Des reptiles ? Quelle horreur ! Chapitre V

V : Qui est un loup pour qui ?

« Le loup est un loup pour le loup. L ’homme est bien pire : un homme pour l ’homme ! ».

Yves Paccalet – « L’humanité disparaîtra, bon débarras ! »

Les reptiles sont-ils une menace ?

Pour beaucoup de gens, les reptiles tels que les serpents, les varans ou les crocodiles, sont malfaisants… au sens littéral du terme : qui font le mal intentionnellement. La scène typique d’un film d’aventure est celle de l’héroïne qui dort paisiblement dans des draps de soie. Un méchant (avec une tête de méchant) dépose un serpent dans la chambre.

Celui-ci, qui fait ksss ksss, se glisse comme par hasard sous les draps de la belle et la mord ; l’héroïne succombe en quelques secondes. Argh ! Image caricaturale du serpent utilisé comme une arme, qui va mordre volontairement un humain, comme si son instinct lui commandait de nuire au singe le plus répandu sur Terre, que c’est sa raison d’être et c’est normal car après tout, c’est le diable incarné ! Pourtant, les reptiles potentiellement mortellement dangereux sont une infime minorité : moins de 1% des espèces. L’écrasante majorité d’entre eux sont de petites bestioles totalement inoffensives.

Il y a une certaine fascination morbide autour de la dangerosité des serpents. Les passionnés de reptiles se retrouvent souvent confrontés à cette question : « quel est le reptile le plus dangereux au monde ? » Ces passionnés sont toujours un peu déçus de voir qu’on ne s’intéresse qu’au côté dangereux de ces animaux et peu aux autres aspects véritablement intéressants de leur biologie et de leurs comportements. Toutefois, il est important d’y répondre et d’analyser la menace, réelle ou ressentie, que peut représenter un reptile car cette menace est particulièrement anxiogène pour beaucoup de gens. L’angoisse d’être agressé, piqué, mordu ou dévoré par un animal nous a tous un jour habité, elle nous habite encore, elle en obsède certains et les rend malade, elle permet à d’ autres de vendre du papier ou des films, elle conditionne notre rapport avec la nature. Mais la dangerosité d’un animal, quel qu’il soit, est une notion extrêmement relative et complexe. Ca dépend d’un grand nombre de facteurs : Est-ce une espèce venimeuse et son venin est-il fortement ou faiblement toxique ? Peut-on soigner les envenimations ? Quel est son comportement vis à vis de l’Homme ? Est-il agressif ? Craintif ? Quelle est la probabilité de rencontrer cet animal ? Tous les spécimens sont-ils dangereux ? N’ y a-t-
il pas des situations ou des comportements à risques qui rendent l’animal plus dangereux ? Car la dangerosité d’un animal dépend de l’espèce mais surtout des circonstances d’une rencontre. Bien sûr il y a les statistiques, les chiffes, le nombre de victimes qui sont des critères d’évaluation, mais comme nous le verrons, ces chiffres – quand ils sont comparés à d’autres et placés dans un contexte précis – peuvent trahir non pas un danger qui ne mettrait que les reptiles en cause, mais également l’incapacité de l’Homme de se soucier de la santé de ses propres congénères.

Avec les requins, les serpents venimeux sont sans doute les animaux qui font le plus peur et que l’on considère comme les plus dangereux pour l’humain. Pour beaucoup de gens, tous les serpents sont venimeux ou dangereux d’une manière ou d’une autre. Pourtant, sur les 3 400 espèces de serpents, seule une cinquantaine ont un venin suffisamment toxique pour tuer un homme dans les conditions naturelles d’ envenimation. La taille du serpent n’a rien à voir avec la toxicité de son venin : la petite Vipère heurtante, Echis carinatus, fait plus de victimes que le grand Cobra royal. De plus, un animal ayant un venin très puissant n’est pas forcément très agressif ni « mordeur » : les serpents marins comme le Tricot rayé (Laticauda spp.), ont un venin très toxique, potentiellement mortel pour l’Homme, et pourtant ils sont très pacifiques et ne mordent jamais les plongeurs qui les croisent, les herpétologues pouvant même les manipuler sans problème. Enfin, beaucoup de serpents venimeux s’affichent en tant que serpents venimeux, entre les crécelles des crotales, les collerettes des cobras et les couleurs vives du serpent corail, la plupart avertissent tout agresseur qu’ils sont dangereux et qu’il vaut mieux passer son chemin. La plupart évitent également l’Homme tant qu’ils le peuvent, mais parfois la confrontation est inévitable… Il n’y a que lorsqu’il est acculé ou surpris que le serpent mordra sans crier gare.

Qu’en est-il en France et en Europe ? Craint-on pour sa vie en se baladant dans la garrigue ou les landes bretonnes, là où vivent des vipères ? Les astuces pour éviter la rencontre avec les vipères sont diverses et variées, hormis les folkloriques et inutiles incantations en latin ou morsures d’un pied de fougère, la plus connue de nos jours est celle qui consiste à faire du bruit avec un bâton pour les faire fuir. Peut-être que cela marche, mais en tout cas, la vérité est bien plus simple : les vipères ne s’intéressent absolument pas à vos mollets ! Elles n’attendent pas tapies dans les hautes herbes que vous passiez pour vous mordre avec un plaisir sadique. Tout d’abord, pour une vipère comme pour tous les serpents venimeux, le venin sert à tuer ses proies et donc à se nourrir. Il lui est précieux et l’injecter dans les mollets d’un humain, c’est du gâchis vu que nous ne constituons pas un repas potentiel. De plus, les vipères de France sont des serpents très calmes et craintifs tant qu’on ne les agresse pas : la plupart des morsures se produisent quand quelqu’un marche sur une vipère ou qu’il l’a touché, volontairement ou non. Vous pouvez passer à un mètre d’une vipère qui se réchauffe au bord d’un chemin sans qu’il ne se passe quoi que se soit, sans même que vous la remarquiez. Ainsi de nombreux espaces naturels, fréquentés par les familles qui font leur promenade du
dimanche sont aussi fréquentées par les vipères, sans qu’il n’y ait jamais eu le moindre accident.

La mode est de balancer des chiffres pour appuyer un discours : alors envoyons les chiffres ! Statistiquement, le « danger vipère » est ridiculement faible. On dénombre entre 1 000 et 2 000 morsures de vipère par an en France. Ce chiffre semble important, cela fait environ 3 à 6 morsures par jour. Mais les statistiques des autres causes d’accidents en France le relativisent fortement: 660 000 accidents du travail chaque année selon l’INRS (soit 2 000 par jour !), 500 000 morsures de chiens par an selon Centre de Documentation et d’Information de l’Assurance, 70 000 blessés sur la route selon la sécurité routière… De plus, les vipères frappent souvent à blanc, c’est à dire sans injecter de venin, ainsi « les morsures de vipères ne sont à l’origine d’envenimation qu’une fois sur quatre (le plus souvent moins), et seulement 20% des envenimations sont graves et nécessitent une prise en charge hospitalière » précisent les herpétologues Jean-Pierre Vacher et Michel Geniez (2010). Le nombre annuel de décès va de zéro à 3 par an ce qui est extrêmement peu par rapport à la psychose que ces animaux peuvent provoquer et au nombre de français et de touristes étrangers qui arpentent nos belles campagnes ! Vous avez bien plus de chances d’être mortellement atteint par la foudre que de succomber à une morsure de vipère. Les abeilles guêpes et frelons font plus de victimes. de même que les accidents de chasse : 57 morts sur la saison 2012-2013, 47 sur celle 2013-2014. dont de simples promeneurs, automobilistes, absolument étrangers à la chasse comme en novembre 2014 quand un homme se pris une balle en plein tête alors qu’il était dans sa fourgonnette sur l’autoroute A31 ! Enfin, sachez que les sérums antivenimeux sont très efficaces, les secours peuvent arriver rapidement en tous points du territoire, les soins sont rapides et les rares cas de décès suite à une morsure concernent surtout des personnes gravement allergiques aux venins.

Chez nos voisins européens, les chiffres sont sensiblement les mêmes. En Italie, où l’on trouve les mêmes espèces de vipères qu’en France, l’institut supérieur de la santé de Rome a comptabilisé très précisément 2 329 personnes admises dans les hôpitaux du pays suite à une morsure de serpent entre 1980 et 1984. E. Pozio a dénombré 286 envenimations, seules 1% ont été fatales. Dans les autres pays méditerranéens comme la Grèce, la Croatie ou l’Espagne, le nombre de décès annuels n’est pas plus élevé qu’en France.

Aux U.S.A., Selon le Departement of Wildife Ecology and Conservation de l’université de Floride (statistiques issues de leur site internet), environ 7 à 8 000 morsures de serpents sont enregistrées chaque année, avec 5-6 décès par an seulement. Pourtant, on dénombre dans ce vaste pays 19 espèces de vipéridés (crotales) et d’élapidés (serpents corail et mocassins). Pour comparaison : les chiens « yankees » causeraient 21 décès, les hyménoptères 53, autant que la foudre… Quant aux accidents de la route, au pays où les chevaux vapeur sont rois, ils font plus de 37 500 morts ! Les décès suite à des morsures de serpents sont si rares que le célèbre site Wikipédia[9] publie les noms des victimes par décennies ou par années avec les circonstances exactes de leur décès. Dans de très nombreux cas, ce sont des personnes qui ont manipulé ces animaux ou qui ont tenté de les tuer. Celui du pasteur Wolfrod est particulier : il s’est fait mordre lorsqu’il manipulait un crotale pendant l’office religieux, le 28 mai 2012. L’exhibition de serpent étant une coutume chez certains pentecôtistes. Sauf que ça lui a coûté la vie. Son père était aussi décédé d’une morsure de serpent en 1983. Décidément, chrétiens et serpents ne font pas bon ménage !

Faisons un bon encore plus loin pour aller voir en Australie. Le pays des kangourous compte 90 espèces de serpents venimeux, tous des élapidés, dont certains ont un venin particulièrement toxique. Selon l’Australian Research Venom Unit de l’université de Melbourne, il y aurait un millier de morsures chaque année, 300 font l’objet d’un traitement par anti-venin, la mortalité est de 4 décès maximum par an.

En revanche, quand on regarde les chiffres de l’Inde, on est dans une toute autre échelle : 50 000 décès annuels ! L’Asie tropicale est la région du monde qui paie le plus lourd tribu aux morsures de serpents venimeux (70% des décès dans le monde), suivie par l’Afrique (20%) et certains pays de l’Amérique du sud.

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (O.M.S.), il y aurait 5 millions de morsures par an dans le monde dont la moitié est à blanc. Le nombre de morts annuel est estimé entre 100 000 et 150 000 personnes, même si d’autres sources donnent des chiffres très inférieurs à 100 000. Selon J-P Chippaux de l’Institut pour la Recherche et le Développement (I.R.D.), 80% des décès dus à des animaux dans le monde sont le fait d’envenimation de serpents. Cependant, ce n’est pas l’animal qui s’en prend le plus à l’Homme : Si on prend le total des « agressions » d’animaux sur les humains, les insectes sont largement dominants et les serpents ne représentent que 10%. De plus, il s’agit là de morts directement imputables à l’animal, à son venin. Si on inclue dans ce taux de mortalité les maladies graves véhiculées par les animaux, les proportions changent radicalement. Le moustique devient alors l’animal qui fait le plus de victimes dans le monde : 2 millions de décès dus aux infections qu’il véhicule dont plus de 655 000 rien que pour le paludisme (O.M.S. 2010).

On constate donc une terrible inégalité géographique : les serpents sont un danger totalement insignifiant dans certains pays comme la France ou les Etats-Unis, mais un danger bien réel et meurtrier en Asie et en Afrique. Qu’est-ce qui explique une telle différence ? D’abord, la diversité d’espèces venimeuses et la densité de serpents qui est bien plus importante en Inde ou dans les pays tropicaux en général, que sous les climats tempérés et notamment en Europe. Nonobstant, malgré la présence d’ espèces très venimeuses dans certains pays comme l’Australie, le taux de mortalité n’est pas plus élevé qu’en France.

Il y a donc d’ autres facteurs plus déterminants comme la densité de population : l’Australie a une faible densité de population (1,45 habitant au kilomètre carré) alors que l’Inde, moitié moins grande que l‘Australie, mais peuplée de plus d’un milliard d’habitants affiche une densité de 329 habitants au kilomètre carré ! La probabilité pour un serpent de croiser un humain est beaucoup plus élevée. La vie rurale est un aussi un facteur de risque aggravant : en Afrique, 85% des victimes sont des ouvriers agricoles. Les pays industrialisés sont davantage citadins, et éloignés donc du risque de contact avec des serpents venimeux qui vivent dans la nature même si, avec l’urbanisation galopante, beaucoup de serpents et autres reptiles s’ aventurent en ville, celle-ci grignotant leurs territoires. Il y a enfin un autre facteur important, si ce n’est le plus important : le système de soins d’un pays et son accessibilité. Accès à des hôpitaux équipés et où travaillent des médecins formés, réseaux de secours d‘urgence rapides, moyens de communication facilement accessibles, sérums antivenimeux en quantité et administrés gratuitement… C’est la performance du réseau médical et l’accessibilité économique des soins en cas de morsure qui permettent à des pays comme la France ou les Etats-Unis d’afficher un taux de mortalité aussi bas. Sans oublier la prévention, car souvent, loin de montrer une paranoïa vis à vis des serpents, certaines populations africaines ou asiatiques ont des conduites à risques. En cas de morsures, trop de gens tardent à se faire soigner, faisant confiance à la médecine traditionnelle qui se montre souvent inefficace. J-P Chippaux constate que 50 à 90% des personnes mordues en Afrique sub-saharienne s’adressent au médecin traditionnel avant d’aller au dispensaire. Mais même en s’adressant à un médecin qualifié, la partie n’est pas gagnée puisque « le traitement est mal codifié et reste méconnu de la plupart des agents de santé. Le sérum antivenimeux, seul traitement étiologique efficace, est inaccessible. Moins de 1% des besoins sont actuellement pourvus et le coût du traitement correspond à plusieurs mois de revenus d’ une famille de paysans » explique le chercheur de l’I.R.D., estimant que la mortalité dans les pays africains pourrait être baissée de 90% en dix ans si seulement les médecins et dispensaires déjà existants étaient tous approvisionnés en sérum antivenimeux et si les soins étaient gratuits. Sur son site internet, l’O.M.S. (2010) cible également le manque de données claires sur les besoins des populations à cause de l’absence de réseaux de santé nationaux, l’état de guerre permanent, des régimes totalitaires verrouillant l’information ou l’insécurité qui règne dans certains pays. L’O.M.S. renvoie un discours pessimiste sur l’évolution de la situation : « Pour certains sérums, on a assisté à une augmentation spectaculaire des prix au cours des 20 dernières années et les traitements sont devenus inabordables pour la majorité de ceux qui en ont besoin. Cette hausse des prix a encore fait baisser la demande, à tel point que ces traitements sont en déclin sensible ou ont même disparu dans certaines régions. L’arrivée sur certains marchés de sérums inadaptés, non testés, voire contrefaits, a plus généralement sapé la confiance dans ce type de traitement. La rupture d’approvisionnement en sérums antivenimeux est imminente en Afrique et dans certains pays d’Asie ». Au XXIème siècle, pauvreté et absence de systèmes de sécurité sociale égalitaire peuvent être considérées comme les véritables responsables de la mortalité suite à des morsures de serpents. En toute logique, plus le risque est élevé en raison de l’abondance et la diversité des espèces venimeuses, plus les moyens mis en œuvre pour soigner rapidement les victimes devraient être importants, or c’est l’inverse que l’on constate.

