensuite de lui-même pour donner un embryon. Il y a ensuite les espèces à reproduction sexuée classique chez qui la parthénogénèse est « en option » : On y observe normalement des mâles et des femelles, qui se rencontrent, s’accouplent, la petite graine etc. Mais il arrive qu’au sein de populations très isolées, dans des vallées inaccessibles ou sur des îles, les mâles se fassent rares voire disparaissent définitivement : les femelles se reproduisent alors par parthénogénèse. Il y eu ainsi d’ étonnantes surprises en captivité chez des espèces dont on n’ avait jamais observé de parthénogenèse en milieu naturel. Les soigneurs et biologistes du zoo d’Amsterdam, cinq années durant, virent une femelle Python molurus produire des œufs fertiles sans s’être accouplée avec un mâle. On sait que certaines femelles peuvent garder le sperme d’un mâle pendant des années et produire des œufs bien après la fécondation, mais là, des analyses ADN ont démontré qu’il s’agissait bien de naissances virginales. Et devinez comment ils ont rebaptisé cette femelle python: « Marie » évidemment ! Pour le Varan de Komodo, plusieurs cas ont déjà été observés dans différents zoos de Grande- Bretagne et des Etats-Unis, à la différence près que les jeunes furent à chaque fois tous des mâles alors que normalement, vu que ce sont des clones de leur mère ce devrait être des femelles. Chez les humains, les femmes portent les chromosomes XX et les mâles XY. Chez les varans c’est l’inverse : la femelle possède le gène qui peut produire des mâles (formule ZW), et la mâle possède deux chromosomes identiques selon la formule ZZ.

La parthénogénèse semble avoir un intérêt adaptatif important : pas besoin d’accouplement, pas besoin de mâle et donc la possibilité de perpétuer l’espèce en toutes circonstances avec un seul spécimen femelle. On pourrait donc se demander pourquoi elle est si rare et pourquoi la reproduction sexuée est la règle chez les animaux.

L’avantage est en fait très fragile car la parthénogénèse empêche le brassage génétique typique permit par la reproduction sexuée. Ce brassage génétique permet de maintenir une grande variété d’individus génétiquement différents, alors que la parthénogenèse tend de fait vers l’uniformité des génomes puisque tous les descendants sont des clones. En cas de maladie épidémique ou de changement de l’ environnement, si tous les individus ont les mêmes caractéristiques génétiques et que ces caractères ne leur permettent pas de survivre à ces agressions, toute la population disparaît. Si la population est génétiquement très variée, il y aura toujours une partie de cette population qui aura dans son génome les allèles[8] adaptés à la situation. Même si la majorité des individus s’éteignent, ceux qui auront « les bons allèles » passeront le filtre de la sélection naturelle et assureront la survie de l’espèce. La diversité génétique et le métissage intra-spécifique renforcent donc les espèces et non les affaiblissent.

Parents indignes ?

La majorité des reptiles abandonnent leur progéniture après la ponte ou la naissance pour les vivipares. On pourrait facilement les traiter de parents indignes, mais contrairement aux jeunes oiseaux ou mammifères qui ne peuvent se nourrir seuls à la naissance, les jeunes reptiles n’ ont absolument pas besoin de leurs parents, ils savent se débrouiller dès leur premier jour.

Les soins parentaux sont donc très rares chez les reptiles non aviens alors qu’ils sont la règle chez les oiseaux et les mammifères. On trouve néanmoins des comportements de garde des pontes chez les crocodiles et quelques squamates, en particulier chez les pythons. Les femelles pythons couvent leurs œufs, en s’enroulant autour de la ponte pour la protéger de toutes sortes d’agression mais aussi pour ajuster au mieux la température. Pendant toute l‘incubation, qui dure deux à trois mois, la femelle ne mangera pas. Chez certains lézards comme les petits scinques nord-américains du genre Plestiodon, on remarque également des comportements de protection de la ponte, protection relativement limitée car ces petits lézards abandonnent leur ponte si un agresseur visiblement trop dangereux attaque le nid.

Tiliqua rugosa, un gros scinque à langue bleue vivipare d’Australie (celui de la légende aborigène), a la réputation d’être monogame : les mêmes couples se reformant d’une année sur l’autre. Une fidélité qui ferait pâlir de nombreux couples d’Homo sapiens, une étude ayant en fait permis d’observer un couple de ces lézards qui fêtent leurs noces d’acajou : 27 ans de retrouvailles fidèles ! Il est aussi connu pour porter des soins aux jeunes. Amants fidèles et parents modèles ? Non pas vraiment car l’amour n’y
est pour rien, ce sont avant tout des « stratégies » de survie. La vie en couple servirait surtout pour ces lézards assez lents, à surveiller conjointement les environs : l’un regarde aux alentours quand l’autre se nourrit et vice-versa. Une coopération pour se prémunir des prédateurs. Il a également été montré que les couples qui se connaissent déjà depuis des années montrent un succès reproductif supérieurs aux couples en « lune de miel ». Quant aux soins parentaux, ils ne sont pas très actifs, les jeunes restent plusieurs semaines avec leur mère, mais elle ne s’occupe pas d’eux.