Toutefois, on peut aussi se demander : n’ y a-t-il pas moins de morts en France parce que les vipères ont été abondamment chassées voire exterminées ? De ce fait, l’extermination de ces animaux ne serait-elle pas une solution efficace et de salut public ? D’une part, les chasseurs de vipères, après plus d’un siècle d’efforts soutenus par l’Etat, n’ont pas réussi à totalement détruire les quatre espèces de vipères françaises. Alors imaginez dans des pays où ces serpents sont plus nombreux, ce serait un éternel combat, dangereux pour les chasseurs de serpents, bien moins efficace et surtout très coûteux. De plus, cela affecterait la biodiversité et l’équilibre environnemental dont sont dépendants ces populations car les serpents ont leur rôle à jouer en tant que prédateur dans la régulation des animaux comme les rats, ce qui du coup, rend service à l’Homme car du rongeur ou du serpent, l’agriculteur à plus à craindre du premier. Il serait plus efficace de pourvoir le système de santé de sérums et de mettre en place des actions préventives pour limiter les risques. Alors oui, certaines espèces de serpents venimeux représentent un danger pour l’Homme, mais un danger qui pourrait être maîtrisé et grandement réduit sans avoir à détruire ces animaux. Ce sont surtout les rapports sociaux, économiques, bref d’humains à humains, qui sont à remettre en question, pas l’existence des animaux venimeux. Il en va de même pour la rage, qui fait encore 55 000 morts par an dans le monde, surtout des enfants et qui a pourtant été éliminée de notre pays sans que l’on ait exterminé ni tous les renards, ni tous les chiens… L’Homme a souvent les moyens de se prémunir du danger animal, sans tuer l’animal, mais il préfère souvent désigner l’animal

comme bouc émissaire pour ne pas regarder son absence totale d’altruisme envers ses propres congénères et pouvoir continuer à se prendre pour le nombril du monde.

Mangeurs d’Hommes ?

Qu’en est-il des autres reptiles, ces grandes espèces qui font souvent peur : varans, crocodiles, grands pythons et anacondas ? Homo sapiens est un gros mammifère, et seuls les plus grands reptiles non venimeux sont capables de le tuer, voire d’en faire leur casse- croute. Il y a les grands crocodiliens ainsi que les plus grands pythonidés et boïdés, ceux dépassant 4-5 mètres, que l’on compte sur les doigts d’une main : Anaconda vert, Python reticulé, Python molure, Python de Seba et Python amethyste. Enfin, chez les lézards, seul le Varan de Komodo peut potentiellement prendre un humain pour « du mangé ». Tous les autres reptiles sont totalement incapables de dévorer ce gros singe ! En revanche, certains peuvent le mordre et lui infliger de sérieuses blessures, là encore, pour se défendre.

Le Varan de Komodo a souvent été vu comme un mangeur d’hommes, toutefois le nombre de victimes est très faible. D’une part, parce qu’il vit sur des îles peu peuplées et qu’il est peu répandu, ensuite parce que les attaques sont généralement défensives. Il est d’ailleurs difficile de discerner les rumeurs de la vérité même si les attaques de ces dernières années sont plus plausibles car constatées par des policiers ou des gardes du parc national où sont protégés ces lézards. En 2007, un enfant de 9 ans fut tué par un de ces grands lézards, en 2009 c’est un pêcheur qui fut mordu par un varan alors qu’il cherchait des fruits dans la forêt de l’Île de Rinca, il succomba à ses blessures, de même qu’un garde du parc attaqué en 2013. Les attaques concernent souvent des personnes étrangères à Komodo, touristes ou habitants des îles voisines, car les habitants de Komodo, dans le village du même nom, ont toujours cohabité avec un animal qu’ils vénèrent et qu’ils considèrent comme leurs « frères ».

En ce qui concerne les crocodiles, on a que très peu de statistiques vraiment dignes de foi, toutefois, ils sont certainement les reptiles non venimeux les plus dangereux surtout en Afrique. Aux Etats-Unis, les attaques d’alligator sont beaucoup plus rares : Wikipédia détaille là encore une liste de 14 attaques fatales entre 2000 et 2010 ayant presque toutes eu lieu en Floride. Les crocodiles sont évidemment des animaux dangereux… si on prend des risques! En effet, si on sait garder ses distances, ils ignorent la présence humaine, les accidents sont souvent dus à des comportements inconscients ou pire, provocateurs comme ce capitaine d’un hydroglisseur qui faisait visiter les Everglades, en Floride, et qui nourrissait à la main les alligators pour épater les touristes… un jour de 2012, les rôles se sont inversés : c’est lui qui a servi de repas.

De nombreuses histoires circulent sur des hommes découverts dans l’estomac de grands pythons ou de gens dévorés par leur serpent « de compagnie ». Dans la nature, il y

a en effet eu des attaques de grands constricteurs, mais les accidents mortels sont extrêmement rares. Une étude menée en 2011 par Thomas Headland et Harry Greene, auprès des Agta (un peuple de l’île de Negritos aux Philippines, qui vivaient alors de la chasse en forêt), rapporte six attaques fatales de pythons réticulés entre 1934 et 1973. Sporadiquement, l’histoire d’un homme avalé par un serpent dans la jungle thaïlandaise ou la brousse nigérienne apparaît dans les médias ou sur internet. Il y a aussi des montages, des exagérations ou du réchauffage d’anciens faits divers. En 2013, une photo est publiée sur internet montrant un humain avalé par un serpent au Cameroun : mauvais montage photo car l’espèce montrée était un Python améthyste, une espèce asiatique et non africaine… Les serpents mangeurs d’hommes sont comme les anacondas de 10 mètres : beaucoup de rumeurs mais très peu de preuves.

En captivité, les éleveurs qui se font mordre par leur serpent, c’est aussi fréquent que bénin. En général, ce sont de petits serpents non venimeux dont la morsure, certes douloureuse sur le coup, est inoffensive. Les grands pythons et anacondas de plusieurs mètres sont rares mais ce sont des reptiles potentiellement très dangereux, comme peut l’être un pitbull ou un rottweiler : ils ne peuvent pas être laissés entre n’importe quelles mains. Ce qui est à craindre d’une part, c’est la morsure, car si ces serpents ne sont pas venimeux, ils ont tout de même de sacrés dents et leur morsure peut être profonde et grave. Les plus grands spécimens sont également en mesure de tuer un enfant voire un adulte par constriction. Ils ne le feront sans aucune méchanceté, mais sans aucun état d’âme non plus : la faim ou le stress peuvent déclencher une attaque.

Les cas où un grand serpent captif non venimeux a tué un humain sont néanmoins extrêmement rares, beaucoup plus rares que les attaques de chiens. En France, il n’ y a pour l’instant jamais eu d’accident mortel lié à de grands serpents constricteurs. Ces accidents se sont surtout passé chez l’Oncle Sam : huit cas sont recensés entre 1990 et 2008 aux U.S.A. selon REXANO (Responsible Exotic Animal Ownership). Ce sont malheureusement souvent des enfants. Ces accidents, généralement très médiatisées, ont souvent mis en évidence l’incompétence des propriétaires de ces animaux. L’un des plus dramatiques fut la mort d’un enfant en Floride en 2009. Le serpent d’un couple de jeunes gens, un Python molure, s’était échappé de sa boîte et a tué leur petite fille de 2 ans. L’affaire a été portée devant la justice qui a demandé l’avis d’éleveurs professionnels de serpents. Ceux- ci ont montré que l’ accident était inévitable vues l’absence totale de sécurité, les conditions de vie et l’état de santé du reptile qui était très peu nourrit et donc

affamé. S’il avait été maintenu dans les règles de l’art, ce drame aurait été évité. En conséquence, le tribunal s’est retourné contre les parents et les a rendus responsables de l’accident estimant que c’est la maltraitance et leur incompétence qui a poussé le serpent à attaquer un enfant. Au Canada, en 2013, c’est un Python de Seba, une espèce connue pour son irascibilité, qui a tué deux enfants chez le propriétaire d’une animalerie. L’animal, de plusieurs mètres s’était échappé d’un terrarium « fait maison » mal sécurisé. Le propriétaire n’avait pas non plus les autorisations requises pour conserver ce type d’espèces.

La détention de ces géants doit être réservée à des gens spécifiquement formés. Les animaux devraient être hébergés dans des installations hautement sécurisées selon des normes draconiennes et régulièrement vérifiées. La loi française restreint la détention de serpents de plus de 3 mètres aux amateurs ou professionnels titulaires d’un certificat de capacité. Cependant, les normes en matière de sécurisation des locaux sont insuffisantes, de même que les contrôles et surtout, il est facile de contourner ces lois et d’acheter un tel animal : une simple déclaration sur l’ honneur que vous êtes en règle auprès du vendeur suffit, aucun permis n’est à montrer. Il est également très simple d’acheter de jeunes futurs grands pythons ou anacondas dans un autre pays de l’union européenne, les introduisant en France en toute illégalité. L’inconscience criminelle n’est évidemment pas l’ apanage de ces possesseurs illégaux de grands serpents : chaque jour, on peut constater de l’inconscience de l’être humain, de son « j’m’en foutisme » dès qu’il s’agit de la sécurité des autres, que ce soit sur la route en se faisant dépasser des dizaines de fois par jour par des fous du volants qui prennent des risques inconsidérés pour se retrouver devant vous au prochain feu rouge jusqu’à ces chiens dangereux qui se baladent sans muselières dans des lieux publics…

Ces millions de victimes de morsures de serpents et ces faits divers impressionnants semblent démontrer la dangerosité intrinsèque des reptiles, mais en réalité ils montrent l’importante part de responsabilité qu’a l’Homme dans la mortalité due aux attaques de reptiles, qu’ils soient venimeux ou non, sauvages ou captifs. 99% des reptiles sont inoffensifs mais nous nous focalisons sur l’infime minorité de ceux qui sont dangereux, en oubliant que d’autres animaux que nous apprécions, sont cause de bien plus d’accidents. Et surtout nous prêtons aux reptiles une haine naturelle envers l’Homme alors que, comme la plupart des animaux, ils sont totalement dénués de méchanceté comme de cruauté. Ils n’ont aucun instinct de sérial killer misanthrope, ni une agressivité plus virulente envers les humains parce que nous sommes des humains. La haine que beaucoup nourrissent à l’égard des reptiles est à sens unique.

Que faire en cas de morsure?

En face d’un serpent dont on ne peut pas certifier l’identité ou d’un grand reptile, il faut savoir rester prudent, et la meilleure des protections contre les attaques c’est de savoir garder ses distances, ainsi personne ne mord personne. Aussi, on ne peut que conseiller de ne pas tenter d’attraper un serpent… d’ailleurs pour nos espèces indigènes, c’est interdit. La plupart des gens qui se font mordre sont des petits malins qui se prennent pour « Billy l’exterminateur » et veulent attraper un serpent venimeux.

Il est toutefois possible qu’en vous éloignant d’un sentier ardéchois et en vous aventurant dans des broussailles auvergnates, vous marchiez sur une vipère. Mais rassurez-vous, la densité de vipères au km2 est faible et la probabilité que votre pied se pose sur une d’entre elle est réduite. A cela s’ajoute le fait que si la vipère vous a repéré, elle s’en ira avant que vous ne soyez trop près et sans même que vous le remarquiez. Mais bon, admettons que ce n’est pas votre jour et faisons comme J-M. Bigard et sa chauve-souris : vous lui marchez dessus. Agressée, elle vous mord. Si vous avez des chaussures de randonnées hautes et un pantalon, elle va en général taper contre et s’ y casser les crochets (les 2/3 des morsures se situent au bas des jambes). Si vous avez des « pieds nus » et un short, là, les crochets peuvent se planter : ça fait mal, ça fait peur, et impossible de savoir si la morsure est à blanc ou non. La morsure de vipère laisse une marque typique : deux petits trous distants d’environ un centimètre l’un de l’autre, ce sont les trous laissés par les crochets à venin. pas de trous, pas de morsure (ou alors ce fut une couleuvre ou une guêpe ou une ortie).

Si c’est une morsure de vipère, pas de panique ! Vous êtes en France, pays (encore) riche et moderne, vous pouvez donc être sûr qu’on viendra vous secourir. Soit les secours viennent vers vous, soit quelqu’un vous conduira chez un médecin ou vers un hôpital (ne prenez évidemment pas le volant !). Car le venin des vipères françaises ne tue pas en quelques instants ! Il est assez peu toxique en comparaison avec certaines espèces tropicales. Certes, dans les minutes qui suivent un œdème rougeoyant et douloureux se forme autour de la morsure, mais l’évolution est lente et vous laisse le temps de réagir et d’arriver à l’hôpital avant l’apparition de symptômes plus sérieux : vomissements, vertiges, tachycardie. qui n’apparaissent que dans 10 à 20% des cas de morsure. Il faut néanmoins respecter quelques règles qui permettent de ne pas aggraver la situation. La première chose qui vous sauvera la vie c’est de garder votre calme ou de calmer la personne mordue ! Facile à dire en effet, mais si ça peut vous convaincre : paniquer, courir, s’affoler ça fait circuler le sang plus vite et propager le venin. Bien que vous soyez un mammifère, gardez votre « sang-froid » !

On a beau se dire qu’il ne faut pas emmener son portable en vacances ou lors des ballades, il n’empêche que dans ce cas, ça peut aider, même si le taux de mortalité n’était pas plus élevé à l’époque où il n’y avait pas de portables ! Donc, si vous avez un téléphone, composez le 112 (numéro européen de secours au cas où vous préférez les randonnées en Toscane). Même « hors réseau » vous arriverez à joindre le SAMU car les numéros d’urgence utilisent aussi les réseaux militaires, bien plus étendus que les réseaux commerciaux… Vous pouvez même vous permettre d’oublier votre code PIN car ces numéros doivent pouvoir être composés par n’importe qui sans avoir à entrer ce fameux code. Donnez les bonnes infos au médecin régulateur ou laissez quelqu’un d’autre le faire. Pendant ce temps, asseyez-vous, respirez, buvez un peu d’eau. pas d’alcool ! Il faut évidemment bien indiquer où vous êtes pour gagner du temps. Vous aurez peut- être le droit à une promenade en hélicoptère !

Existe-t-il des techniques pour juguler l’envenimation ? Non pas vraiment, enfin si : garder son calme (bis repettita), rester au repos, à l’ombre. si vous avez de la glace ou de l’eau fraîche, appliquez-la sur la plaie pour ralentir la formation de l’œdème et la circulation du sang. Les pompes aspi-venin sont d’une utilité très réduite, autant dire que cela ne sert à rien, de même que la succion de la plaie ou l’incision qui à part provoquer douleurs et infection, ne changera rien à l’envenimation. Quant au truc d’uriner sur la plaie, c’est juste dégoutant. La pire de toutes les idées serait de faire un garrot ! Le venin resterait concentré dans la zone mordue au lieu de se diluer, et la nécrose en serait accélérée : un remède bien pire que le mal ! Retirez vos montres, bracelets et bagues car avec la formation de l’œdème, vos bijoux se transforment alors en garrot.

Une fois hospitalisé, les médecins soigneront avant tout les symptômes (œdèmes, douleurs) et vous donneront des antibiotiques pour éviter une infection, l’ administration d’un sérum antivenimeux se fait rare car elle est souvent inutile.

Reptiles menacés.

Les reptiles ont en réalité bien plus à craindre de l’Homme, que l’inverse. Pourtant, beaucoup de gens sont étonnés de savoir que ces animaux sont menacés. On songe plus aux grands mammifères comme les éléphants qu’à cette faune qu’on croit avoir la peau dure et vivre sous n’importe quelles conditions en lien avec leur image d’animal archaïque donc très robuste. Et pourtant, selon l’U.I.C.N. (Union internationale pour la conservation de la nature) qui étudie la biodiversité et recense les espèces menacées, 145 espèces de reptiles sont en danger critique d’extinction dans le monde, 293 en danger, 364 sont considérées comme vulnérables. Ces chiffres sont incomplets car l’U.I.C.N. ne statue que sur des cas qui ont fait l’objet d’études spécifiques, c’est à dire – dans le cas des reptiles non aviens – 3 663 espèces soit le tiers des espèces connues. De plus en plus d’ études scientifiques montrent que les reptiles sont dans une phase de déclin à l’ échelle mondiale égale voire supérieure à celle des amphibiens, jusque-là considérés comme le groupe zoologique le plus menacé. En 2010, une équipe internationale de chercheurs nigérians, australiens, britanniques, italiens et français dont X. Bonnet, ont comparé les suivis de 17 populations de serpents sur plusieurs décennies. Onze d’entre elles ont montré un déclin important sans espoir de rétablissement, les 6 autres sont stables. « Nos
résultats sont inquiétants et nous encourageons nos collègues à confronter leurs données avec les nôtres. Si nos conclusions s’affirment, les conséquences pourraient être dramatiques », conclue X. Bonnet.

Seules les menaces qui pèsent sur les tortues sont assez bien connues du public car régulièrement médiatisées. En effet, parmi les espèces les plus menacées au monde on trouve beaucoup de chéloniens : les tortues marines notamment, mais aussi des tortues terrestres comme les espèces malgaches ou certaines tortues aquatiques d’Asie. En 2012, l’UICN liste 7 espèces éteintes dans la nature, 32 en danger critique d’extinction, 44 en danger et 58 vulnérables. Les herpétologues parlent de « turtle crisis », la crise des tortues. Hormis quelques espèces très adaptables comme les tortues dites « de Floride », il est possible que la majorité des 344 espèces de tortues disparaissent dans les décennies à venir du moins en milieu naturel. Les crocodiles sont également très vulnérables : l’alligator de Chine, le crocodile de Cuba, le crocodile du Siam (Crocodylus siamensis), le Gavial du Gange sont tous en danger critique d’extinction.

Chez les lézards, les grands iguanes insulaires sont très menacés, en particulier les iguanes terrestres des Caraïbes (Cyclura spp.) dont les effectifs de certaines espèces sont inférieurs à 500 individus. En 2002, la situation de Cyclura lewisi était jugée désespérée car il ne restait que 10 à 25 individus de ce majestueux iguane bleu. A l’issu d’un programme d’élevage en captivité sur l’île de Grand Cayman et dans différents zoos, des jeunes ont été relâchés au sein d’une réserve et en 2011, la population sauvage est remontée à 650 individus. Toutefois, les causes de sa raréfaction restent les mêmes : rats, chats et chiens errants, braconnage, trafic routier… Le reptile le plus menacé du monde n’est donc pas encore sorti d’affaire ! Les espèces comme C. collei ou C. pinguis sont également au bord de l’extinction dans la nature ; d’autres ont déjà disparues comme l’Iguane de l’île de Navassa. Cette île a une histoire bien singulière et dramatique. C’est un caillou plutôt plat mais difficile d’accès, situé entre Haïti et la Jamaïque. Inhabitée et apatride, elle a suscité les convoitises quand on s’est aperçu qu’on pouvait y exploiter le phosphate, composant important des engrais. Finalement, ce sont les Etats-Unis qui ont emporté le morceau en 1857 et exploité ce phosphate, détruisant tout l’écosystème.

L’Iguane de Navassa, Cyclura onchiospis, n’y résista pas : l’espèce est considérée comme éteinte depuis le milieu du XIXème siècle. Mais nombre d’ espèces continentales sont également
très menacées, en particulier celles qui sont inféodées à un milieu spécifique ou occupant une zone géographique restreinte comme par exemple l’Héloderme du Guatemala (Heloderma horridum charlesbotgeri) qui survit dans la vallée de Motagua et dont il reste moins de 200 individus.

Dans l’hexagone aussi les reptiles sont menacés. En 2015, le comité français de l’U.I.C.N. estime que 40% des reptiles de France sont en déclin. Selon la liste rouge dressée par l’U.I.C.N. et le Muséum National d’Histoire Naturelle, sur les 38 espèces de reptiles de France métropolitaine examinées, 9 sont dans la catégorie « vulnérable » ou « en danger ». Le Lézard d’Aurelio, celui du Val d’Aran et la Vipère d’Orsini sont dans cette dernière catégorie et sont donc les espèces plus menacées de France. La Tortue d’Hermann, l’Emyde lépreuse, le Lézard de Bonnal, le Lézard ocellé ainsi que les vipères péliade et de Séoane sont dans la catégorie « vulnérables ». Même des espèces communes comme le Lézard des souches affichent une baisse de leurs effectifs qui l’ont fait entrer dans la catégorie des espèces « quasi-menacées ». Malgré que les reptiles de France soient protégés, on constate que cela ne suffit pas à endiguer leur déclin. Comment les activités humaines peuvent menacer les Reptiles ? Sont-ils protégés et comment ?

Parmi les causes affectant sérieusement les populations de reptiles, il y a d’une part les prélèvements directs dans la nature : on chasse ces animaux pour les éliminer, les manger, utiliser leur peau ou leurs écailles, les exhiber en public, à des fins pseudo­médicinales ou pour les exporter vivants. Mais, comme l’ensemble de la biodiversité, les reptiles sont aussi menacés par la destruction de leurs habitats : pollution, déforestation, dérèglement climatique, ainsi que l’introduction de prédateurs ou d’animaux étrangers causant des déséquilibres dans l’écosystème indigène sans oublier les maladies venues d’ailleurs.

Les statuts de l’UICN.

Sur la base de travaux scientifiques, l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (I.U.C.N. en anglais) établi un statut pour chaque espèce selon le nombre d’effectifs réels ou estimés (en général, si ce sont les effectifs réels, ce n’est pas bon signe !), la régression des populations, les origines de cette régression et les mesures de protection prises dans les pays où vit l’espèce. La majorité des espèces du globe n’ont pas encore fait l’objet d’évaluations, elles sont classées NE (non évaluées) voire DD (Données insuffisantes*). Les espèces dont l’évaluation ne montre pas d’inquiétude (ce qui ne veut pas dire qu’elles ne sont pas en régression) sont en « préoccupation mineure » (LC). En font par exemple partie la tortue « de Foride » ou l’Homme dont c’est plutôt l’expansion qui est préoccupante ! La catégorie « Quasi-menacé » (NT) inclue des espèces dont la réduction des effectifs laisse présager un passage à la catégorie « vulnérable » dans quelques années. Cette catégorie « Vulnérable » (Vu) concerne des espèces où les populations ont fortement diminué les 10 dernières années ou sur 3 générations, de l’ordre de 30 à 50% (entre autres critères). La catégorie « en danger » (En) concerne des espèces dont les effectifs ont encore plus chuté avec un risque très élevé d’extinction à l’état sauvage. La catégorie « en danger critique d’extinction » (CE) est la plus sévère : les effectifs estimés sont inférieurs à 250 voire moins de 50 individus. Enfin, deux catégories d’ espèces éteintes sont distinguées : « éteintes dans la nature » (EW) ce qui signifie que des spécimens existent encore en élevage et « Espèce disparue » (Ex) pour signifier sa complète extinction. C’est ce qui fut le cas par exemple de Bolyeria multocarinata, ou Boa de l’île ronde (près de l’île Maurice), qui fut le seul représentant de la famille des bolyeridés et qui n’a plus été vu depuis 1975. Il n’existe pas de population captive, ce serpent est donc considéré comme éteint depuis 1994.

Vous retrouvez le moteur de recherche de l’U.I.C.N. sur www.iucnredlist.org/search

*Les abréviations viennent des termes anglais, par exemple DD : Deficient Data, NT : Near Threatened.

L’extermination des vipères :

La mauvaise réputation des serpents a poussé les hommes à les tuer, non pour les manger, ni pour leur peau, mais pour les exterminer car on les supposait dangereux et nuisibles, comme ce fut le cas pour loup, le renard, le héron… Jusque dans les années 1970, il existait en France des chasseurs de vipères qui touchaient une prime de l’Etat pour chaque vipère capturée ou tuée. Dans son livre « vipères de France », publié en ce triste mois de mai 1940 qui vit un poison bien plus dangereux se répandre sur le pays, Marie Phisalix, épouse de Césaire, dresse le portrait de ces chasseurs de vipères : « ils étaient tous autrefois de condition très modeste ; le plus souvent, c’était de simples besogneux, sans métier bien défini, sans capacités bien spéciales, épris de liberté plus que du goût du travail et de la bonne chair […]. Occasionnellement ils apportaient leurs captures dans les laboratoires des villes de facultés les plus voisines, où ils espéraient quelques contribution, après avoir promené leurs boîtes à reptiles parmi les populations rurales, aussi ébahies qu’effrayées. » Tous les chasseurs de serpents ne les tuaient pas, certains ne faisaient qu’attraper les vipères pour les rejeter ailleurs, dans des lieux isolés de la présence humaine. Le métier de chasseur de vipères était souvent peu lucratif : la subvention pour une vipère se situait entre 25 et 50 centimes à la fin du XIXème siècle. En 1939 elle s’élevait à 15 francs, puis jusqu’à 40 francs en 1955, ce qui équivaudrait aujourd’hui à 80 centimes d’euros selon le convertisseur de « pouvoir d’achat » de l’INSEE.

Pourtant, certains chasseurs connurent le succès, rédigèrent même des traités sur le sujet et revendiquaient plus de 1 000 serpents capturés chaque année. François Jourdy a ainsi publié un livret « chasseurs de vipères » dont le slogan est : « honneur à celui qui sème le bien ». Il se targue notamment d’avoir obtenu deux médailles d’or en 1954 et 1956 et d’avoir capturé en une heure 64 vipères le 24 mars 1955 dans le département de la Loire. Ce livre montre à quel point ces chasseurs étaient considérés comme des destructeurs de nuisibles. Ils étaient estimés de la population et des autorités, et même si certains propos élogieux sont peut-être exagérés car il s’agit d’un livret à vocation publicitaire, Jourdy cite quelques remarques de responsables locaux, de médecins ou de journalistes comme cette citation issue du journal le Rouergue républicain : « Les Municipalités comme les particuliers doivent encourager les chasseurs de vipères. Passants, arrêtez-vous devant la caisse aux vipères et ne regrettez pas le geste que vous ferez en faveur des chasseurs ». Le paradoxe de ce fascicule est que, plus loin, le chasseur relativise le danger même des vipères : « ce n’est qu’exceptionnellement, et pour se défendre, qu’elle use de son venin contre de gros animaux ou des humains. Car la vipère qui se chauffe au soleil ne désire rien tant que d’avoir la paix »… Plus tard, en gros caractères, une belle contrevérité « toute morsure de vipères non soignée est mortelle ». Faux ! Puisque qu’un quart des morsures seulement donne suite à une envenimation.

Le nombre de serpents capturés ou tués se comptaient en dizaine de milliers chaque année. Les naturalistes lorrains Michel Renner et Stéphane Vitzhum citent les années 1903 et 1904 avec respectivement 5 327 et 2 924 vipères tuées dans les Vosges. En 1910, un certain Jean Martin, revendiqua 12 032 vipères capturées en 6 mois en Auvergne (Le Progrès, 19/08/2012). Dans son « guide des reptiles de France », l’herpétologue Jacques Fretey parle de « génocide » en citant le massacre de 18 457 vipères dans la seule forêt de Fontainebleau en 1912. Il n’y a pas de chiffres à l’échelon national, mais à raison de plusieurs dizaines de milliers de vipères tuées chaque année depuis 1863 – année où l’Etat favorisa cette chasse en créant le système de primes – ce sont des millions de serpents qui ont été éliminés. La France n’est pas le seul pays où officiaient ces chasseurs de vipères, ils étaient présents dans tous les pays européens.

La chasse aux vipères s’est légalement poursuivie jusqu’en 1976, année où une vaste loi sur la protection de la faune et de la flore est adoptée. Cette loi se montre très claire, interdisant « la destruction ou l’enlèvement des œufs ou des nids, la mutilation, la destruction, la capture ou l’enlèvement, la perturbation intentionnelle, la naturalisation ou le transport, le colportage, l’utilisation, la détention, la mise en vente, la vente ou l’achat des animaux non domestiques protégés, qu’ils soient vivants ou morts. ». La liste comprenait quasiment toutes les espèces de reptiles de France, une tolérance était admise pour les vipères dont la destruction était autorisée à condition de laisser le corps du serpent sur place.

Le 19 décembre 2007, le gouvernement publie un arrêté complétant les mesures de protection et actualisant la liste des espèces protégées, dont le degré de protection varie selon les espèces. L’article 2, le plus protecteur, stipule :

– Sont interdits, sur tout le territoire métropolitain et en tout temps, la destruction ou l’enlèvement des oeufs et des nids, la destruction, la mutilation, la capture ou l’enlèvement, la perturbation intentionnelle des animaux dans le milieu naturel.
– Sont interdites sur les parties du territoire métropolitain où l’espèce est présente ainsi que dans l’aire de déplacement naturel des noyaux de populations existants, la destruction, l’altération ou la dégradation des sites de reproduction et des aires de repos des animaux. Ces interdictions s’appliquent aux éléments physiques ou biologiques réputés nécessaires à la reproduction ou au repos de l’espèce considérée, aussi longtemps qu’ils sont effectivement utilisés ou utilisables au cours des cycles successifs de reproduction ou de repos de cette espèce et pour autant que la destruction, l’altération ou la dégradation remette en cause le bon accomplissement de ces cycles biologiques.
– Sont interdits, sur tout le territoire national et en tout temps, la détention, le transport, la naturalisation, le colportage, la mise en vente, la vente ou l’achat, l’utilisation, commerciale ou non, des spécimens prélevés :
dans le milieu naturel du territoire métropolitain de la France, après le 12 mai 1979 ;
dans le milieu naturel du territoire européen des autres Etats membres de l’Union européenne, après la date d’entrée en vigueur de la directive du 21 mai 1992 susvisée. »
Cet arrêté est critiqué par les herpétologues car certaines espèces très rares du genre Iberolacerta pourtant classées en danger voire en danger critique d’extinction n’y figurent pas ! L’espèce mentionnée, Iberolacerta monticola, n’est pas présente en France, mais seulement en Espagne et ce depuis une révision taxinomique datant de 2001, donc d’avant la publication de l’arrêté. Comme l’écrivent J-P Vacher et M. Geniez : « L’arrêté de 2007 illustre fort bien le fossé qui existe entre la connaissance scientifique et les textes administratifs ». De plus, les articles 3, 4 et 5 sont moins protecteurs, et on y trouve avec étonnement des espèces en déclin comme le Lézard ocellé, qui ne bénéficie pourtant pas de la protection maximale. Dans l’article 5, qui concerne la Vipère péliade et la Vipère aspic, certaines interdictions sont malheureusement absentes comme la perturbation intentionnelle des animaux dans leur milieu ou la destruction mais restent interdits la mutilation des animaux ainsi que la détention, le transport, la naturalisation, le colportage, la mise en vente, la vente ou l’achat, l’utilisation, commerciale ou non, des spécimens prélevés. Il est certes toléré de tuer une vipère en cas de danger imminent, mais la loi ne dit pas exactement dans quel cadre est-ce acceptable et les vipères sont généralement tuées sans que ce soit un cas de « légitime défense ». De plus, cette loi sous-entend que chaque citoyen sait distinguer les différentes espèces de serpents et donc sait faire la différence entre la vipère d’Orsini ou la Couleuvre d’Esculape, qu’il est interdit de tuer dans tous les cas, et une vipère péliade qu’il est toléré de tuer. Dans la réalité, les serpents sont encore massacrés indistinctement, venimeux ou non, parce que la plupart des gens ne font pas de distinction entre couleuvre, orvet et vipère… c’est un serpent ou ça ressemble à un serpent, c’est sûrement dangereux donc : coup de pelle.

Iguane grillé et soupe de tortue :

Les reptiles sont également utilisés dans l’alimentation voire la médecine ou plutôt la pseudo-médecine. Dans de nombreux pays exotiques on mange du serpent. En France, ce fut aussi le cas jusqu’à une époque relativement récente. Avant le décret du 21 juillet 1971 (et la circulaire du 21 janvier 1980) des couleuvres étaient vendues dans des poissonneries sous le nom d’anguilles de montagne, anguilles des rochers ou des buissons. On mangeait également de la soupe de tortue, un met qui est encore très apprécié en Polynésie Française malgré la protection dont bénéficient les tortues marines. Les crocodiles sont également mangés : en Floride, il existe des fermes d’élevage qui proposent aux touristes du pâté ou du steak d’alligator. Les grands iguanes ont été jadis très chassés pour leur viande, notamment l’Iguane des Petites Antilles – Iguana delicatissima – qui doit son nom scientifique à sa chair très prisée des marins et des indiens qui peuplaient les îles avant l’arrivée des européens. C’est aujourd’hui une espèce menacée, subissant également la concurrence de son cousin d’Amérique du sud – Iguana iguana – introduit aux Antilles. L’iguane vert est également un met très apprécié en Amérique latine, y compris ses œufs. La pression de la chasse exercée sur les populations de ce lézard que l’on rencontre pourtant depuis le sud du Mexique jusqu’à l’extrême nord de l’Argentine a poussé les gouvernements locaux et étrangers à règlementer sa chasse et son commerce. Dans les pays où il vit à l’état sauvage, de nombreux élevages d’Iguanes ont été créés afin de préserver une ressource alimentaire mais aussi une activité économique importante. Les animaux produits sont soit tués pour leur viande ou leur peau, soit exportés vivants chez les « gringos » pour le commerce animalier.

La chasse directe pour se nourrir peut faire dramatiquement décliner les populations de reptiles, certaines espèces n’ont d’ailleurs pas résisté au pillage, en particuliers les tortues terrestres géantes. Sur les 10 sous-espèces de tortues des Galapagos (Chelonoidis nigra) vivantes à l’époque de leur découverte, 2 ont disparues et 3 sont probablement éteintes. Du côté des tortues géantes des îles Mascareignes, citons les 5 espèces du genre Cylindraspis qui ont toutes disparues, chassées de manière intensive au XVTIIème siècle. Aux Seychelles, tout un complexe d’espèces géantes vit sur différentes îles, trois d’entre elles sont considérées comme éteintes, d’autres ont été mélangées et se sont hybridées. Aujourd’hui, les espèces « survivantes » sont protégées et élevées même en dehors de leurs archipels d’origine, dans des zoos et vivariums européens par exemple.

En Asie, la consommation de reptiles est très importante. En plus de l’alimentation, la « médecine » chinoise réserve une grande place à ces animaux. Différents remèdes, pour la plupart totalement inefficaces, ont pour ingrédients des lézards séchés, de la chair
de serpent ou des écailles de tortues broyées. Cela ressemble aux remèdes occidentaux qui avaient encore court il y a un siècle, à la différence qu’il y a un milliard deux cent millions de chinois sans oublier les autres pays limitrophes qui utilisent la même « médecine ». La Chine populaire et Taïwan sont ainsi de puissants importateurs et exportateurs de reptiles vivants ou morts, menaçant gravement certaines espèces quand les animaux sont prélevés dans la nature. Entre 1998 et 2009, ce sont 1 989 tonnes de plastrons de tortues (d’au moins 39 espèces différentes) qui ont été importés en à Taïwan pour le marché de la « médecine » traditionnelle chinoise. La pression exercée sur les espèces locales ou étrangères est très forte, le déclin alarmant. Ce sont 5 000 à 10 000 tortues, de plusieurs dizaines d’espèces différentes dont certaines très menacées, qui sont vendues chaque jour sur le marché de Gingping, dans la province chinoise du Guangdong, l’un des plus important marché de viande pour la pseudo-médecine. Des zones humides entières sont asséchées par des paysans pour y dénicher quelques tortues, en particulier les espèces les plus rares et menacées qui sont vendues à prix d’or à la bourgeoisie chinoise : une seule de ces tortues peut faire vivre un village toute une année. Les autorités des pays d’Asie du sud-est ont pris des mesures, mais le trafic est colossal, par exemple entre le Vietnam et la Chine : d’après une étude de Y. Li et D. Li, entre 1993 et 1996, ce sont 2 à 30 tonnes de viande de reptiles qui ont transité illégalement chaque jour entre ces deux pays. Les notables locaux sont eux-mêmes adeptes des vertus médicinales de ces animaux, la corruption annihile de fait toute volonté de règlementer le trafic et des spécimens d’ espèces protégées au niveau international, provenant parfois d’autres pays, sont vendus sur les étals des marchés. Les tortues paient le plus lourd tribu à ce trafic, légal ou illégal, et de nombreuses espèces asiatiques sont au bord de l’extinction. Certes, il existe des élevages industriels pour faire face à une demande croissante. En Chine, d’après Zhou, Huang, McCord et Blanck (2008), ce sont 4 millions de tortues (sauf trionychidés) qui sont élevés dans des dizaines d’élevages à ciel ouvert. Mais le revers de la médaille c’est l’utilisation affolante d’antibiotiques et d’hormones pour faire grandir les tortues dix fois plus vite que dans la nature. Les doses sont telles que la viande serait, en Europe, considérée comme impropre à la consommation. L’ autre danger c’ est l’ élevage en masse d’ espèces étrangères comme les chélydres ou les trachemydes originaires d’Amérique du nord, avec un fort risque d’évasion et donc de propagation dans la nature. A une solution pour limiter les captures en milieu naturel se substitue un danger d’introduction d’espèces invasives et de pollution des eaux nuisant
aux écosystèmes locaux… Ces élevages ne sont en effet pas créés pour la préservation des espèces ni des écosystèmes, mais bien pour alimenter un marché juteux et répondre à une demande commerciale de manière rentable quand les populations locales de tortues sont épuisées. Le pire est qu’avec la mode « new-age » et bobo-pseudo-écolo, des européens et des américains achètent des produits de « médecine douce » à base de plastrons de tortues, pensant faire un geste « écologique » ils soutiennent en réalité une industrie de charlatans destructeurs de la biodiversité.

Peaux, souvenirs et tourisme…

Chaussures en croco, sacs en python, porte-monnaie en lézard, lunettes en écailles de tortues. La peau des reptiles, considérée comme dégoûtante, ne l’est plus quand elle est estampillée Hermès ! Cette société fut récemment dans le collimateur de P.E.T.A. (People for the ethical treatment of animals), association de défense des droits des animaux, dont des militants ont filmé le mode d’ abattage des reptiles chez un de ses sous- traitant à Jakarta, montrant « des lézards mourir lentement, la gorge tranchée, ainsi que des serpents et de jeunes crocodiles dont la peau est découpée alors qu’ils sont vivants » (Le Figaro, 6 avril 2010).

Les peaux de reptiles sont utilisées depuis toujours pour la maroquinerie. Pythons, varans et crocodiles sont les plus recherchés par le commerce du luxe, un secteur économique qui ne connaît pas la crise. Jadis chassés dans la nature, aujourd’hui les peaux sont extraites d’animaux élevés en fermes spécialisées même si le braconnage semble encore représenter une forte proportion des peaux vendues dans le monde. Le commerce des peaux de reptiles est légal, mais très règlementé notamment par la Convention de Washington, créée en 1973, qui règlemente également le commerce du vivant. L’organisme qui découle de cette convention, la C.I.T.E.S., dresse des listes d’ espèces totalement ou partiellement protégées dans le monde entier.

Vivants ou morts, les reptiles sont également exploités en masse à l’occasion de manifestations qu’elles soient religieuses ou touristiques, ce qui revient au même : beaucoup de monde, beaucoup de reptiles exhibés ou tués, beaucoup d’argent pour les organisateurs. La fête hindouiste en l’honneur de la déesse Kali au Bengladesh a attiré, à juste titre, les foudres des protecteurs de la nature. La fête de Kali-

Puja est un véritable massacre où 100 000 tortues sont sacrifiées chaque année pour préparer de la soupe de tortues aux pèlerins. Les reptiles vendus proviennent de partout : élevage ou captures dans la nature, tout est bon pour alimenter cette gigantesque curée. Les fournisseurs défendent cette tradition en considérant que cela fait vivre 30 000 personnes… pour combien de temps ? De quoi vivront-ils quand il n’y aura plus de tortues ?

Mais attention à ne pas tomber dans la caricature des pays « en voie de développement » encore embourbé dans l’obscurantisme et des traditions barbares ! La « snapperfest » en est le sinistre contre-exemple. Elle se déroulait aux Etats-Unis, ce pays qui se veut le modèle du monde libre et démocratique, défenseur du bien et de la civilisation, et qui dépense aussi d’importantes sommes pour la protection de sa faune (dans les parcs naturels du moins). Organisée dans un camping de l’Indiana, il s’agissait d’un « jeu » avec une tortue hargneuse – snapping turtle pour les yankees – qui était d’abord sortie de l’eau et plaquée au sol. Alors, un « valeureux » guerrier plein de bière et de testostérone devait lui attraper la tête et la lui sortir de force, en lui brisant évidemment les cervicales, avant d’exhiber l’animal mort en mugissant pour montrer à la foule qu’il est un homme. un vrai, with fucking balls ! La Tortue hargneuse – Chelydra serpentina – porte bien son nom : c’est un gros chélonien aquatique au caractère agressif et à la morsure très douloureuse. Le « jeu » consiste donc à affronter cette bête et lui arracher quasiment la tête sans se faire mordre. Si j’utilise l’imparfait, c’est parce qu’heureusement, en 2012, une nuée d’associations herpétologiques et de protection de la nature ont fait circuler des pétitions et réussi à faire arrêter cette manifestation, d’autant plus que l’espèce est protégée dans de nombreux états !

La peur des serpents est un terrain propice pour faire du sensationnel et de l’argent. On les utilise pour des exhibitions qui attirent des milliers. des millions de touristes dans le monde : depuis les charmeurs de serpents aux « dresseurs » de cabaret, en passant par la procession en l’honneur de Saint-Dominique en Italie sans oublier les « Rattlesnakes Roundups ». Ces dernières manifestations sont très populaires au sud- ouest des Etats-Unis, c’est aussi une attraction touristique inclue dans certains circuits de tour operator européens. Sur un plateau circulaire ressemblant à une piste de cirque, grouillent des centaines de serpents à sonnettes capturés dans la nature pour 5$ pièce. Des « cow boys » les manipulent, exhibent les crochets à venin devant les touristes effrayés et à la fin, les décapitent et leur arrachent la peau pour la revendre. Quant à la chair, elle est grillée au barbecue. Près de 2 tonnes de serpents à sonnettes sont utilisés pour la seule fête de Sweetwater qui existe depuis 1958. Selon l’American Society of Ichthyologists and Herpetologists, ce sont 125 000 serpents à sonnettes qui sont capturés pour ces fêtes. Même si tous ne sont pas tués, les dégâts sur les populations et l’écosystème ne sont pas négligeables. La méthode de capture est particulière : les chasseurs aspergent avec de l’essence les crevasses rocheuses et les terriers susceptibles d’héberger un crotale, ce qui évidemment a un impact sur les autres animaux qui peuvent vivre dans ces abris. Là encore, des associations militent pour en finir avec ces manifestations mais le combat est difficile car ces fêtes sont des attrapes touristes fort rentables.

La place Jemaa El Fna de Marrakech est aussi le théâtre de « montreurs » de serpents, faisant payer aux touristes une photo avec le reptile autour du cou. Ces animaux sont sollicités ainsi toute la journée, particulièrement stressés, ils ne survivent pas longtemps à ce traitement. Pour les espèces venimeuses, les crochets à venin sont souvent arrachés ce qui signe leur arrêt de mort. Mais cela fait le bonheur des touristes et des agences de voyages qui n’hésitent pas à utiliser cette tradition pour leur publicité et vanter une nature marocaine qui en réalité est en train de disparaître. « Nous ne pouvons plus continuer de fermer les yeux sur ces « spectacles » sous prétexte qu’il s’agirait de traditions ancestrales et que les animaux concernés ne seraient que de « sales bêtes », des serpents voués à l’opprobre générale » s’insurgent les nombreux signataires d’un appel au boycott de ces spectacles lancé par les naturalistes Michel Aymerich et Michel Tarrier et signé par de nombreux scientifiques, écologistes et citoyens marocains. Sur le marché de cette même place comme sur bien d’autres marchés du Maghreb ainsi qu’au bord des routes et près de tout bon « attrape-touristes » qui se respecte, on trouve des lézards vivants (fouette-queue, caméléons) et des tortues mauresques (Testudo graeca) que le touriste peut acheter. Certaines tortues ont les bords de la carapace percés de trou pour y mettre une ficelle et l’accrocher au piquet dans son jardin ! Les lézards ont parfois la gueule cousue pour ne pas mordre. On trouve aussi des souvenirs comme des instruments de musique en carapace de tortue, et cætera. Là aussi, ces reptiles sont capturés dans la nature, et l’herpétofaune d’Afrique du Nord est en train de décliner de manière dramatique sans que les autorités ne fassent quoi que ce soit de vraiment courageux et efficace. C’est un grand marché de dupes. Les lois internationales (dont le Maroc est signataire) protègent ces espèces, et les lois européennes interdisent l’importation même à titre individuel de ces animaux, vivants ou morts. La sanction pour le touriste qui amène une petite tortue mauresque dans ses valises est lourde : 7 500 euros d’amende voire même de la prison ferme… Les touristes attrapés par les douanes se plaignent que les vendeurs leurs ont assuré que c’était légal. Bien entendu ! Ils ne vont pas dire le contraire, ce serait se tirer une balle dans le pied ! Les touristes crédules sont mis en situation d’illégalité, la faune locale est pillée, avec la passivité complice des autorités locales et de certaines agences touristiques qui ne font aucune prévention à l’ intention des voyageurs : une simple distribution de plaquettes d’avertissement dans les avions se rendant dans ces pays suffirait à en décourager un bon nombre.

Le commerce du vivant :

Le commerce d’animaux non domestiques est un marché important générant des milliards d’euros de chiffre d’affaire. Longtemps, ce commerce était basé exclusivement sur les captures en milieu naturel : des animaux en provenance d’Afrique, d’Asie ou d’Amérique étaient exportés vers les pays riches, U.S.A. et Europe de l’ouest en tête, à destination d’abord d’importateurs-distributeurs puis des animaleries. Certaines espèces très attrayantes et faciles à capturer comme les tortues terrestres ont fortement souffert de ces prélèvements alimentant le marché animalier. Cela ne date pas d’ hier, on retrouve des « stock-list » d’importateurs datant du XlXème siècle, mais le phénomène a pris de l’ampleur dans les années 1960 avec les transports modernes de marchandises. Gilbert Matz, dans un article de 1979 paru dans Aquarama (revue aquariophile et terrariophile) portait un jugement sévère sur ce commerce, considérant que « malgré la bonne volonté de la majorité des terrariophiles, la terrariophilie, prise globalement, est néfaste » aux espèces. L’auteur de nombreux livres et articles terrariophiles et co-fondateur de la Société Herpétologique de France donne quelques chiffres : « Entre 1967 et 1971 plus d’un million de Testudo g. graeca provenant principalement du Maroc ont été importées en Grande-Bretagne et pour la seule année 1971, environ 400 000 Testudo h. hermanni ont été exportées de Yougoslavie […]. » Se référant plus loin à son confrère helvétique René Honegger, il écrit : « 403 319 reptiles ont été exportés en 1971 de Colombie dont 133 993 Iguana iguana et 27 727 bébés de Boa constrictor ; il est évident qu’un milieu en équilibre ne peut pas supporter longtemps un tel prélèvement. »

La faune française fut également exploitée des décennies durant, en particulier avec la mode des tortues de jardin qui date de bien avant celle des « N.A.C. ». Des milliers de tortues furent capturées en Provence et commercialisées en France mais aussi ailleurs en Europe. A Paris, au début du XXème siècle, la mode des jeunes tortues « bijoux- vivants », avec un sertissage en or entourant la carapace et une chainette, faisait fureur auprès des bourgeoises de la capitale. Aujourd’hui, la faune française est protégée et avec l’abondance de reptiles exotiques dans les animaleries, le commerce légal des reptiles et amphibiens français est inexistant. mais pas le commerce illégal ! En effet, même si avec l’interdiction des captures, les prélèvements se sont raréfiés, on trouve encore des gens qui proposent sur des sites d’annonce en ligne des Lézards verts ou des Couleuvres de Montpellier pris dans la nature. On assiste également depuis quelques années à une recrudescence des pillages locaux et du trafic européen de reptiles français car certains pays d’Europe de l’est ou encore l’Allemagne ont assoupli leur législation sur le commerce des espèces européennes. De véritables expéditions sont organisées dans le sud de la France pour capturer vipères, couleuvres et autres reptiles de nos régions qui seront revendues Outre-Rhin. Il est ensuite très facile, une fois la frontière passée, de faire croire que ces animaux sont « en règle » et de les revendre. Le problème est que traditionnellement, des lois de protection de la nature sont édictées pour satisfaire les revendications des écologistes mais les moyens et les effectifs en fonctionnaires pour surveiller les habitats naturels et traquer les pilleurs restent dans les cartons.

Les choses ont néanmoins beaucoup évolué pour les espèces exotiques sur lesquelles s’appuie l’essentiel du commerce du vivant en Europe : l’élevage en captivité s’est considérablement développé, en Europe, aux Etats-Unis mais aussi dans les pays d’origine des espèces commercialisées. Il n’existe pas de chiffres précis qui permette de dire si ce développement de l’ élevage en captivité fait efficacement régresser les captures ou non, car parallèlement le commerce international des reptiles vivant est aussi en expansion. Selon les espèces, on note de grandes inégalités dans la proportion d’animaux issus de captures ou issus d’ élevage. Il y a d’ un côté, des espèces abondamment élevées, comme le serpent des blés (Pantherophis guttatus), dont le commerce est composé presque à 100% d’animaux nés en captivité depuis des générations, et de l’autre des espèces dont la quasi-totalité des effectifs sont issus de captures en milieu naturel avec des conséquences dramatiques comme pour Lygodactylus williamsi. Ce superbe petit gecko diurne est endémique de deux îlots de forêts tanzaniennes cumulant 35 km2, dans la région de Prorogo. La déforestation (abattage des arbres, culture sur brûlis…) y est importante malgré le classement en réserve naturelle. A cela s’ajoute différentes agressions comme l’exploitation minière, la pollution. Inconnu dans le commerce terrariophile avant 2004, ce magnifique petit gecko diurne fait irruption d’un seul coup dans les terrariums. La mode prend et des milliers s’en vendent. Selon Flecks & al. (2012), ce sont 30 à 40 000 spécimens qui ont été capturés et exportés vers l’Europe et les Etats-Unis pour le commerce du vivant entre 2004 et 2009 soit 15% des effectifs estimés. Afin de capturer ces lézards qui vivent sur un type d’arbre, le Pandanus, les chasseurs l’abattent, dégradant ainsi le milieu déjà restreint et attaqué par les autres activités humaines. La rapidité de déclin des populations, les dangers omniprésents et la petitesse de son aire de répartition ont motivé son classement comme espèce en danger critique d’extinction. Il suffit qu’une espèce soit à la mode pour que des milliers d’individus soient importés en très peu de temps, avant même que tout développement d’élevage en captivité n’ait eu le temps de se développer. Le système des listes d’espèces protégées est peu efficace car en général, les règlements nationaux ou internationaux ne se mettent à protéger une espèce que lorsqu’elle est déjà menacée. Les chasseurs et exportateurs se reportent alors souvent sur une espèce voisine, parfois moins abondante, mais pas encore protégée et l’exportent en masse. Un vrai jeu de chaises musicales ! Chaque année, ce sont des millions de petits lézards, de serpents ou de tortues (surtout aquatiques) qui sont prélevés et vendus pour une bouchée de pain afin d’être exportés vers l’occident. Ces animaux sont souvent parasités, affaiblis, déshydratés et difficiles à acclimater. Un grand nombre meurent dans le transport, chez les grossistes, dans les animaleries ou dans les premiers jours chez leur propriétaire. Ce commerce entretien également la pauvreté car les chasseurs sont des gens défavorisés qui n’ont d’autre moyen de subsistance que de piller leur patrimoine naturel pour survivre, vendant le produit de leur chasse pour des clopinettes.

En bout de chaîne, n’importe qui en France, mais aussi en Allemagne ou aux Etats- Unis, peut acheter un spécimen capturé dans la nature. La demande augmente, la plupart des terrariophiles ou de particuliers cherchant un animal de compagnie exotique ne se pose pas la question de son origine, et les vendeurs n’ont aucune obligation d’information à ce sujet.

Pourtant vus les progrès en matière d’ élevage en captivité, le commerce terrariophile pourrait se passer des prélèvements dans la nature. Pour certains amateurs, conscients de ce problème, il est nécessaire et urgent que le commerce animalier et les terrariophiles se soucient de la préservation des espèces estimant que sans cela, la terrariophilie va droit dans le mur.

Dans les pays d’ origine des animaux, des efforts ont également été entrepris pour limiter les captures en milieu naturel et permettre de faire face à la demande sans trop dégrader la biodiversité. Des fermes d’élevages ont été ouvertes un peu partout dans le monde sur le modèle de ce qui se faisait déjà pour les peaux et l’ alimentation. Ainsi de nombreux spécimens importés proviennent de ces fermes d’élevage. Certains de ces élevages fonctionnent en circuit fermé, ne prélevant des sujets sauvages que sporadiquement pour renouveler le cheptel de reproducteurs. Cela permet aussi de créer une activité économique sur le long terme. Mais dans certains cas, ce « farming » consiste à prélever des femelles gravides ou des pontes que l’on fait éclore en captivité. Au final, il s’agit d’un prélèvement qui affaiblie l’espèce ! Ca longtemps été le cas (et ça l’est encore) au Kazakhstan, avec la tortue d’Horsfield (Agrionemys horsfieldi) qui est prélevée en masse pour être vendue en Europe comme « tortue de jardin » malgré son classement en annexe II de la C.I.T.E.S. et l’estampillage « farming » ou « ranching » promis aux acheteurs. En 2006, Ivan Ineich a rédigé un rapport pour la C.I.T.E.S. sur l’élevage de reptiles et de scorpions au Ghana, au Bénin et au Togo. Même s’il existe encore des prélèvements dans la nature (dont beaucoup sont illicites) et que certaines méthodes d’élevages en « ranching » sont discutables, quelques pays ne jouant pas le jeu ; les progrès sont importants et une coopération entre les pays importateurs et les pays éleveurs/exportateurs permet de valoriser une activité économique durable et sans impact sur la faune sauvage.

Est-ce légal d’acheter des reptiles ?

Il est amusant de voir comment la « découverte » de terrariums habités par des reptiles dans un appartement est montrée par les médias comme un événement, comme

quelque chose d’anormal, laissant croire qu’il n’est pas permis de posséder ces animaux. Or si, posséder des reptiles est légal mais réglementé. L’arsenal législatif autour du commerce et de l’élevage d’animaux non domestiques est vaste et relativement complexe. D’abord, il y a les règlements internationaux dont nous avons déjà parlé : la C.I.T.E.S. et sa traduction européenne via les règlements C.E. Nous avons également vus les textes liés à la protection de la faune française, elle est valable aussi pour les D.O.M. à quelques nuances près. En effet, il y a dérogations pour quelques espèces guyanaises comme l’iguane vert et le Boa constrictor dont la détention est autorisée dans les limites fixées par les règlements internationaux (ils sont en annexe II de la C.I.T.E.S et B des règlements CE).

Le principal arsenal règlementaire franco-français est l’arrêté du 10 août 2004 ou arrêté Perret. Cet arrêté fixe différentes règles concernant l’élevage d’agrément des animaux non-domestiques ainsi que trois annexes listant les espèces dont la détention est soumise à réglementation. Une première liste contient les tortues terrestres méditerranéennes (Testudo spp.) ainsi qu’Astrochelys radiata. Leur détention est autorisée jusqu’à 6 individus adultes maximum après acceptation d’une demande d’autorisation d’élevage d’agrément (A.E.A.) par la préfecture. Hors de question de les prélever dans la nature ! Ces animaux protégés doivent être issus de naissances en captivité ou légalement importés, ce qui doit être prouvé. Ils doivent aussi être « pucés », c’est-à-dire qu’une puce leur est injectée sous la peau par un vétérinaire afin de les identifier et éviter les fraudes. Les annexes 2 et 3, listent les espèces dont la détention est règlementée dès le premier spécimen. Cette détention est interdite à toute personne qui n’est pas titulaire du certificat de capacité (C.D.C.), un sésame parfois difficile à obtenir, le candidat devant remplir un dossier, effectuer des formations spécifiques, passer devant une commission qui juge de ses capacités et obtenir une autorisation d’ouverture d’établissement (A.O.E.). Parmi ces espèces interdites à la détention sans C.D.C., les grands serpents et varans de plus de 3 mètres ainsi qu’un certain nombre d’autres gros varanidés, les serpents venimeux, certaines tortues de grande taille comme les Trionychidés ou les chelydres, les crocodiles, un certain nombre de couleuvres opistoglyphes… bref tous ces animaux potentiellement dangereux dont il est normal que seuls des éleveurs qualifiés puissent en posséder. La liste comporte aussi des espèces non pas dangereuses mais réputées difficiles à élever (même si entre temps de gros progrès ont été faits) comme les caméléons, certaines espèces jugées menacées (notamment en annexe I/A des règlements CITES et CE) mais aussi les espèces invasives comme les tortues aquatiques d’ Amérique du nord.

Le problème avec ce texte est qu’il ne règlemente que la détention et mal le commerce. Par exemple, un titulaire du C.D.C. qui vend un animal soumis à autorisation comme le python réticulé doit certes demander si l’acquéreur est titulaire lui-aussi du

C.D.C. pour cette espèce, mais la loi se contente d’une « déclaration sur l’honneur » de la part de l’acquéreur…

De plus, les listes d’espèces sont souvent peu efficaces. Par exemple, elles n’endiguent pas les captures en milieu naturel : aussitôt qu’une espèce est protégée, une autre est capturée et importée en masse. Une interdiction de vente au grand public de spécimens capturés dans la nature, quel que soit l’espèce serait plus efficace et stimulerait l’élevage en captivité. Seuls les éleveurs agréés, lancés dans un programme de reproduction seraient habilités à acquérir des animaux issus de capture.

Quant au problème de l’énorme mortalité des animaux en cours d’acclimatation ou de transport, la mise en place d’une forte taxe à la mortalité via une obligation de déclarer le nombre de spécimens entrants et sortants (la différence correspond à ceux qui sont morts et donc soumis à forte taxation) obligerait peut-être exportateurs, importateurs et animaleries à mieux traiter leur « marchandise ».

Trafic illégal_

La contrebande d’ animaux vivants ou morts a toujours existé, existera toujours et comme la prohibition n’a pas stoppé la consommation d’alcool dans les années 1920, interdire la terrariophilie n’arrêtera pas le trafic d’animaux. Certains font d’ailleurs un amalgame très tendancieux entre terrariophilie et trafic, laissant entendre que tout propriétaire de reptiles se fournit via des filières illégales, ce qui est totalement faux.

Nous avons déjà évoqué le cas des reptiles français capturés ou des petites tortues achetées au Maghreb qui entrent dans la catégorie du trafic illicite, mais il existe des filières clandestines d’une autre envergure que la tortue ramenée dans les bagages. Le trafic d’animaux est celui qui rapporte le plus d’argent après le trafic de drogue et d’armes. Le W.W.F. (World Wild Found) estime à 20 milliards de dollars son chiffre d’affaire mondial et annuel. L’essentiel de ce trafic concerne les produits dérivés d’animaux (ivoire, corail, maroquinerie.) et les animaux naturalisés. Wildlife Alliance estime à 1,6 millions de peaux de crocodiles, 1,1 millions de serpents et 300 000 de lézards qui transiteraient ainsi chaque année illégalement, revendus sur internet via de simples site d’annonces ou d’enchères. Les premiers importateurs sont les Etats-Unis, puis l’Europe et l’Asie (notamment la Chine et le Japon). Ce trafic est organisé par des groupes criminels, de vraies organisations mafieuses. Il a même ses stars comme de Anson Wong, surnommé aussi « The lizard King » ou encore le « Pablo Escobar du trafic illégal de reptiles rares ». Après des années de traque, il fut enfin arrêté à Kuala Lumpur en 2010 en tentant de faire passer 95 serpents rares et protégés d’Indonésie. Il fut condamné à 5 ans de prison, mais la cours d’appel le libère au bout de 17 mois. Fin 2013, la chaîne Al Jazeera annonce que the Lizard King is back in business ! Le journaliste Steve Chao a infiltré le réseau Wong montrant qu’il était actif notamment à Madagascar, faisant le trafic de la Tortue radiée, l’une des espèces les plus menacées au monde. La libération de cet individu et la facilité avec laquelle il a, semble-t-il, pu remonter son réseau ont évidemment outré les défenseurs de la cause animale.

En France, ce sont les douanes qui sont en première ligne pour lutter contre les importations illégales. En 2010, elles ont effectué 11 129 saisies, 6% d’entre elles concernent des animaux vivants. Cela fait 712 animaux vivants saisis. Le nombre de saisies en 2010 au augmenté de 29% par rapport à 2009, signe d’un accroissement du trafic ou de l’efficacité des douaniers ? Sans doute les deux !

En 2012, c’est même Interpol qui s’y colle ! En coordination avec les autorités de 32 pays, lors d’une opération qui a duré 3 mois, ont été saisis, dixit le communiqué de l’Agence France Presse : « Plus de 8 700 tortues, oiseaux ou reptiles ». L’opération est d’envergure, elle a vue l’arrestation de plus de 4 000 suspects et « la saisie de matériel de braconnage, d’armes et de munitions à l’occasion d’une série d’interventions dans des ports, aéroports, services postaux, marchés, animaleries ou encore chez des taxidermistes en Amérique latine, Amérique centrale et en Europe. » Il est évident que la lutte contre le trafic d’animaux doit surtout se faire dans les pays qui exportent, car arrivés en Europe ou aux Etats-Unis, un problème de taille se pose : que faire des animaux saisis ? Ce sont en général les zoos et vivariums qui en héritent car un retour en milieu naturel est peu probable et fort coûteux. De plus, nous retrouvons encore un problème que nous connaissons maintenant bien et qui est le principal moteur de ce trafic : la pauvreté ! C’est elle qui pousse les habitants du Brésil ou de Madagascar à prendre d’énormes risques pour pas grand-chose car les milliards de dollars que génère le trafic d’animaux vivants vont en général dans les poches des donneurs d’ordres comme Wong et non des « mules » pour réutiliser le nom donné aux petits passeurs de stupéfiants.

La destruction des habitats.

Le commerce général des reptiles sauvages, vivants ou morts, légal ou illégal, n’est pas la seule menace qui pèse sur cette faune, elle n’ est peut-être même pas la plus dévastatrice. La destruction des habitats peut être responsable de l’extinction d’une espèce entière en quelques années. Déforestation, pollution, urbanisation, agriculture intensive, disparition des milieux humides… Les causes de destruction des habitats sont multiples et parfois irréversibles même si dans certaines situations, la capacité de régénération des écosystèmes surprend les scientifiques.

On a tous en tête bien entendu la déforestation, le recul des forêts tropicales qui a atteint 6,4 millions d’hectares par an entre 2000 et 2005. Cela fait une fois la superficie de la France tous les dix ans. Même si les vedettes ne se mobilisent plus sur ce sujet, la F.A.O. (Food and Agriculture Organization) considère que le taux de déforestation est plus important en 2000 qu’en 1990 (alors de 4,1 millions d’hectares par an). Le plus dramatique est la disparition de la forêt primaire, c’ est-à-dire intacte, préservée de la gestion ou de la dégradation humaine : elle est 25% plus importante entre 2000 et 2005 que dans les années 1990. Et encore, certains estiment que les chiffres de la F.A.O. sont deux fois inférieurs à la réalité. Vu de chez nous, on se dit que tout cela est lointain, que c’est inhérent à ces pays en voie développement qui « ne savent pas ce qu’ils font » et beaucoup de gens pensent que dans notre pays, et en Europe en général, la nature est préservée, protégée, parce que maîtrisée ou parce que nous sommes un pays riche et qu’il y a un ministère de l’écologie. Malheureusement, la biodiversité en Europe est bien mal en point. Selon un rapport de l’U.I.C.N. paru en 2011 : 44% des mollusques d’eau douce, 20 % des mollusques terrestres, 37% des poissons d’eau douce, 23% des amphibiens, 19 % des reptiles, 15 % des mammifères et autant de libellules, 13 % des oiseaux, 9 % des papillons, et 467 espèces de plantes sont considérées comme menacés au sein de l’Union Européenne. Malgré les mesures de protection des espèces datant de plus de 30 ou 40 ans, 42% des espèces de reptiles européennes sont en déclin car leurs habitats ne cessent d’être dégradés : 60% des écosystèmes en Europe sont fortement dégradés. En France 50% des zones humides ont disparues entre 1960 et 1990, détruisant donc le milieu de vie des tortues aquatiques, mais aussi des espèces comme la Couleuvre à collier ou la Couleuvre vipérine. Erreurs typiques des trente glorieuses, de la frénésie industrielle des années 60 ? Non, puisque en prolongeant la période jusqu’en 2010, le chiffre est passé à 65%.

L’agriculture intensive touche tout particulièrement les reptiles, c’est un des principaux facteurs de perte de biodiversité à l’heure actuelle. L’agriculture mixte ou de bocage maintiennent des haies et une diversité de plantes cultivées, favorables à la diversité des insectes et autres arthropodes ainsi que des rongeurs et des oiseaux. Les haies et fossés servent d’abris pour toute une faune qui rend aussi service à l’agriculteur car de nombreux prédateurs de ravageurs y vivent, dont les couleuvres et vipères qui font une grande consommation de campagnols et autres rongeurs. Mais les remembrements massifs, éradiquant les haies, chemins, parcelles en jachères et autres vergers ont transformé de grandes étendues autrefois mixtes et foisonnantes de vie en désert de maïs où seuls les corbeaux et les sangliers s’éclatent ! Des ravageurs s’en donnent à cœur joie, notamment les insectes qui se retrouvent devant des milliers d’hectares du même maïs ou du même blé à dévorer. Résultat : les pesticides sont utilisés en grande quantité pour lutter contre des ravageurs qui s’adaptent de mieux en mieux à ces mêmes pesticides. C’est une véritable course aux armements qui agresse également le peu de faune qui reste aux marges de ces déserts agricoles, car les lézards se nourrissent des insectes intoxiqués, les serpents des lézards eux-mêmes devenus toxiques… De nombreuses études montrent clairement un lien entre les remembrements et le déclin des populations de reptiles.

L’agriculture intensive, mais aussi l’urbanisation et la construction de complexes routiers infranchissables, fractionnent les habitats en ilots de nature séparés les uns des autres. Cela crée une rupture dans le brassage génétique des populations et donc un affaiblissement des populations isolées au fil des générations. Cela empêchent également les juvéniles de se disperser sur de nouveaux territoires, finissant par entrer en concurrence avec leurs ainés. Enfin, en cas d’épidémie ou de fragilisation autre du milieu, la population peut entièrement disparaitre et, sauf réintroduction par l’Homme, une population extérieure ne peut pas la remplacer du fait des barrières infranchissables qui limitent les mouvements. Aujourd’hui, le concept de corridors écologiques ou de « trame verte et bleue » tentent de résoudre ce problème d’ isolement des populations.

Dans les régions où l’agriculture est abandonnée, la forêt reprend ses droits. Ainsi, dans certaines régions de France, le milieu forestier ne cesse de progresser depuis un demi-siècle. On pourrait y voir un progrès, un retour à l’état de nature. C’est bien plus compliqué que cela et pose un sérieux dilemme, même aux « gestionnaires » de la biodiversité. Car ce n’est pas forcément à l’avantage de certaines espèces de reptiles qui trouvaient dans l’agriculture traditionnelle un milieu idéal, ouvert et ensoleillé, les cultures attirant des insectes et des rongeurs. Ainsi, le lézard ocellé, qui à une époque semble avoir gagné du terrain vers le nord du fait du recul forestier au bénéfice de l’agriculture « à l’ancienne », recule à nouveau vers le sud car la forêt reprend les territoires abandonnés par les paysans. Oui, la modification des milieux par l’Homme, peut aussi favoriser la biodiversité, mais cette évolution s’est faite en plusieurs siècles ou millénaires… aujourd’hui, les changements de milieu sont particulièrement rapides et agressifs ne laissant souvent pas le temps aux espèces de s’implanter et de s’adapter, menant à un appauvrissement généralisé de la biodiversité.

A cela s’ajoutent les dégâts occasionnés par la pollution qui est depuis des décennies un véritable « serpent de mer » écologique ! Quand les pays européens font des efforts pour réduire leurs déchets – efforts très insuffisants – les pays en voie de développement répètent les erreurs que nos propres pays ont faites : rejets des déchets dans la nature, utilisation de produits polluants. ou servent de déchetterie pour l’occident. Les produits toxiques relâchés dans la nature empoissonnent évidement toute la faune terrestre et aquatique. La pollution maritime affecte sérieusement les populations de tortues marines, notamment la Tortue luth. Grande amatrice de méduses, ce majestueux chélonien confond les sacs plastiques avec ces proies favorites et meure l’estomac bouché par des sacs de courses ou des sacs poubelles jetés par les plaisanciers,
abandonnés dans la nature ou amassés dans des décharges à ciel ouvert et que le vent emporte en mer. Même les ballons de baudruche lâchés dans l’atmosphère lors de fêtes et d’inaugurations sont mangés par ces tortues ; non pas qu’elles sachent soudain voler, mais ces ballons finissent par se dégonfler ou éclater et tomber en mer, à des milliers de kilomètres d’ où ils ont été lâchés par centaines.

Retournons sur la terre ferme

mais restons avec les tortues. Les incendies de forêt sont une des destructions d’écosystème les plus spectaculaire et les plus radicale. Les populations de testudinidés méditerranéennes subissent de lourdes pertes lors des incendies qui ravagent régulièrement maquis et garrigues. Pompiers, sur terre et dans les airs, risquent chaque année leur vie pour lutter contre ces incendies de forêts parfois dantesques et parfois d’ origine criminelle ou dus à des comportements dangereux (le mégot jeté au bord du chemin…). Le feu éteint, les naturalistes comptent les carapaces calcinées, les tortues étant bien sûr incapables de s’enfuir à temps. La Tortue d’Hermann occupait jadis toute la région méditerranéenne. Elle est confinée au Var depuis les années 1960, principalement dans les massifs des Maures et de l’Esterel, dans ce dernier massif elle est d’ailleurs quasiment éteinte. Même si les incendies de forêt ont toujours existé dans ces régions, ils sont plus nombreux depuis quelques décennies. Chacun d’ entre eux aggrave la situation sachant que 75 à 85% des spécimens y succombent carbonisés. Bernard Devaux, président de la SOPTOM (SOciété pour la Protection des TOrtues des Maures), estime que 3 000 à 5 000 tortues sont mortes lors des grands incendies de la région de Fréjus et Vidauban en juillet 2003. L’espèce a également régressé à cause de l’agriculture intensive, des prélèvements dans la nature (même s’ils sont aujourd’hui plus rares), de la consommation comme nourriture (là aussi interdite depuis 1976) et, paradoxalement, des débroussaillages mécaniques comme moyen de prévention des incendies !

Ce ne sont que quelques exemples de destruction de milieux, il y en a bien d’autres malheureusement et aujourd’hui, force est de constater que la destruction ou la contamination des écosystèmes est le facteur de raréfaction le plus important et le plus difficile à contrer tant dans les mesures à mettre en œuvre pour protéger ces habitats, qui peuvent aller à l’encontre de certains intérêts économiques, que dans la « réparation » des
dégâts déjà infligés et qui dans de nombreux cas sont totalement illusoires ou alors extrêmement couteuse.

Les espèces invasives.

L’introduction d’espèces invasives peut être considérée comme une forme de pollution. Une espèce invasive est une espèce non indigène (dite exogène ou allochtone) qui est introduite volontairement ou non par les humains, qui parvient à s’acclimater à son nouvel environnement et à s’ y multiplier. Le caractère invasif tient surtout à la capacité de cette espèce d’altérer les écosystèmes à laquelle elle n’appartient normalement pas. Les invasions biologiques en Europe sont très anciennes, en contemplant la faune et la flore de notre pays on n’imagine pas qu’une bonne partie de cette biodiversité n’étaient pas présente il y a quelques siècles ou millénaires. La carpe par exemple, a été introduite au Moyen-Age, elle est d’origine asiatique. Le ragondin, lui, est sud-américain ; il s’est propagé en France au XIXème siècle, s’étant échappé d’élevages qui l’exploitaient pour sa fourrure. Les exemples sont nombreux mais le phénomène s’est amplifié au XXème siècle avec le commerce mondialisé. Même si toutes les espèces qui se sont acclimatées ne sont néanmoins pas invasives, c’est-à-dire ne menacent pas la biodiversité autochtone, des animaux comme les Frelons asiatiques, les Fourmis d’Argentine, les écrevisses nord-américaines ou encore la Grenouille taureau sont des menaces bien présentes et capables de faire de sérieux dégâts.

Le rapport 2008 du Delivering Alien Invasive Species Inventories in Europe, recense sur notre continent 10 000 espèces exogènes. 11% d’entre elles ont un impact écologique néfaste. Les atteintes sont multiples. Il y a l’introduction de maladies comme la chytriodiomycose, ce terrible champignon hautement contagieux qui décime les amphibiens à travers le monde et qui est souvent introduit via des espèces « porteurs sains » comme la grenouille taureau originaire d’ Amérique du nord. La prédation, par exemple le Frelon asiatique qui s’attaque aux abeilles mellifères. La compétition alimentaire quand une espèce invasive convoitent les mêmes ressources que les espèces autochtones ou la compétition territoriale quand une espèce se multiplie et occupe le terrain.

L’introduction d’espèces invasives a surtout fait des ravages dans les îles et, avec la dégradation des milieux et la chasse directe, c’ est le troisième facteur de disparition de reptiles insulaires. Les rats sont très souvent mis au banc des accusés. Ils ont voyagé avec les navires d’exploration et de commerce, débarquant à terre sans que personne ne s’en aperçoive ni ne s’en inquiète. Ainsi, en Nouvelle-Zélande, ils sont considérés comme la principale cause de disparition des rhynchocéphales qui auparavant vivaient dans un écosystème sans prédateurs et qui aujourd’hui ne survivent que sur des îles exemptes de
ces rongeurs. De ce fait, les chercheurs n’envisagent la réintroduction de certains reptiles sur de petites îles que si le « problème rat » est réglé. Mais les gros rongeurs ne sont pas les seuls prédateurs ou destructeurs amenés par les européens : chats, chiens, fourmis de feu, cochons ou poules contribuent aussi à leur destruction…

Cependant les reptiles peuvent aussi devenir des espèces invasives !

Exemple souvent mis en évidence : les tortues aquatiques nord-américaines, notamment les trachémydes. Le taxon le plus connu est Trachemys scripta elegans, la Trachemyde à tempes rouges.

Achetées toutes petites comme animal de compagnie pour les enfants, celles qui survécurent sont relâchées car devenues trop grosses, agressives, malodorantes…

Souvent, cela part d’un bon sentiment : elle sera mieux en liberté se dit-on. Du point de vue de la tortue c’est vrai, elle quitte un bac en plastique insalubre, sans chauffage pour un étant illuminé par Ra et plein de bonnes choses à manger. Mais elle y fera aussi des dégâts. Beaucoup de gens croyaient que ces espèces « exotiques » ne survivraient pas à nos hivers : erreur ! Trachemys scripta est une espèce répandues depuis le sud des USA jusqu’aux grands lacs, au nord, près de Chicago ou New-York, où les hivers sont bien plus froids que dans le nord-est de la France. Aujourd’hui, les trachemydes sont légion, en particulier près des grandes villes, dans les lacs des parcs publics, les lieux de baignade et aussi dans les milieux humides naturels.

Quel est l’impact négatif de cette espèce ? En Europe, cette tortue peut entrer en concurrence avec la cistude : plus grande, plus agile, plus agressive voire plus prolifique. La Cistude d’Europe n’est pas adaptée à la concurrence que lui mènent brutalement les nouvelles espèces nord-américaines. Comme d’ autres espèces nord-américaines relâchées, elle engendre aussi des déséquilibres vis-à-vis des autres espèces aquatiques : amphibiens, poissons, invertébrés. Toute l’Europe est touchée, mais également d’autres pays en Asie, en Amérique du sud ou en Afrique car elle est vendue dans le monde entier. Christophe Arvy, dans un article datant de 1997, souligne que « le commerce à grande échelle de Trachemys scripta elegans amène à une situation écologique paradoxale puisque cette espèce est en train de coloniser nombre de nouveaux biotopes sur tous les continents, du fait de l’action de l’Homme, alors qu’elle disparaît de plusieurs aires d’endémisme ». En effet, elle est considérée comme menacée dans certains états des Etats-Unis où elle est « chez elle ».

Face au problème « tortue de Floride », l’Union Européenne sévit et interdit l’importation de Trachemys scripta elegans en 1997. Ce qui est intéressant dans ce cas ce sont les motivations des uns et des autres. L’ Union Européenne prohibe la vente de Trachemys scripta elegans constatant que cette espèce est invasive. Mais au lieu de suivre cette idée et de vouloir aussi préserver la nature, les importateurs d’animaux vivants et les animaleries – parfaitement conscients des problèmes engendrés par ces tortues – ont continué à vendre ces reptiles en contournant la loi : si la sous-espèce elegans est interdite, on prendra les sous-espèces voisine comme Trachemys scripta scripta ou Trachemys scripta troosti ! Il fut également commercialisé des espèces du genre Graptemys, Pseudemys et même des tortues à carapace molle du genre Apalone et des chelydres, toutes originaires d’Amérique du nord, de climats tempérés et donc capables de survivre et de prospérer en Europe. La France alourdira sa législation en 2004 pour réglementer la détention des espèces nord-américaines potentiellement invasives. Malheureusement, dans certains pays européens comme l’Espagne ou l’Italie, sa cousine Trachemys scripta scripta reste en vente libre.

Un autre exemple des plus marquant et qui met en cause directement le commerce des reptiles exotiques c’est la Floride. Cet état sub-tropical du sud-est des USA est une véritable arche de Noé. Elle n’accueille pas que des souris géantes en culotte rouge mais aussi des animaux venus des quatre coins du monde, la plupart maintenus par des particuliers s’étant échappés d’eux même ou relâchés car devenus encombrants et qui y survivent. Ainsi, une cinquantaine d’ espèces de reptiles exogènes sont considérées comme établis en Floride, y vivent et s’y reproduisent. Cela va du Caméléon casqué du Yémen (Chamaeleo calyptratus) au Varan du Nil en passant par le Python molure qui s’attaque aux alligators indigènes ou encore la Tarente de Maurétanie, un gecko que l’on rencontre normalement en Europe du sud ! La liste est spectaculaire, et la plupart de ces animaux sont retournés à l’ état sauvage mettant en danger les espèces autochtones dont certaines sont menacées. En Europe, on s’inquiète de plus en plus de la présence de serpents tels que le Serpent des blés ou le Serpent roi, spécimens évadés ou relâchés par des particuliers peu précautionneux. Ils sont totalement inoffensifs, mais comme les Trachemydes, ils vivent sous des climats proches du nôtre et pourraient se naturaliser…

Dérèglement climatique

Sauver les tortues géantes d’Aldabra – cet atoll des Seychelles aussi paradisiaque que plat – ne servira pas à grand-chose si le niveau des mers monte de quelques mètres seulement engloutissant ces îles plates comme des crêpes, à moins que ces grosses tortues n’évoluent en quelques décennies pour devenir des tortues marines. remarque évidemment ironique. Certes, les changements climatiques ont existé dans le passé, mais ils n’étaient pas toujours aussi violents, et ceux qui l’ont été ont provoqué des extinctions de masse, ce à quoi nous assistons actuellement. Le salut des tortues d’Aldabra, si la montée des eaux se poursuit – et c’est sans doute déjà trop tard pour la stopper – sera l’introduction sur d’autres îles plus hautes ou l’élevage en captivité sur les continents.

A priori on pourrait se dire que si les reptiles aiment la chaleur, ils pourraient tirer avantage du réchauffement climatique ! C’est là que l’expression « réchauffement climatique » est trompeuse, mieux vaudrait parler de « dérèglement climatique ». En effet, si la température moyenne du globe augmente, cela n’interdit pas un refroidissement dans certaines régions. Certes, des espèces pourraient en profiter pour conquérir de nouveaux territoires devenu « climatiquement » plus favorables ou arriveraient à supporter le changement climatique car elles sont très adaptables. Mais beaucoup en souffriront. Une étude internationale parue dans « Science » en mai 2010, estime que 20% des espèces de lézards pourraient disparaitre d’ici 2080 à cause du dérèglement climatique. Pour les espèces insulaires, il peut être catastrophique car elles ne peuvent pas migrer. Pour les espèces continentales, la réduction par exemple de la durée de la saison chaude pourrait empêcher les œufs d’éclore avant l’hiver. A l’inverse, une saison froide trop courte pourrait perturber voire annihiler la fertilité des espèces qui hibernent, car c’est pendant l’hibernation que les cellules sexuelles se développent. Le dérèglement climatique et la disparition des espèces sensibles peuvent provoquer des déséquilibres par exemple sur les populations d’insectes dont se nourrissent certains reptiles, ou voir proliférer des épidémies ou des espèces invasives qui trouvent dans les modifications climatiques de meilleures conditions pour proliférer. Bref, les dangers sont multiples, très complexes avec des effets dominos imprévisibles mais dont on observe déjà les conséquences.

Utiles ou nuisibles ?

Le terme « nuisible », bien qu’encore utilisé par la législation, est scientifiquement inadapté à une vision évolutionniste et écologique – donc moderne – de la nature car considérer qu’une espèce est par nature nuisible ou utile, c’est considérer que la faune ou la flore n’existent qu’à travers leur relation avec l’humain. Nous sommes encore là dans un schéma dualiste d’êtres supérieurs qui ont tous les droits et inférieurs qui n’en ont aucun, amis ou ennemis, dont les critères de classification ne prennent en compte que l’intérêt immédiat d’Homo sapiens. Certes, il y a des espèces qui peuvent ravager des cultures, transmettre des maladies, nous gâcher un pique-nique ou même nous tuer, mais tout comme réduire la dangerosité des serpents au simple clivage venimeux ou non venimeux, il est très réducteur de considérer que la vie animale et végétale est faite d’un côté des êtres nuisibles et méchants, de l’autre des êtres utiles et gentils, sous-entendant que la vie sur terre sera meilleure en l’absence des premiers. Dans l’absolu, toute espèce animale ou végétale a le droit de vivre sur Terre, car si l’Homme n’a pas été créé comme être supérieur à tous les autres, s’il n’est pas le but de l’évolution, il n’est pas le dictateur légitime qu’il croit être. Il n’a aucune raison, de son seul point de vue, de considérer quelle espèce doit être éliminée, quelle autre peut vivre… C’est un racisme biologique qui comme le racisme social, se trompe de colère. Nous devons cohabiter avec la faune, et non pas sélectionner celle qui nous plait ou ne nous plait pas ! Comme toutes les « petites bêtes », qu’on les trouve jolies ou bien affreuses, les reptiles ont leur rôle à jouer dans le fonctionnement des écosystèmes où ils vivent et où nous vivons aussi car nous ne sommes pas en dehors ni au-dessus de la biodiversité, nous en faisons partie. Ces écosystèmes doivent leur bonne santé avant tout à la diversité des espèces qui les peuples et interagissent entre elles. La préservation de la biodiversité est aussi une condition nécessaire à la bonne santé environnementale en général et donc à celle de l’humanité !

Le qualificatif nuisible est également critiquable car il souvent motivé par de vieux préjugés ou fait des procès d’intention aux animaux. Dans l’histoire récente, bon nombre d’espèces ont été considérées comme nuisibles, jusqu’à ce que les naturalistes et scientifiques démontrent que ce n’était qu’une mauvaise réputation : loutres, rapaces, ours furent ainsi martyrisés et massacrés à cause de dégâts dont ils n’étaient pas responsables ou qui étaient trop insignifiants pour nuire aux intérêts humains. Au contraire, la destruction de certaines espèces autrefois jugées nuisibles s’est révélée être un remède pire que le mal, car le déséquilibre créé a fait proliférer des ravageurs ou des maladies. Sans oublier les déséquilibres que l’Homme crée en introduisant des espèces exogènes, en réduisant l’habitat des espèces qui du coup sont obligées d’envahir celui des humains, de provoquer la sélection d’insectes résistants aux pesticides par l’emploi de ces mêmes pesticides. Plus l’Homme veut maitriser la nature, moins il la maitrise.

Les reptiles ne font officiellement plus partie des nuisibles depuis 40 ans, au contraire, le législateur considère qu’il faut les protéger. Mais pour beaucoup de gens encore, le reptile reste un nuisible, au mieux un inutile. Il est très difficile de faire comprendre que les reptiles amènent plus de fantasmes et de légendes que de réels dangers et désagréments. Citoyens non « herpétophiles » et élus locaux se montrent souvent sceptiques voire hostiles devant des projets de sauvegarde des reptiles et de leurs habitats émanant d’associations et/ou des autorités locales. Protéger les cigognes oui, c’est le symbole de l’Alsace et c’est joli. Les abeilles ? Pas de problèmes, c’est utile une abeille, ça fait du miel ! Les grenouilles qui se font écraser sur les routes ? Pourquoi pas, c’est gentil une grenouille. Mais il ne faut pas que ça coûte de l’argent. Les crapauds ? Ah, bof, c’est moche ça en revanche ! – Les Chauve-souris. Quoi ? Il y a des chauves-souris dans le grenier de la mairie ? Mais ce n’est pas dangereux ? Des lézards. Mais ça sert à quoi ? Des serpents. Ca va pas non !? Vous êtes fous !

Évidemment, proposer un projet de sauvegarde du Lézard vert occidental, de la Cistude d’Europe voire de la Couleuvre à échelons (avec force négociations) ça peut encore passer, une fois là priori du « ça sert à quoi ? » mis au placard. Le mot « vipère »
lui rend les choses beaucoup plus compliquées et envenime rapidement le dialogue ! Les protecteurs de ces bêtes maudites peuvent alors faire face à une résistance acharnée : la destruction des reptiles est encore perçue comme un progrès et la volonté de les protéger comme de l’inconscience voire comme une attitude criminelle et certains entendent déjà les pales des hélicoptères siffler au-dessus de leurs têtes.

Associations locales et nationales, animées par des bénévoles ou des salariés motivés, continuent le combat pour la démystification et la protection de nos chères bestioles à écailles. Serait-ce l’accumulation des petites actions qui font les révolutions ? Il faut en tout cas s’armer de patience et de persévérance. En effet, le découragement guette quand vous découvrez le cadavre découpé d’un orvet, le comblement d’une mare, un petit bois transformé en décharge sauvage ou des subventions qui fondent comme neige au soleil alors qu’on nous promet que la protection de la biodiversité est une priorité gouvernementale ! Toutefois, comme l’écrivait le camarade Trotsky : « La vie n’est pas chose facile… On ne peut pas la vivre sans tomber dans la prostration ou le cynisme, si l’on n’a pas au-dessus de soi une grande idée, qui vous soulève au-dessus de la misère personnelle, au-dessus de la faiblesse et de toutes les félonies et imbécillités. »

Parfois, il arrive que la petite bête mange les projets de la grosse. Le cas du Pique- prune (Osmoderma eremita) est un cas d’école. Ce petit coléoptère est aussi utile à l’économie capitaliste que Paris Hilton à la philosophie, mais sa présence a pu empêcher la construction d’une autoroute, juste parce qu’il était là et que la loi défendait son droit de vivre pénard dans les vergers. En théorie, la présence de lézards ou de couleuvres – espèces protégées – dans des haies devrait suffire à empêcher un remembrement et l’abattage de ces haies. Dans la réalité, cela dépend des rapports de force en présence : de l’opiniâtreté des associations de défense de la nature, des syndicats d’agriculteurs, des autorités et élus locaux, des appuis politiques des uns et médiatiques des autres… Bref, une lutte des classes. verte !

« L’annonce de la découverte d’un serpent dans l’école élémentaire de Générac a provoqué hier matin, une grosse frayeur dans la communauté scolaire du village. » Tomber sur un serpent dans un petit village, qui plus est du sud de la France, déjà en soi, pas de quoi remplir les faits divers, même en été. Mais bon, les mots magiques pour faire frissonner sont là : serpent, école, frayeur…

« Lorsque le reptile a été signalé, la directrice de l’école, […], a pris les choses en mains pour terrasser l’animal » tel Saint Georges terrassa le dragon ? Terrasser, un mot bien grandiloquent pour une telle situation, sachant que l’école avait déjà été évacuée, la mise à mort (même si on est près de Nîmes) fut-elle nécessaire ?

« Interrogée sur la dangerosité du reptile, la directrice d’école n’a pas été en mesure de dire si c’était une couleuvre ou une vipère ». Ca aurait aussi pu être un orvet. « On m’a signalé qu’il avait une tache noire » précise la directrice au journaliste qui l’interroge : pourtant elle dit l’avoir tué, elle devrait donc être la mieux placée pour savoir à quoi ressemblait le serpent ? Peut-être l’a-t-elle « terrassé » les yeux fermés de peur que ses yeux rouges ne l’hypnotisent ! En tout cas c’est quand même très étrange que la personne qui affirme avoir tué le serpent pour le mettre dans un sac en plastique soit obligé de cueillir des informations (très vagues) sur la coloration de la bête chez ses collègues !

On nous explique ensuite que les enfants auraient vus d’autres serpents près d’un muret, que la directrice les a fait rentrer chez eux et demandé que l’on rase les broussailles à proximité d’où ces « indésirables pourraient sortir ».

Mais, heureusement, le journaliste conclue : « l’ affaire se termine bien car aucun enfant n’a été piqué » Vous aurez remarqué qu’il confond guêpes et serpents. On ne saura jamais ce qu’était cet animal puisque la « directrice l’a jeté dans les toilettes ». Un serpent dans les toilettes ? Vite ! Lançons une rumeur sur internet : Un python de 5 m sort des toilettes d’une école et tente de manger les enfants !

Au final, à aucun moment le journaliste n’a précisé que tuer un reptile était interdit par la loi (sauf si effectivement ce fut une vipère, ce dont nul n’est certain, mais là encore : n’aurait-il pas été plus raisonnable d’évacuer la salle et faire venir les pompiers pour la capturer et l’emmener ailleurs).

Bilan pédagogique et journalistique de cette affaire : Un événement somme toute totalement anodin, sans intérêt, si ce n’est brasser du préjugé et faire du sensationnel. Au niveau de l’exemple donné aux enfants et de l’information du public en matière de respect de la loi et des espèces protégées, respect de la nature et confrontation des préjugés aux faits… Peut mieux faire (petit vengeance personnelle à l’égard de mes anciens profs ! Je l’ai tellement lue cette expression !)

Anthropomorphisme à part… Deux vipères se croisent dans la garrigue, qu’est-ce qu’elles se racontent ?

Salut Marinette !
Salut Paulette !
Belle écaillure dis-donc !
Oui, j’ai mué hier, mes écailles brillent maintenant, c’est joli hein.
Au fait, tu ne sais pas ce qui m’est arrivé hier, j’ai failli être attrapée par un humain !
Un humain ? Quelle horreur ! Mais pourquoi il a voulu t’ attraper ?
Je sais pas. je me réchauffais tranquillement au soleil et soudain je vois une ombre. D’abord j’ai cru à un oiseau, mais non, c’était une horrible main pleine de doigts !
Beurk ! Ces humains, c’est répugnant, ils n’ont même pas d’écailles, juste de la peau nue comme ça. Ca doit être visqueux. brrrrr ! J’en frissonne ! Et t’as fait quoi ?
Ben je suis partie, j ’ allais quand même pas gaspiller mon venin pour ça, en plus il aurait fallu que je le touche. Rien que d’y penser, regarde, j’en ai les écailles qui se dressent ! Et t’as déjà vu, ils ont une langue toute épaisse et baveuse. Beurk !
Et surtout ils sont dangereux ! Ils mettent le feu aux haies, ils jettent des produits qui piquent les yeux et font mourir les rongeurs, on a plus rien à manger après.
Et il y en a de plus en plus ! De l’autre côté du bois, ils ont à nouveau construit leurs horribles taupinières. C’est immense ces trucs-là. Moi je ne m’en approche pas, on m’a raconté trop de choses sur les mœurs des humains ! Y’a que les lézards des murailles qui y vont !
Oui mais bon, les lézards des murailles, ils ont pas inventé le crochet à venin non plus ! Mais le pire c’est qu’il y en a partout maintenant de ces primates !
Mais oui, il paraît même qu’ils larguent des humains depuis le ciel !
Depuis le ciel ? C’est des balivernes ça !
Non, le beau-frère de mon cousin l’a vu : des grosses machines qui viennent du ciel, comme des buses géantes, et y’a des humains qui en sortent ! Ils nous envahissent ! Et franchement, je ne serais pas étonnée que ce soit un coup des oiseaux. des faucons surtout, ça fait longtemps qu’ils louchent sur nos terrains de chasse, si ça se trouve ils introduisent des humains pour qu’on parte d’ici parce qu’ils savent qu’on a peur d’eux.
Tu m’étonnes qu’on a peur d’eux, c’est monstrueux les humains ! Moi on m’a dit que les humains gardent leur progéniture chez eux, parce qu’au début ils ne sont pas capables de se débrouiller ! Ils ne savent même pas se nourrir seuls. On voit tout de suite qu’on est vachement plus évolués qu’eux !
Pffff ! C ’est vraiment une espèce primitive, chez nous, les enfants sont autonomes dès la naissance !
Il paraît aussi que les humains ont du feu qui sort des doigts !
Non ?
Ben comment ils mettraient le feu aux haies alors ? Mais l’avantage, c’est qu’ils ont peur de l’eau. Si si, quand il pleut un humain se met à courir et se cache sous une collerette bizarre. Ca doit faire fondre leur fausse peau, car quand un humain est tombé à l’eau, il se débat et il ressort sans sa fausse peau.
Moi je te le dis, ça me fait peur ces humains. Y’en a partout, parfois j’ose même plus faire la sieste sur mon caillou car j’ai peur d’en croiser un. On dit que ça porte-malheur quand un humain te regarde ! Un ami de ma voisine est mort juste après qu’un humain l’ait regardé, on l’a retrouvé coupé en morceaux ! On dit même que les humains, quand ils te voient, ils poussent des cris, des incantations dans une langue diabolique et que tout à coup… schlack ! t’es décapitée !
Le pire, c’est qu’il y a des serpents qui vivent avec humains !
Mais les humains ne le savent pas, non ?
Si si ! Ils vivent dans leurs taupinières géantes, ils se sont fait aménager des boites spéciales avec chauffage et tout, comme ça ils peuvent observer les humains.
Quel intérêt d’observer un humain ! C’est plein de doigts, ça a une fausse peau qui pendouille de partout, c’est laid, faut être complètement fada ! Y’a des tordus quand même !
Dis donc, ça sentirais pas le mâle là ?
Oh non ! C’ est Robert !
Oh le lourd, il va encore nous draguer, quand est-ce qu’il comprendra que c’est plus la saison pour s’accoupler ! Tu sais ce qu’on m’a dit : qu’il court aussi après les orvets.
Pas possible !
Si si, il est pas net lui non plus. Un jour il ira habiter chez un humain ! Bon, je file, j’ ai pas envie qu’il me trouve. Salut à la prochaine !
D’accord, on s’appelle et on se mange un rongeur. Y’a un nouveau terrier de campagnols plus loin, il paraît qu’ils sont très bons.
D’accord ! Salut !
Remerciements

Je tiens à remercier ceux qui m’ont aidé à écrire ce livre : Ivan Ineich et Françoise Serre- Collet, herpétologues au Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris pour leurs encouragements et conseils ; Jacques Castanet, ancien président de la Société Herpétologique de France pour le travail de relecture et de correction.

A tous ceux et toutes celles qui auront diffusé cette publication.

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VIDAL N. & B. S. HEDGES. 2009. The molecular evolutionary tree of lizards, snakes and amphisbaenians. C. R. Biologies 332 (129-139)

WHITE, J. 2000 Bites and Stings From Venomous Animals: A Global Overview. Therapeutic 22 (1).

WIENS J. J. & BRANDLEY M. C. 2010. Evolution of Limblessness. Grzimek’s Animal Life (en ligne).

ZHOU T., C. HUANG, W. McCORD & T. BLANCK. 2008. Captive breeding of hard- shelled chelonians in China. Reptilia 61 (GB).

Sources internet :

www.alembert.fr – Articles de l’Encyclopédie mis en ligne. www.cafe-sciences.org – Portail de blogs scientifiques (très intéressants !) www.cites.org – site de la convention de Washington. www.cistude.org – Site de l’association cistude nature. www.darwinisme.org – Institut Charles Darwin International www.dght.de – site de la Deutsche Gesellschaft für Herpetologie und Terrarienkunde.

www.iucn.org – site de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature.

www.karch.ch – Centre de coordination pour la protection des amphibiens et des reptiles de Suisse.

www.lashf.fr – Site de la société herpétologique de France www.naturefrance.fr/onb – Observatoire national de la biodiversité. www.peta.org – site de PETA.

www.reptile-database.com – Un site de recherche sur la classification des reptiles. http://www.seh-herpetology.org – Site de la Société Européenne d’Herpétologie http://shfconservation.blogspot.fr/ – Blog de la commission conservation de la S. H. F. http://tolweb.org – tree of life web project – la classification des êtres vivants. www.who.int/fr – Site de l’O.M.S.

www.zootaxa.org – Journal publiant la description de nouvelles espèces (en anglais)

Des reptiles ? Quelle horreur !

Vincent NOËL

Les reptiles sont sans doute parmi les animaux qui véhiculent le plus de préjugés :
froids, visqueux, sournois, venimeux, brutes arriérées et stupides… La réalité est
néanmoins bien différente et ces animaux ne sont en rien ce que l’on croit. La
culture conditionne considérablement notre vision des reptiles, et les faits
scientifiques, la réalité biologique, ont bien sur mal à rétablir la vérité et à changer
la crainte voir la haine ordinaire envers les serpents, lézards, crocodiles. Même
quand il s’agit de faire de la vulgarisation scientifique, les reptiles sont utilisés à
mauvais escient : montrés comme des chainons manquants, témoins de l’âge des
dinosaures qui n’auraient plus évolué, ils illustrent souvent de manière erronée les
mécanismes de l’évolution. Ce sont aussi des animaux menacés : après les
amphibiens, les reptiles sont le groupe zoologique el plus menacé au monde. Mieux
connaître, c’est mieux comprendre, ne plus avoir peur et ne plus haïr.

Livre électronique au format PDF – GRATUIT et libre de diffusion.

ISBN : 978-2-9553926-0-7
EAN : 9782955392607

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7 : Je décline toute responsabilité au cas où un lecteur tenterait l’expérience !

Tortues, laitues et gammares… La « malbouffe » chez les reptiles.

Donner comme unique nourriture de la laitue à une tortue terrestre et des crevettes séchées à une tortue aquatique est malheureusement un grand classique. Combien de tortues sont ainsi mortes de carences en vitamines et en minéraux à cause d’une telle alimentation. Imaginez que vous ne mangiez que des flocons d’avoine (sans lait) toute votre vie, vous ne seriez pas en grande forme !

Dans la nature les tortues terrestres ont une alimentation variée, elles se nourrissent toutes sortes de plantes et souvent – notamment pour celles vivants en milieu sec – elles mangent beaucoup de feuillages, de plantes grasses et de plantes assez coriaces et riches en fibres, plus rarement de fruits et – encore plus rarement – d’insectes. La laitue est la pire des salades pour une tortue ou un iguane, elle est pauvre en calcium, trop riche en eau et en phosphore qui contrarie la fixation du calcium. Les tortues se régaleront de pissenlit, de luzerne, de trèfle, de plantain mais aussi, de frisée, d’endives ou de fanes de carottes… Mais jamais de laitue et encore moins de nourriture pour chiens car elles sont strictement végétariennes !

En captivité, il existe un phénomène dû à une mauvaise alimentation, le « syndrome des écailles en pyramide » (SEP), qu’on nomme aussi « toblerone », une allusion à la célèbre marque de chocolats suisses en forme de pyramides, ce à quoi ressemblent les écailles de la carapace des tortues atteintes par cette affection. Ce phénomène est dû à une alimentation déséquilibrée, un manque d’exposition aux ultra­violets mais aussi une déshydratation chronique et un manque d’humidité pour les juvéniles. Elle n’est pas mortelle, mais très peu esthétique. Toutefois, les cas graves sont de signes d’une alimentation si déséquilibrée que d’autres maladies risquent aussi de suivre : maladies du foie, goutte, fragilité des os et déformation du squelette. Les ultra­violets jouent un rôle crucial dans l’élevage des reptiles tels les tortues ou les lézards. Tout comme chez l’Homme, les UV de type B permettent la fabrication de la vitamine D3, une vitamine qui permet au corps d’assimiler le calcium. Une carence en vitamine D provoque le rachitisme. Les reptiles ne pouvant pas assimiler la vitamine D2 que l’on

: Le terme reptile désigne ici le grade, à savoir les reptiles non aviens. Explication de cette subtilité dans le chapitre 3… Il faut savoir

ménager le suspense.

[2] ! Le Veliciraptor est devenu célèbre avec le film Jurassic Park (1993), mais les aficionados de ce film noteront qu’ils n’avaient pas de plumes ! En effet, les « raptors » de Spielberg sont glabres car la découverte des plumes (ou plutôt de protoplumes ressemblant à du duvet) chez Velociraptor est postérieure au film. De plus, les « raptors » du film ressemblaient plutôt à Deynonichus dont le nom a sans doute été jugé trop compliqué ou moins sensationnel par la production.

[3] : Le terme avien vient de Aves, mot qui désigne le groupe zoologique des oiseaux.

[4]  : Certains utiliseraient le terme « primitif » mais il est de moins en moins usité car il peut revêtir un caractère péjoratif.

[5] : Terme plus scientifique pour désigner une forme dont l’apparence est proche de formes fossiles éteintes, même si beaucoup de biologistes n’apprécient pas non plus ce terme car il peut autant prêter à confusion que le terme fossile vivant. Le mot panchronique signifie « qui a traversé le temps ».

[6] : A noter que sur le site Wikipédia (consulté le 01/10/2012), il est mentionné « Le cerveau paléo-mammalien ou limbique, serait notre 2e cerveau, apparut il y a 65 millions d’années avec l’apparition des premiers mammifères. » erreur monumentale qui vaut un zéro et un bonnet d’âne même si ce n’est plus la mode : les mammifères ne sont pas apparus après l’extinction des dinosaures mais bien plus tôt ! L’auteur de cet article a donc de mauvaises connaissances en paléontologie doublé d’une vision progressiste et linéaire de l’Evolution. Preuve s’il en est de l’ancrage de ces préjugés sur l’évolution et de la méfiance dans l’utilisation de Wikipédia

Amours vaches et étreintes sensuelles.

L’activité annuelle des reptiles est soumise aux fluctuations climatiques, l’activité reproductrice également. Chez la plupart des espèces vivant dans les régions tempérées passent par une période de léthargie hivernale. Les accouplements ont lieu dès le printemps. Dans les régions les plus froides, où les hivers sont longs, il n’y a pas de temps à perdre, car il ne faut pas que les jeunes naissent trop tard au risque d’être piégés par l’hiver suivant sans avoir eu le temps de se nourrir convenablement voire même, mourant de froid dans l’œuf sans avoir eu le temps d’éclore.

Mais il n’y a pas que le froid qui règle les cycles reproducteurs, dans les régions tropicales, la saison sèche est souvent défavorable à la survie des juvéniles ou à l’incubation des œufs. De plus, chez les adultes et même si les températures sont encore assez chaudes pour qu’ils restent actifs, de nombreuses espèces tropicales préfèrent ralentir leur activité et passer la saison sèche au fond d’un terrier frais, en attendant que les pluies reviennent. Par conséquent, les espèces vivant dans ces milieux tropicaux se reproduisent à un moment de l’année permettant aux juvéniles d’éclore par exemple en

[8] : Allèles : variation d’un gène sur un même locus, c’est-à-dire situé au même endroit sur un gène.

[9] : Les informations de ce site sont parfois critiquées, et il faut le dire, parfois critiquables comme nous l’avons vu au chapitre 2, en tout cas à prendre avec des pincettes et à vérifier. Dans ce cas, les sources sont citées et les détails des accidents donnés laissant peu de place à l’ erreur.

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