Le cas du Scinque géant des îles Salomon (Corucia zebrata) est différent : la femelle ne met au monde qu’un ou deux jeunes qu’elle garde vraiment avec elle, les protégeant des intrus avec témérité. La structure sociale de      ces scinques est

matriarcale :   plusieurs femelles,

généralement proches parentes, vivent ensemble avec leurs jeunes. Les mâles sont tenus à l’écart, n’étant tolérés que lorsque la femelle ne s’occupe plus de son rejeton et est prête à s’accoupler à

nouveau. Membres de même famille se reconnaissent et une femelle protégera avec la même vigueur un « neveux » ou une « nièce ».

Il a été également observé des structures familiales basiques chez d’autres scinques (Egernia spp.) où jeunes de l’année et adultes cohabitent, les jeunes profitant de l’expérience des adultes en matière de repérage des prédateurs et de fuite. Mais la tolérance a ses limites, après un certain âge, les adultes chassent les jeunes en particulier les mâles. Les scincidés sont les seuls squamates qui ont développé ce type de structures familiales, toutefois, ces découvertes sont assez récentes, jusque-là le comportement social des reptiles était considéré comme trop basique pour être étudié, les scientifiques s’apercevant maintenant qu’il n’en est rien.

Chez les tortues, les soins parentaux sont très rares. Des comportements de défense du nid sont connus chez deux espèces terrestres au moins, mais sans que cela se poursuive après la naissance. Les connaissances en la matière restent néanmoins à approfondir et chaque année on en sait un peu plus sur les comportements parentaux de certains chéloniens. En 2012, des comportements de soins parentaux prolongés ont été observés chez une grosse tortue aquatique d’Amazonie (Podocnemis expansa) dont les femelles gardent les nids, creusés sur les rives sablonneuse, en compagnie d’autres
femelles. Comme chez les crocodiles, les nouveau-nés émettent des sons avertissant leur mère qu’ils ont éclos. Plus tard, les femelles entament une migration vers les forêts inondées, accompagnées des jeunes tortues.

La guerre des doyennes…

Les reptiles montrent d’incroyables capacités d’adaptation au milieu, en partie grâce à leur ectothermie et à leur métabolisme lent, champions de l’ économie d’ énergie ou de l’ascétisme comme ces boas ou pythons qui peuvent rester un ou deux ans sans se nourrir. Les tortues quant à elles, sont connues pour leur longévité remarquable, certaines étant les doyens des vertébrés. Elles sont réputées pouvoir vivre plus que centenaires, cependant, l’espérance de vie dans la nature est beaucoup plus courte : seules 1% des Tortues d’Hermann du sud de la France atteignent l’âge de 50 ans. Chez les tortues aquatiques la longévité est généralement moins spectaculaire, entre 15 et 30 ans selon les espèces, citons toutefois la Cistude d’Europe qui peut vivre une cinquantaine d’années avec des records de 100 ans !

Comme pour la taille des serpents géants, les histoires de tortues qui ont vécu plus vieilles que Mathusalem sont à prendre avec des pincettes. Voici par exemple l’histoire de Tu’i Malila, une tortue radiée (Astrochelys radiata) qui aurait été offerte au roi des îles Tonga par le célèbre capitaine James Cook en 1777… et qui ne serait morte qu’en 1965 (la tortue, pas le capitaine. lui il est mort en 1779). Une photo la montre en compagnie de la reine Elizabeth II lors d’une visite aux Tonga en 1953. Sa dépouille a été naturalisée et conservée, mais rien ne prouve que la tortue morte en 1965 soit celle offerte 188 ans plus tôt ! Ce record de longévité est disputé avec Adwaita, une tortue géante des Seychelles morte à Calcutta en 2006 et qui serait née en 1750, mais là encore ce n’est pas prouvé scientifiquement. Quant à Harriet, une tortue géante des Galapagos, elle est morte dans un zoo australien en 2006 à l’âge estimé de 175 ans ! Kiki la Parisienne, doyenne des tortues géantes du jardin des plantes, a rejoint ses copines fort ridées au paradis des tortues en décembre 2009 à un âge estimé à 146 ans. Enfin, le 24 juin 2012, Lonesome George est découvert inanimé. Non, ce n’est pas un vieux bluesman du Delta au visage buriné par le whisky (quoique en voyant sa tête. ) mais une tortue géante de l’île Pinta – Chelonoidis nigra abingdoni – qui vivait au Darwin Research Center, aux Galapagos. Lonesome George fut découvert et capturé en 1972, on estimait alors son âge à 100 ans. Il était emblématique parce que réputé être le dernier spécimen de sa sous-espèce qui par conséquent, se serait éteinte avec lui. Ou pas ! En effet, quelques mois plus tard, des investigations génétiques sur des tortues vivant sur d’autres îles des Galapagos ont montré qu’il restait encore des C. n. abingdoni (dont certaines sont des hybrides) introduites sans doute par des marins à l’époque où ces tortues servaient de nourriture.

Entre Gustave le tueur et les cousins de Lonesome Georges au bord de l’extinction, les reptiles semblent aussi dangereux qu’en danger. L’Homme se sent menacé par les serpents ou les crocodiles, les considèrent comme nuisibles ; en même temps, ils sont abondamment chassés, prélevés, vendus sous toutes leurs formes ; leurs habitats sont incendiés, pollués, rasés, bétonnés, labourés… Qu’en est-il des relations entre l’humanité et les reptiles aujourd’hui ? Qui menace qui ?

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *